Le nouveau plan économique européen déplaît à Angela Merkel

Bruxelles — La Commission européenne a proposé hier une nouvelle stratégie de croissance de l'Union européenne (UE) pour les dix ans à venir. Elle promet des débats animés dans les mois à venir, car l'Allemagne y voit un risque d'affaiblissement de la discipline budgétaire prévue par le Pacte de stabilité.

Cette stratégie «Europe 2020» vise à pousser les différents pays de l'UE à moderniser leurs économies et à mener des réformes structurelles pour éviter le déclin face aux pays émergents et aux autres grands pays industriels. Elle est axée sur les investissements dans la recherche et l'innovation, la croissance verte ou encore l'éducation et l'emploi. Les États seront appelés à se fixer des objectifs nationaux dans tous ces domaines, à tenir sous peine de rappels à l'ordre de Bruxelles.

Dans le détail, il s'agit d'augmenter les niveaux d'investissement en recherche et développement de 1,9 % du PIB de l'UE actuellement jusqu'à 3 %, de faire passer le taux d'emploi des 20-64 ans de 69 % à au moins 75 %, de ramener le taux d'abandon scolaire de 15 % à 10 %, de diminuer de 20 millions le nombre de personnes menacées par la pauvreté et de réduire comme prévu les émissions de gaz à effet de serre. Une telle stratégie «pourrait aider à atteindre une croissance d'au moins 2 %», a indiqué hier le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.

Pour mieux la piloter, il est question de constituer une forme de «gouvernement économique» européen au niveau des chefs d'État et de gouvernements, afin de s'assurer que chacun suivra la feuille de route commune. «J'espère qu'il y aura un consensus entre les dirigeants» sur la nécessité d'«utiliser toutes les possibilités» qui existent «pour renforcer la gouvernance économique», a dit M. Barroso.

Merkel refuse

Toutefois, à peine lancée, cette stratégie suscite déjà les réserves de la principale économie européenne, l'Allemagne. La chancelière allemande Angela Merkel a écrit à M. Barroso. Elle refuse que les choix de politique économique générale et les réformes à mener, soient traités sur le même plan que la surveillance des déficits nationaux, qui relève du Pacte de stabilité et des ministres des Finances.

Berlin y voit un risque de dilution de la seconde, à laquelle les Allemands sont très attachés. Avec un nouveau mécanisme, «des États pourraient arguer de réformes économiques qu'ils mènent pour demander de la clémence sur les déficits», souligne un diplomate européen.

Mme Merkel ne veut pas d'un mélange des genres qui permettrait aux dirigeants européens de s'emparer de la surveillance budgétaire, avec pour conséquence une «politisation inutile» du processus.

M. Barroso a tenté de la rassurer hier en soutenant qu'il n'y aurait pas «chevauchement» entre le Pacte de stabilité la stratégie économique à moyen terme. Mais il a aussi insisté pour que les États présentent en même temps leurs objectifs budgétaires et de réformes à mener. Sinon cela serait «absurde» car les deux volets risqueraient d'être «en contradiction», a-t-il dit.

Le président de l'UE, Herman Van Rompuy, a plaidé aussi pour une approche moins compartimentée.

Le Conseil européen, le cénacle des chefs d'États et de gouvernement de l'UE, devrait se pencher en même temps sur les questions budgétaires et les choix économiques plus larges. Cette «approche globale» permettrait «d'améliorer nettement notre efficacité», a-t-il dit.