La Caisse de dépôt et de placement dévoile ses résultats - Le rendement jugé insuffisant

Le rendement de 10 % affiché par la Caisse de dépôt et placement du Québec en 2009 n'a pas fait taire les critiques envers l'institution. Plusieurs jugent en effet le résultat insuffisant, surtout après les pertes nettes de 40 milliards enregistrées l'année précédente.

«On ne peut pas se réjouir des résultats de la Caisse. C'est cinq milliards de manque à gagner», a soutenu hier la chef du Parti québécois, Pauline Marois, en marge d'une conférence de presse. Elle en arrive à ce résultat en calculant la différence entre le rendement de la Caisse (10,04 %) et celui de l'indice de référence (14,1 %), soit 4,1 %. Comme l'actif de l'institution était de 120 milliards au début de 2009, on obtient un «manque à gagner» de cinq milliards.

Elle impute d'ailleurs cette mauvaise performance à la gestion du président et chef de la direction de la Caisse, Michael Sabia. «Il n'est pas un gestionnaire de risque. Il a éliminé le risque plutôt que de le gérer. C'était catastrophique. C'est maintenant très mauvais.»

N'y a-t-il pas lieu de laisser une chance au coureur? Après tout, le président a été nommé en mars 2009, en pleine crise économique. Pauline Marois, qui s'était opposée à sa nomination, a été tranchante: «Le premier ministre a pris une mauvaise décision. Je ne réclame pas la tête de M. Sabia. Je réclame qu'il réussisse.» À M. Sabia qui soutient que 2009 a été «une année de transition», après les déboires de 2008, Pauline Marois réplique que 2010 devra en être une de réussite.

Le chef de l'Action démocratique, Gérard Deltell, s'est également montré déçu, soulignant que le Québec se retrouve pour une deuxième année consécutive «en queue de peloton», puisque plusieurs autres caisses affichent un meilleur rendement. «On se compare encore une fois aux moins bons», selon lui.

Le porte-parole de Québec solidaire, Amir Khadir, estime au contraire que le rendement de 10 % est tout à fait appréciable, surtout en regard de l'objectif de l'ordre de 7 % nécessaire pour assurer le financement des régimes de retraite et d'assurances. Il met aussi en garde contre la tentation du rendement à tout prix. «Il faut se méfier des indices de référence, parce que c'est cette recherche du rendement maximal qui a mené la Caisse aux déboires qu'elle a connus», a-t-il rappelé.

Et au-delà de la performance comptable, M. Khadir juge essentiel de savoir en quoi la Caisse de dépôt soutient l'économie québécoise, soulignant que celle-ci pourrait notamment jouer un plus grand rôle dans le secteur minier. Le Québec serait ainsi davantage maître de son sous-sol et de son exploitation, selon lui. Le député de Mercier a aussi soulevé des interrogations quant à l'attribution ou non de primes aux dirigeants de l'institution. Il n'a pas été possible de vérifier cette information hier.

L'Association québécoise des retraités des secteurs public et parapublic (AQRP) a pour sa part souligné que les résultats de la Caisse pour 2009 n'ont permis de récupérer que 11,8 milliards de dollars des 39,8 milliards de dollars de pertes de l'année 2008, «ce qui signifie des pertes de l'ordre de 28 milliards de dollars sur deux ans».

L'AQRP compte aussi étudier la possibilité de réclamer que les fonds des retraités soient gérés par un autre gestionnaire que la Caisse de dépôt. Le regroupement a en outre profité de l'occasion pour réclamer de nouveau la nomination d'une personne représentant les intérêts des personnes retraitées au conseil d'administration de la Caisse.

Contactées par Le Devoir, la Régie des rentes, la Commission de la construction du Québec, la Commission de la santé et de la sécurité du travail et la Société d'assurance automobile du Québec ont toutes refusé de dévoiler leurs rendements individuels en signalant que leur publication viendrait plus tard au cours de l'hiver et au printemps. La Caisse de dépôt et placement a pour mission de faire fructifier l'argent de 25 déposants, dont les stratégies d'investissement peuvent différer de manière significative.

Les rapports de la Caisse, en PDF (hyperlien)

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Avec la collaboration de François Desjardins
Avec La Presse canadienne
2 commentaires
  • Roland Berger - Inscrit 26 février 2010 15 h 30

    Monsieur Khadir, bravo et merci !

    Monsieur Khadir, bravo et merci pour remettre les pendules à l'heure. La Caisse n'a pas été créé pour permettre à des « téteux » de milliardaires de jouer au monopoly avec l'argent des contribuables, mais bien pour assurer une retraite décente à ceux qui peuvent à peine jouer avec des milliers de dollars pour ne pas finir leurs jours dans la pauvreté.
    Roland Berger
    St Thomas, Ontario

  • Roland Berger - Inscrit 26 février 2010 15 h 36

    La classe de Madame Marois

    Madame Marois critique la Caisse du point de vue de la classe à laquelle elle appartient celle des riches qui se perçoivent comme les têtes à penser du Québec. Serait-elle plus à droite que Jean Lesage, sous le gouvernement duquel la Caisse a été fondée ? On pourrait le croire. Bien sûr, électoralisme oblige !
    Roland Berger
    St Thomas, Ontario