La Caisse de dépôt dans les dernières de classe

Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir

La Caisse de dépôt et placement du Québec a obtenu un rendement de 10 % en 2009, la plaçant dans les derniers de classe des grandes caisses de retraite au pays.
Après le désastre de 2008, où elle avait affiché un rendement de -25 % et des pertes de près de 40 milliards, la Caisse a notamment profité du rebond des marchés boursiers pour faire passer son actif net de 120,1 milliards à 131,6 milliards l'année dernière, pour un gain de 11,8 milliards.

«2009 a été une année de transition pour la Caisse, mais il nous reste encore du travail à faire, a déclaré hier en conférence de presse son président et chef de la direction, Michael Sabia. Disons que l'on a remis le train sur ses rails et qu'il nous reste maintenant à lui redonner son rythme de croisière.»

Représentant le rendement moyen pondéré des fonds de ses 25 déposants, parmi lesquels se trouvent la Régie des rentes du Québec, la Caisse de retraite des employés du secteur public québécois et le fonds de la Société de l'assurance automobile du Québec, le rendement de 10,04 % de la Caisse, cette année, est inférieur de quatre points de pourcentage à son indice de référence (14,1 %), établi à partir des résultats du marché et en fonction de sa répartition d'actifs.

Habituellement friande de comparaisons avec les autres caisses de retraite canadiennes de plus d'un milliard, la Caisse n'en aurait pas parlé cette année si les journalistes ne l'y avaient pas priée. En réponse à leurs questions, elle a dû admettre que la performance de cette année la classe dans le quatrième et dernier quartile d'un groupe dont le rendement moyen en 2009 s'est élevé à 15,5 %, selon la firme RBC Dexia.

Rater le rebond

Ces écarts négatifs ont principalement été causés par trois facteurs, a expliqué la Caisse. La moitié du retard est attribuable à de nouvelles pertes sur papier dans le secteur immobilier (-15,8 %), durement touché par la crise aux États-Unis et en Europe. On a particulièrement fait les frais de certains types de prêts plus à risque (-20,3 %) avec lesquels la Caisse a d'ailleurs décidé de prendre dorénavant ses distances, surtout sur le marché américain.

L'autre moitié de l'explication de cet écart entre le rendement de la Caisse et les indices se trouverait, en parts égales, dans les secteurs du placement privé et des marchés boursiers. Dans le premier cas, la moins bonne performance de la Caisse (17,5 % contre 25,6 %) viendrait essentiellement de l'habituel décalage dans le temps entre l'évaluation des placements privés et leur indice de référence.

Dans le cas des marchés boursiers (31,4 % contre 30,9 %), la Caisse estime qu'elle aurait pu faire encore mieux si elle n'avait pas jugé nécessaire de vendre tant d'actions durant les jours les plus sombres de la tempête boursière de l'automne 2008 pour relever le niveau de ses liquidités, et que cela ne l'avait pas empêchée de profiter du début du rebond au mois de mars suivant.

La Caisse n'avait plus alors que 22 % de ses actifs dans le marché boursier. Les titres qui avaient été vendus étaient principalement des actions étrangères, notamment américaines. La Caisse a eu beau ramener, depuis, la part de ses actifs dans le marché boursier à 35 % en rachetant pour 9,6 milliards d'actions en 2009, dont 2,5 milliards seulement au début d'avril, son rendement de cette année aurait été supérieur d'un point de pourcentage si elle avait été prête dès le départ.

Michael Sabia s'est bien gardé hier de jeter la pierre à ceux qui tenaient le fort avant son arrivée à la tête de la Caisse en mars 2009. Il ne faut pas oublier, a-t-il dit, comment l'avenir économique semblait incertain il y a un an. La priorité a été accordée au maintien de liquidités suffisantes et à la protection de l'avoir des déposants. On se console un peu en disant que d'un écart négatif de 5 % (-0,3 % contre +4,7 %) durant la première moitié de l'année, la Caisse est passée au deuxième semestre à un écart positif entre son rendement (10,4 %) et celui de l'indice (9 %).

Résultats à long terme?

«On ne peut plus rien faire à propos de 2008, a constaté Michael Sabia. On ne peut qu'en tirer les leçons. Nous sommes un investisseur à long terme, a-t-il poursuivi. Ce qui compte pour moi, ce n'est pas nécessairement la position de premier, de deuxième ou de troisième quartile dans une année. Ce qui compte, c'est notre performance à long terme.»

Le Devoir a demandé aux responsables des communications de la Caisse, après la conférence de presse, quels avaient été ces résultats à long terme pour les dix dernières années, ainsi que le classement obtenu. Il n'avait toujours pas été possible d'obtenir de réponse six heures et demie plus tard. L'an dernier, la Caisse disait avoir eu un rendement de 3,1 % en cinq ans, qui lui aurait valu une place dans le troisième quartile.

