La Ford Taurus 2010 : la grande berline populaire réinventée

La Taurus trône désormais au sommet de la gamme des voitures Ford.
Photo: Source Ford La Taurus trône désormais au sommet de la gamme des voitures Ford.

Au diable l'objectivité: la nouvelle Ford Taurus 2010 est une voiture que j'aimais inconditionnellement avant même de l'avoir conduite. C'est ma voiture de l'année à moi. Et c'est aussi le symbole, s'il en fallait un, qu'une compagnie bien dirigée, qui fait les bons choix, qui vend de beaux et de bons produits, peut passer à travers une crise grave, alors que ses rivaux trébuchent et sont con-traints à la faillite.

Ford a repris le nom Taurus, jadis celui de sa berline intermédiaire, pour baptiser cette grande voiture qui trône désormais au sommet de sa gamme. Se posant en rivale de la Chrysler 300C, la Taurus est la quintessence du «gros char américain», un genre qui a toujours ses adeptes. Comme d'autres grandes berlines commercialisées par des marques généralistes, telles la Toyota Avalon ou la Nissan Maxima, la Taurus doit naviguer dans un chenal étroit afin de ne pas faire trop d'ombre au produit équivalent vendu par la bannière de luxe du même constructeur. En l'occurrence, la Lincoln MKS.

Sortir de l'ornière

Pour Ford, la Taurus 2010 a constitué une avancée majeure dans sa façon de concevoir ses produits. En employant un processus entièrement numérique, la ligne de la voiture a pu être créée dans un environnement virtuel où se sont même déroulées les études de marché, habituellement menées autour de coûteux prototypes. En procédant de la sorte, Ford a réussi à réduire de plus de douze mois le délai entre le lancement d'un projet et la présentation du produit final à la presse. Il faut aussi dire que la plateforme mécanique D3, commune à beaucoup de véhicules Ford, Lincoln et Volvo, n'était pas une nouveauté et que cela réduisait de beaucoup le niveau d'incertitude du projet, ainsi que le nombre de pièces à concevoir.

Une décision audacieuse

Mais ce qui ressort de tout ça, c'est surtout la ligne spectaculaire de la voiture. On peut dire merci à Peter Horbury et Morray Callum pour avoir supervisé la création de la Taurus et pour avoir sorti Ford de l'ornière de la médiocrité et de l'insipidité, où la compagnie semblait enlisée depuis deux décennies. Il aura donc fallu un Britannique et un Australien pour retrouver l'essence de ce qui plaît dans une grande voiture américaine et qui assurait autrefois le succès de ce type de véhicule.

Afin de donner à la Taurus son profil distinctif, les designers de Ford ont pris une décision aussi audacieuse que courageuse: changer en totalité la forme et la structure du pavillon pour qu'elle ne ressemble pas à sa demi-soeur de chez Lincoln. Habituellement, dans ce genre d'exercice, on conserve la structure dans son intégralité et l'on trafique les emblèmes, les phares et les matériaux de finition pour nous faire croire à un nouveau modèle. Pas ici, car on s'est donné la peine de donner à la Taurus une identité forte et cette silhouette dynamique, beaucoup plus réussie que celle de la Lincloln MKS. La voiture a l'air propulsée vers l'avant même quand elle est à l'arrêt, et la calandre ajoute à son caractère, en reprenant le thème trapézoïdal développé en Europe par le studio de Martin Smith.

Il y a bien quelques détails formels étrangement résolus qui trahissent la hâte dans laquelle la Taurus a été conçue: ce pli étrange derrière la roue arrière, censé alléger la grande surface de l'important porte-à-faux, ou encore la base du montant du pare-brise où l'emboîtement fait un peu désordre. Mais, dans l'ensemble, la voiture possède cette présence qui fait tourner les têtes.

Luxueux, mais pas trop

Un avantage du processus de travail numérique est qu'il a aussi permis de concevoir l'intérieur en même temps que le dessin de la carrosserie. D'ordinaire, on retarde un peu cette phase du travail tant que l'on ne dispose pas d'assez de renseignements sur la forme extérieure. Ici, les designers ont eu plus de temps pour soigner les détails et créer une ambiance feutrée. Le progrès est mesurable par rapport aux produits Ford de la dernière décennie, tant dans l'assemblage que dans la qualité des matériaux.

Il reste bien quelques vestiges qui nous rappellent que l'on est bien chez Ford, les molettes d'ajustement des rétroviseurs notamment. Tout comme on peut le percevoir à l'extérieur, on constate dans ce vaste habitacle cette même assurance, une américanité qui s'assume en naviguant habilement entre le luxe, la sobriété et l'élégance.

Bref, la Taurus est généreuse par le volume qu'elle propose, mais reste d'une bourgeoise modeste. Le coffre arrière est très vaste (on loue des cham-bres d'hôtel plus exiguës que cela au Japon!) et il est seulement regrettable que l'on ait oublié de doter l'ouvrant d'une poignée digne de ce nom, ce qui nous aurait évité de nous salir les mains six mois par an. Par contre, les seuils des portières reprennent le même détail que celles du Ford Flex: complètement recouverts par la tôle des portières, ils restent propres toute l'année.

Comme il se doit, le comportement routier est stable, confortable et bien adapté à de longs trajets. La voiture reçoit un V6 Duratec de 3,5 litres dont la consommation, au demeurant raisonnable, reflète l'ampleur et la masse de la voiture. On aurait crié au génie si la Taurus s'en était tenue à la consommation affichée de moins de 10L/100km, mais la réalité nous rattrape à la pompe avec une moyenne combinée de 12L/100km pour la version à quatre roues motrices. On peut retrancher quelques fractions de litre pour les versions plus humbles, tractées seulement par les roues avant.

Les amateurs de performance seront heureux de constater le retour de la version SHO au catalogue. À près de 50 000$, cette Taurus aux stéroïdes est équipée du V6 EcoBoost bi-turbocompressé (ch lb-pi) qui combine la consommation de carburant d'un V6 et les prestations musclées d'un gros V8. Mais rassurez-vous, la Taurus «ordinaire» est amplement performante et ne manque jamais de souffle.

Des réserves ?

Bien que j'aie voulu aimer sans réserve la Taurus 2010, une semaine au volant m'a fait voir de petits défauts qui finissent par devenir agaçants. Ou, si vous êtes biaisé comme je le suis, par la ligne impressionnante de la voiture, vous en viendrez à considérer ces quelques travers comme des traits de caractère qui ajoutent à son charme... Comme dans d'autres véhicules Ford, on doit subir la configuration oiseuse et peu intuitive du régulateur de vitesse, forcé de s'intégrer aux boutons sur le volant. Il y a aussi le levier de vitesse mal situé qui aurait pu être plus bas et moins encombrant. Et que dire de ces appuie-têtes envahissants qui ont tôt fait de vous coller des douleurs chroniques à la nuque, ou de la localisation étrange de certaines commandes du tableau de bord où l'on a cédé au formalisme plutôt que de répondre à des critères d'ergonomie!

Qu'à cela ne tienne, la Taurus 2010 demeure une voiture avec laquelle je vivrais au quotidien (en ayant au préalable arraché les appuie-têtes...). Elle devient aussi un choix incontournable pour qui fait de longs voyages et a besoin de l'espace et du volume que procure ce genre de grande berline. De plus, et cela est rare dans ce segment, il s'agit d'une voiture qui est aussi intéressante à conduire qu'à regarder.

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