Produits dérivés fiscaux - Un trio européen veut encadrer la spéculation

Le premier ministre grec, Georges Papandréou, s’est plaint hier, en compagnie d’Hillary Clinton,  que des spéculateurs engrangent des milliards chaque jour en pariant sur un défaut de la Grèce.
Photo: Agence France-Presse (photo) Mark Wilson Le premier ministre grec, Georges Papandréou, s’est plaint hier, en compagnie d’Hillary Clinton, que des spéculateurs engrangent des milliards chaque jour en pariant sur un défaut de la Grèce.

Berlin — La chancelière allemande, Angela Merkel, le président français, Nicolas Sarkozy, et le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker travaillent à des propositions communes pour encadrer la spéculation sur les produits dérivés financiers, notamment les CDS («credit default swaps»), a indiqué Berlin hier.

Une «initiative commune» sera présentée à la Commission européenne, a déclaré le porte-parole de Mme Merkel, Ulrich Wilhelm, lors d'un point de presse régulier du gouvernement allemand. Il s'agit en premier lieu de «limiter la spéculation contre les États», a-t-il ajouté.

Les CDS permettent à des détenteurs de dette de se prémunir contre le défaut de paiement de l'émetteur. Ils font l'objet d'un énorme marché, fortement spéculatif et déconnecté de la possession des titres qu'ils sont censés couvrir.

Ils sont notamment mis en cause dans la crise que traverse actuellement la Grèce fortement endettée, ce qui a conduit plusieurs pays à se prononcer ces dernières semaines pour une meilleure régulation de ce marché très opaque. La Commission européenne s'intéresse déjà de près à la question, a-t-elle indiqué la semaine dernière.

Toutefois, le BaFin, autorité de tutelle du secteur financier allemand, a assuré qu'il n'y avait pas de raisons de croire qu'il y ait eu des activités spéculatives massives contre la Grèce sur le marché des dérivés récemment.

«Le regain d'activité sur les marchés de dérivés sont dus essentiellement à une demande croissante pour se protéger du risque crédit de la Grèce», a expliqué le BaFin.

Il a ajouté, se basant sur des données américaines, que peu de positions nouvelles ont été ouvertes sur le marché des dérivés ces derniers jours, ce qui, là aussi, plaide contre l'hypothèse d'une spéculation massive contre la Grèce.

M. Wilhelm a précisé qu'il serait «difficile» de faire interdire les CDS, un porte-parole du ministère des Finances ajoutant qu'il ne fallait pas «jeter le bébé avec l'eau du bain». Dans leur forme originale, les CDS permettent de se couvrir contre le risque d'insolvabilité, et ont à ce titre leur utilité.

«Il y a un consensus international large sur ce qui est à faire. Nous sommes confiants de trouver le mécanisme adéquat», a ajouté ce porte-parole.

Mme Merkel rendra visite aujourd'hui à M. Juncker, le premier ministre luxembourgeois, qui est également chef de file des ministres des Finances de la zone euro.


Grèce

Dans la foulée, le premier ministre grec Georges Papandréou a appelé hier, à Washington, les États-Unis et l'Union européenne à dire une fois pour toutes «ça suffit!» aux spéculateurs qui profitent de la crise financière grecque. «Des spéculateurs sans principes engrangent des milliards chaque jour en pariant sur un défaut de la Grèce. Tout cela doit sembler un peu familier à des oreilles américaines», a déclaré M. Papandréou, lors d'un discours à la Brookings Institution, cercle de réflexion de Washington, sans exonérer son pays de ses responsabilités.

«Ces mêmes institutions financières qui ont été renflouées avec l'argent des contribuables font désormais fortune grâce aux malheurs de la Grèce», a-t-il poursuivi, visant, sans les nommer, certaines grandes banques américaines comme Goldman Sachs qui sont soupçonnées de parier contre la Grèce sur les marchés.

Les perdants de ce jeu sont «les contribuables, qui en payent le prix à coup de coupes claires dans leurs salaires et dans les services sociaux», a ajouté M. Papandréou qui doit être reçu aujourd'hui par le président Obama.

«Contrairement aux banquiers, la Grèce ne demande pas un renflouement, encore moins un bonus. En effet, nous avons réduit considérablement les salaires de tous les membres du gouvernement. J'ai moi-même subi une baisse de salaire considérable», a-t-il précisé en référence aux mesures d'austérité budgétaires présentées la semaine précédente par la Grèce pour tenir son objectif de déficit.

«Si la crise européenne se propage, a-t-il averti, cela pourrait créer une nouvelle crise financière mondiale aux implications aussi graves que celle partie des États-Unis il y a deux ans».

Pour le premier ministre grec, «c'est la raison pour laquelle les États-Unis et l'Europe doivent dire: "ça suffit!" une fois pour toutes à ces spéculateurs qui ne considèrent comme seule valeur que le rendement immédiat, avec un mépris parfait pour ce que cela implique pour le système économique au sens large, pour ne rien dire des conséquences humaines: emplois perdus, logements saisis et retraites décimées».