La Caisse dit avoir retrouvé aujourd'hui une répartition d'actifs qui lui convient mieux, à raison de 35 % d'actions, de 33 % en titres obligataires, de 18 % en investissements immobiliers et de 13 % en placements privés. Elle a également profité des derniers mois pour réduire considérablement son endettement, en faisant passer son passif de 66,8 milliards à 39,1 milliards (- 41,5 %). La valeur comptable de ses damnés PCAA a même pu être légèrement révisée à la hausse d'une moyenne équivalant à 56 ¢ dans le dollar à 58 ¢, pour un gain de 513 millions.

On s'estime prêt aujourd'hui à faire face à une reprise économique qui s'annonce fragile. On dit avoir retrouvé suffisamment de souplesse pour s'adapter rapidement à une possible chute des marchés obligataires ou à flambée de l'inflation.

Michael Sabia a répété son intention de «recentrer la Caisse sur ses compétences fondamentales» et de prendre ses distances d'avec les produits dérivés et autres opérations financières complexes qui lui ont joué des tours l'année dernière. Il a redit également que l'on augmentera la présence de la Caisse sur les bouillonnants marchés chinois, indiens et brésiliens, mais seulement après qu'on en aura acquis l'expertise. «Les marchés ne sont pas un terrain pour les amateurs», a-t-il déclaré.

Les rapports de la Caisse, en PDF (hyperlien)
11 commentaires
  • Sébastien Paquin Charbonneau - Inscrit 26 février 2010 01 h 52

    Donnez-lui son 4%!

    Assez, c'est assez! Pendant combien de temps encore tous ces néolibéraux, néoconservateurs et autres lucides vont-ils rire de nous? Il est grand temps de leur montrer la porte de sortie à ces incompétents diplômés.

  • Bernard Gervais - Inscrit 26 février 2010 07 h 43

    Et combien de temps sera nécessaire pour corriger la situation ?

    Et combien de temps (d'années !) seront nécessaires au nouveau P.-D.-G. de la Caisse de Dépôt, Michael Sabia, pour « réparer les pots cassés », pour faire oublier l'immense gâchis laissé par son prédécesseur, Henri-Paul Rousseau ?

    Et dire que, malgré les résultats catastrophiques qu'a connus la Caisse sous sa gouverne en 2008 (40 milliards $ en fumée !), ce même M. Rousseau a quand même reçu, quand il a quitté ses fonctions, une généreuse prime de départ !

    Et dire que, quand ces mêmes résultats ont été publiés en février 2009, notre ineffable premier ministre, Jean Charest (celui qui voyage beaucoup !), a osé déclaré que son gouvernement n'y était pour rien et que, selon lui (ça, je n'en suis jamais revenu !) que les Québécois voulaient qu'on tourne la page sur cette histoire !

    Incroyable comme nos politiciens et grands financiers peuvent parfois rire de ceux qui en arrachent pour gagner leur vie !

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 26 février 2010 08 h 09

    Le Naufrageur

    Michael Sabia est un capitaine sans peur et sans jugement. Il a réussi à conduire la grosse barque Bell Canada sur l'iceberg Teachers avec des conséquences désastreuses pour les investisseurs.Des milliers de personnes qui, comme moi, comptaient sur cet investissement pour leur retraite, ont subi des pertes considérables. Suite à ce naufrage on lui confie la Caisse.
    Pauvre Québec ! Avec un Jean Charest qui a les deux mains sur le volant et un Michael Sabia qui a les deux mains sur le gouvernail!

  • Jean Martinez - Inscrit 26 février 2010 08 h 15

    Les mystères de la Caisse...

    Depuis que Charest a changé le mandat de la Caisse et a ouvert la voie au désastre financier des PCAA, le Québec inc. s'est considérablement affaibli. Cela doit être très commode vu d'Ottawa et de Toronto...Qu'est-ce que les Québécois sont indolents et naïfs! C'est vraiment vertigineux!

  • jacques noel - Inscrit 26 février 2010 08 h 51

    20 milliards d'incompétence

    On résume
    -la Caisse a perdu 40 milliards alors qu'elle aurait dû en perdre au pire 25 en 2008
    -la Caisse a fait 12 milliards en 2009 alors qu'elle aurait dû en faire au pire 17

    Les bolés de la Caisse, tous surpayés, nous auront fait perdre 20 milliards en 2 ans par leur méga-incompétence. C'est l'équivalent de 40 fois les augmentations qu'on s'apprête à administrer à nos étudiants à l'université.

    Mais le pire, c'est qu'on a donné un million de boni au boss à son départ. Juste pour ça faudrait une enquête pour savoir ce qui s'est passé à la Caisse depuis 2 ans.

    Qu'on donne le mandat à trois experts d'examiner une par une toutes les transactions faites par la Caisse depuis 2 ans. Et que ces experts convoquent les responsables pour qu'ils justifient chacune de leurs décisions