Une stratégie pour contrer le déclin économique

Bruxelles — Pour éviter le déclin et surmonter la crise, l'Union européenne a présenté hier une nouvelle stratégie de croissance pour les dix ans à venir axée sur les nouvelles technologies et entend créer une forme de «gouvernement économique» pour mieux la piloter.

«L'Europe doit réagir pour éviter le déclin» et «notre sortie de la crise doit être le point d'entrée dans une nouvelle économie», résume la Commission européenne dans son document détaillant les grandes orientations de sa stratégie, baptisée «Europe 2020».

Pour cela, Bruxelles fixe trois priorités: la recherche et l'innovation, la croissance verte et l'emploi. Et une série d'objectifs: augmenter les niveaux d'investissement en recherche et développement de 1,9 % du PIB de l'UE, actuellement, à 3 %, faire passer le taux d'emploi des 20-64 ans de 69 % à au moins 75 %, et réduire la pauvreté.

Le programme «Europe 2020» doit remplacer la stratégie dite de Lisbonne, lancée en 2000. Celle-ci ambitionnait au départ de faire de l'Europe en une décennie l'économie la plus compétitive du monde, mais a largement échoué, car elle se résumait à un catalogue de bonnes intentions.

Pour éviter cet écueil, Bruxelles songe d'une part à faire bénéficier les bons élèves de davantage de subventions de l'UE dans certains domaines. L'exécutif européen souhaite d'autre part imposer aux gouvernements de suivre la feuille de route commune, et de mieux se coordonner. Il dispose pour cela d'instruments prévus par le nouveau traité de Lisbonne, avec des «recommandations» qui pourront être adressées aux gouvernements dans un premier temps.

Puis, s'ils tardent à les mettre en oeuvre, la Commission pourra, selon des modalités encore à définir, leur envoyer des «avertissements», comme elle le fait déjà en matière budgétaire, mais sans sanctions à la clé.

Le parallèle qui se dessine entre la surveillance des politiques budgétaires et celle des choix économiques plus larges suscite cependant les réserves de l'Allemagne, qui craint un affaiblissement de la première — et du Pacte de stabilité de l'UE — au profit de la seconde.

La chancelière Angela Merkel a écrit au président de l'exécutif européen, José Manuel Barroso, pour demander une distinction claire. Avec le nouveau mécanisme, «des États pourraient arguer de réformes économiques qu'ils mènent pour demander de la clémence sur les déficits», souligne un diplomate européen.

Ces efforts s'inscrivent dans le cadre d'une initiative plus large des Européens, menée notamment par le président de l'UE, Herman Van Rompuy, pour mettre sur pied un «gouvernement économique». Les dirigeants européens, qui ont trouvé un accord de principe sur cet objectif à la mi-février, doivent maintenant discuter des propositions de la Commission en vue d'une adoption au mois de juin.

Cependant, selon des économistes, rien ne garantit que la nouvelle stratégie aura beaucoup plus de succès que la précédente. Pour commencer, les États veulent pouvoir fixer eux-mêmes leurs objectifs économiques nationaux. Berlin a prévenu qu'il n'accepterait pas des efforts excessifs et a jugé «très ambitieux» le calendrier prévu par Bruxelles.

Par ailleurs, selon Daniel Gros, du Centre for European Policy Studies, «il n'y a rien de substantiel, rien de concret» dans la nouvelle stratégie, alors qu'il faudrait «des outils pour atteindre les objectifs», comme, par exemple, une mise en commun des programmes de recherche.

«Mais c'est justement ce genre d'actions concrètes que l'on évite, car il n'y aurait plus de contrôle politique national sur une partie des dépenses», déplore-t-il.