Warner Bros. élit Montréal comme centre de production de jeux vidéo

Warner Bros. choisira son emplacement à Montréal d’ici juin ou juillet, a indiqué le président de la division Interactive Entertainment de la compagnie, le Québécois Martin Tremblay.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Warner Bros. choisira son emplacement à Montréal d’ici juin ou juillet, a indiqué le président de la division Interactive Entertainment de la compagnie, le Québécois Martin Tremblay.

Batman, Superman, Supergirl, Scooby-Doo, Congorilla, le Seigneur des anneaux et Harry Potter — en Lego dans son cas — se préparent à élire domicile au Québec. Hier, la multinationale américaine du divertissement, Warner Bros. (WB) a en effet annoncé en grande pompe qu'elle allait ouvrir à Montréal un studio consacré à la production de jeux vidéo mettant en vedette ces célèbres personnages.

Le projet, financièrement soutenu par Québec, doit permettre la création de 300 emplois d'ici 2015. Il confirme aussi «la position de Montréal parmi les leaders mondiaux du secteur du multimédia», a martelé hier Jean Charest à l'occasion d'une conférence de presse à grand déploiement tenue à Montréal.

Au terme de plusieurs années de tractations entre le gouvernement Charest, la Ville de Montréal et le géant américain, sa division Interactive Entertainment confirme donc ses ambitions montréalaises avec l'implantation de ce studio de développement et d'édition de jeux qui, d'ici cinq ans, doit devenir le plus grand de l'entreprise. Physiquement, ce centre de création n'a pas encore d'adresse en ville, mais WB prévoit trouver son nid d'ici juin ou juillet, a indiqué le président de cette division, le Québécois Martin Tremblay.

Le choix de Montréal a été influencé par «le talent» que l'on y retrouve, a-t-il indiqué, mais aussi par les programmes d'aide gouvernementaux dont WB devrait largement tirer profit. L'entreprise se voit en effet offrir pour cette installation une subvention de 7,5 millions de dollars — le gouvernement parle d'une contribution non remboursable — dans le cadre du programme d'appui stratégique à l'investissement d'Investissement Québec.

Le studio montréalais de l'empire du divertissement va également être admissible aux crédits d'impôt pour la production de titres multimédia (un crédit de 37,5 %), aux crédits d'impôt pour les services de production cinématographiques et télévisuels de la SODEC ainsi que des subventions à la formation de la main-d'oeuvre d'Emploi Québec. Le tout pour des avantages fiscaux évalués par Québec entre 17 et 20 millions de dollars sur cinq ans.

Pour Clément Gignac, ministre du Développement économique, présent hier, cette aide est un investissement pour «la création de la richesse» au Québec qui a fait «le choix de développer une masse critique et une expertise dans le domaine du divertissement interactif», a-t-il dit. Selon lui, le marché global du jeu vidéo doit atteindre 70 à 80 milliards de dollars d'ici 2013, contre 50 milliards aujourd'hui. «Et le Québec est désormais très bien positionné pour participer à cette croissance.»

WB n'a pas précisé les sommes qu'elle compte investir à Montréal pour l'ouverture et l'entretien de son studio, le septième de l'entreprise qui en possède déjà deux en Grande-Bretagne, un à Chicago et trois à Seattle. La bouture montréalaise doit être mise à contribution pour la création de jeux vidéo sur plusieurs consoles, mais aussi de jeux en ligne, «la nouvelle tendance du marché», a précisé M. Tremblay. Les personnages de l'empire DC Comics doivent également s'y retrouver en vedette, le géant américain ne cachant pas son intention, depuis des mois, de donner un second souffle à ces superhéros des années 50.


Nouvelle bien accueillie

L'annonce a été saluée hier par l'Alliance numérique, un groupe de défense des intérêts technologiques du Québec, qui voit là la confirmation que «Montréal est l'endroit par excellence dans le monde où les entreprises peuvent créer de la valeur pour leurs jeux, a résumé Sylvianne Pilon, directrice de la division Jeu du groupe. C'est l'aboutissement aussi de l'engagement de la Ville depuis 40 ans dans le jeu vidéo. Il y a ici de l'expertise et une qualité de vie qui donne à Montréal un avantage concurrentiel».

Dans les derniers mois, deux autres gros joueurs dans cette industrie ont annoncé leur intention d'élire domicile à Montréal, tout comme Warner Bros. Il s'agit du norvégien Funcom et de l'américain Toy Headquarters (THQ) qui, dans les prochaines années, vont alimenter un secteur où cohabitent déjà 750 entreprises versées dans le multimédia.

«C'est formidable pour Montréal, a résumé hier Alain Toscan, directeur d'Electronic Arts, un concurrent implanté également ici. Mais il faudrait commencer à être prudents, ajoute-t-il. Cette croissance devrait se faire par une planification stratégique et organique pour ne pas blesser ou tuer la poule aux oeufs d'or.» Devant la succession d'annonces d'investissements, plusieurs acteurs craignent en effet que le monde de la formation d'experts en construction de jeux vidéo finisse par ne plus être capable de répondre à la demande en main-d'oeuvre de toutes les entreprises convergeant vers Montréal.

