La Caisse resserre son programme de primes

Québec — Les primes seront plus difficiles à obtenir qu'avant et risquent d'être moins alléchantes, à la Caisse de dépôt et placement, selon ce qu'a appris la Presse canadienne hier.

Cadres et employés devront donc assumer leur part des déboires financiers subis par l'institution en 2008 et accepter, éventuellement, de se serrer la ceinture. Tous les employés, jusqu'à la haute direction, seront visés par le nouveau «programme de rémunération» de la Caisse, qui entre en vigueur dès cette année.

Hier le président de la Caisse, Michael Sabia, et le président du conseil, Robert Tessier, devaient informer les 700 employés de l'institution de l'impact sur leur porte-monnaie de la nouvelle politique.

La Caisse, qui a essuyé des pertes spectaculaires de 40 milliards en 2008, était réputée offrir de généreuses primes de rendement à ses cadres et employés, même lorsque les rendements n'étaient pas au rendez-vous. Par exemple, en 2007, les employés avaient reçu au total 44 millions en primes de rendement, dont 20 millions aux gestionnaires. Plus récemment, la Caisse avait versé 3,8 millions en indemnités de départ à six anciens cadres de haut niveau, soulevant aussitôt les critiques. En 2008, cependant, après la perte de 25 % de ses avoirs, la Caisse n'avait pas versé un seul sou en primes. En 2009, les primes devraient atteindre entre 20 et 25 millions.

Désormais, les primes tiendront compte à la fois du rendement réel fourni par l'employé ou le cadre, des résultats de l'institution elle-même et des performances de ses divers portefeuilles, échelonnés sur une période de quatre ans.

En prenant 2007 comme année de référence, indique une source, la direction de la Caisse vise ainsi à réduire le montant total des sommes versées en primes, par rapport à l'époque d'Henri-Paul Rousseau. «Ce qui est certain, si on appliquait le nouveau programme à 2007, on aurait jamais payé autant» de primes cette année-là, a indiqué une source au sein de la direction.

La nouvelle politique de rémunération, qui ne vise pas les salaires de base, a été adoptée par les membres du conseil d'administration de la Caisse lors de leur dernière réunion. La Caisse avait eu recours à une firme internationale, Hugessen, pour la conseiller à ce chapitre.

Cette initiative fait partie de la démarche entreprise par M. Sabia pour redorer l'image de l'institution, amochée depuis la débâcle de 2008, et espérer regagner la confiance des déposants. Dans ce contexte, «le programme de rémunération de la Caisse devait être repensé», peut-on lire dans une lettre de la direction adressée au personnel, et dont on a obtenu copie. En principe, au chapitre des nouveautés, on peut y lire que l'importance des bonis sera «proportionnelle à la valeur créée pour les déposants».

En disant miser sur «le rendement soutenu à long terme», on étirera sur quatre ans l'évaluation de la performance, au lieu de trois.

S'il est une question qui a été au coeur de la crise de 2008, c'est bien celle de la gestion du risque, que d'aucuns estiment être à la source des pertes historiques subies alors. Or, pour les cadres, la capacité de bien gérer le risque associé aux investissements choisis sera désormais prise en compte pour calculer le boni à verser. Ainsi, «un gestionnaire dont la gestion des risques faillit à rencontrer les attentes pourra voir sa prime de rendement réduite, voire annulée», indique le document.

Pour les membres du comité de direction, on a aussi prévu offrir une formule de «co-investissement», en guise de prime de rendement. Cette prime «fructifiera avec le rendement global de la Caisse, et renforcera l'alignement des intérêts des hauts dirigeants de la Caisse avec ceux de ses clients, les déposants».

La direction de la Caisse estime que sa nouvelle politique de rémunération ne la rendra pas moins compétitive, par rapport à d'autres caisses de retraite, pour recruter et conserver des employés de talent, à tous les niveaux de l'organigramme.