Crise chez Toyota - Le grand patron plaide une croissance trop rapide

Devant le Congrès américain, le directeur des opérations de Toyota aux États-Unis, Jim Lentz, a attribué une partie des défauts techniques des voitures à une mauvaise communication au sein de l’entreprise, avec les régulateurs et avec les consommateurs.
Photo: Agence France-Presse (photo) Mark Wilson Devant le Congrès américain, le directeur des opérations de Toyota aux États-Unis, Jim Lentz, a attribué une partie des défauts techniques des voitures à une mauvaise communication au sein de l’entreprise, avec les régulateurs et avec les consommateurs.

Washington — Les dirigeants du constructeur japonais Toyota ont commencé, hier, à affronter les critiques et les questions des parlementaires américains à l'orée de deux jours d'auditions. Le p.d.-g. Akio Toyoda a admis que son groupe avait connu une croissance trop rapide.

«Je crains que le rythme auquel nous nous sommes développés ait été trop rapide», affirme M. Toyoda dans le texte du discours qu'il doit prononcer aujourd'hui devant le Congrès. «Nos priorités se sont embrouillées» et «notre principe de base consistant à écouter les consommateurs pour faire de meilleurs produits s'en est retrouvé compromis», poursuit-il dans ce document diffusé à l'avance.

Lors d'une première audition, hier, à la commission de l'Énergie et du Commerce de la Chambre des représentants, son président, Henry Waxman, s'est dit «un grand admirateur de Toyota».

«Toyota est une importante entreprise citoyenne pour les États-Unis. C'est pour cela que je suis déçu par la réaction de Toyota aux problèmes d'accélérations involontaires», principale cause des rappels massifs du constructeur ces dernières semaines — neuf millions dans le monde et six millions aux États-Unis —, a ajouté M. Waxman.

M. Waxman a fustigé le fait que «ni Toyota ni le gouvernement ne se soient sérieusement penchés sur la possibilité que des dysfonctionnements électroniques soient à l'origine» des accélérations soudaines, déplorant aussi que l'agence de sécurité routière américaine, la NHTSA, ne compte «même pas d'ingénieur en électronique» dans ses effectifs.

M. Waxman a aussi affirmé que des conducteurs ayant fait l'expérience de ces accélérations soudaines décrivaient quelque chose qui «ressemble à un problème électronique», des propos corroborés par deux experts sollicités par la commission.

En ouvrant la session, le démocrate Bart Stupak, du Michigan, a accusé la NHTSA de s'être montrée peut-être «trop accommodante avec le secteur» automobile, et le constructeur d'avoir «trompé le public américain» dans ses déclarations sur les problèmes d'accélération soudaine.

Sa commission devait entendre le ministre des Transports américain, Ray LaHood, et le directeur des opérations de Toyota aux États-Unis, Jim Lentz.

M. Lentz devait assurer que ces systèmes ne présentent «pas de problème», selon le texte de son intervention distribué à la presse. Il devait aussi présenter à nouveau les excuses de son groupe et reconnaître que celui-ci a mis «trop de temps à prendre en compte un ensemble rare, mais sérieux de problèmes de sécurité».

M. Lentz attribue une partie de ces défauts techniques à «une mauvaise communication au sein de l'entreprise, avec les régulateurs et avec les consommateurs».

M. Lentz devait rappeler que le constructeur avait réparé «près d'un million de véhicules» depuis le début de la crise fin janvier, au rythme de 50 000 voitures par jour.

LaHood se défend

De son côté, Ray LaHood devait défendre son administration et la NHTSA. «Depuis que j'ai pris mes fonctions, il y a treize mois, j'ai dit que la sécurité était la priorité numéro un du ministère. J'aime à penser que nous avons fait la preuve de cet engagement», dit-il dans des remarques préparées également distribuées à la presse. «Le rappel de Toyota est un problème très sérieux et nous le traitons sérieusement», poursuit-il.

Lors de sa présentation liminaire, M. Waxman a jugé qu'il serait «dommage que Toyota pâtisse de ces rappels de manière permanente». Mais «la sécurité doit primer» et «il faudra éventuellement légiférer» sur les systèmes électroniques automobiles.