«Il n'y a pas péril en la demeure, mais il y a un risque», ajoute-t-il.

Actuellement, 800 étudiants sont inscrits dans des programmes multimédias dans un cégep ou une université, a résumé hier M. Gignac, qui dit réfléchir à une éventuelle pénurie en collaboration avec le ministère de l'Éducation et l'Alliance numérique. Un rapport est d'ailleurs attendu l'automne prochain sur les besoins en main-d'oeuvre de ce pan de l'industrie. «Car on ne veut pas se gêner d'attirer des investissements étrangers à Montréal», a-t-il résumé.
6 commentaires
  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 23 mars 2010 08 h 24

    67k la job

    On va donner, à cette multinationale, une subvention de 20 millions pourla création de seulement 300 jobs, ce qui fait une moyenne de 67k la job, soit 12k par année (un bs reçoit environ 8k de bs par année)

    Non mais c'est quoi l'idée de subventionner une multinationale de haute technologie? Si ce n'est pas du Bs corporatif, qu'est-ce que c'est?

    Le Québec est la province canadienne qui subventionne le plus
    les cies. Plus de 6 milliards par année, la moitié du budget de l'Éducation. A quand la fin de ce Bs corporatif?

    Québec

  • alen - Inscrit 23 mars 2010 10 h 17

    À Bs, Bs et demi, Monsieur Tremblay!

    En réalité, Monsieur Tremblay, on donne à l'entreprise le Bs que recevrait ces travailleurs s'ils ne travaillaient pas. Vous dites 67 000 $ par job, soit l'équivalent de 5 000 $ par année à vie actualisés, par travailleur. De la même façon, 6 milliards de $, c'est l'équivalent de 10 000 $ par année versés en Bs à vie à 50 000 personnes.

    En 20 ans, on a donc organisé ainsi le 1 000 000 de travailleurs qui oeuvrent dans les secteurs les plus dynamiques de notre économie, par ailleurs généralement bien rémunérés.

    Et c'est bien là le problème de fond du Québec; tout le monde est sur le Bs, gestionnaires, chercheurs, travailleurs spécialisés, ... exceptés les pauvres bougres qui travaillent dans le commerce de détail!

  • Rodrigue Guimont - Inscrite 23 mars 2010 10 h 29

    On se souviendra également que ...

    Selon certaines sources (Argent), Warner Brothers va s’installer dans la métropole dans le secteur de la «Cité du Multimédia».

    Rappelons toutefois que le gouvernement libéral de Monsieur Charest a vendu en 2004 la Cité du Multimédia, institué en 1998 par Monsieur Landry et son ministre de l’époque Denis Vaugeois et située au sud du centre-ville de Montréal. C’est ce que j’appelle s’attribuer les idées des autres.

    La Cité du Multimédia abritait 1alors 17 entreprises et employaient plus de 5600 travailleurs de l'industrie des hautes technologies. La «Cité» fut vendue au groupe torontois Northam pour la somme de 147 millions de dollars.

  • Jonathan Legris - Inscrit 23 mars 2010 11 h 19

    À Rodrigue tremblay....

    s'il n'était pour les subventions accordées à ce type d'entreprise, croyez vous vraiment qu'ils s'installeraient ici? Vous préférez qu'elle aient pignon sur rue à Toronto et Vancouver (ou en Inde)à la place, et que les 300 employés, qui seront pour la plus part de jeunes adultes qui consommes beaucoup (restos, divertissement, voiture, condo,famille, vêtements, etc) et qui font parti de la classe qui paye le plus d'impot....vous voulez vraiment que tous ces revenus pour l'état (nous tous) aille ailleurs? Il faut investir pour faire de l'argent, et vaut mieux investir dans ça que que dans des sables bitumineux!!

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 23 mars 2010 11 h 19

    Le fond de l'histoire

    Le fond de l'histoire ici, la goutte peut-être qui va faire déborder le vase (là je rêve) c'est: est-ce qu'il y a une maudite limite à subventionner la grande entreprise dans la création d'emplois au Québec?

    Le Québec subventionne plus que toutes les autres provinces au Canada. Chaque fois qu'il y a une annonce de création d'emplois, Charest est là, avec Gignac et pis Bachand, le gros chèque en mains

    Or, si le Québec est compétitif. Si sa main-d'oeuvre est l'une des meilleures au monde, si nos universités sont là pour la formation de la main-d'oeuvre, si l'énergie n'est pas chère, si les taux d'imposition des cies sont ridiculement bas, si la santé est payée par Québec, si la ville est sécuritaire, si le bilinguisme voir le trilinguisme est là, bref si Montréal et le Québec ont tant d'avantages, pourquoi, bon Dieu, doit-on y ajouter un chèque de 67,000 piasses par job créer?

    EST-CE QUELQU'UN POURRAIT RÉPONDRE À MA QUESTION?