L'investissement responsable a la cote auprès des entreprises

De plus en plus d'entreprises sont ouvertes au «dialogue» sur des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), constate le président-directeur général du Groupe investissement responsable, Olivier Gamache, qui souligne que nombre d'entre elles préfèrent désormais adopter de meilleures pratiques plutôt que de passer pour de mauvais citoyens corporatifs lors des assemblées d'actionnaires.

«Le nombre de propositions [liées aux critères ESG] présentées en assemblée diminue: elles sont souvent retirées avant l'assemblée parce que la compagnie fait des concessions, explique M. Gamache. On peut donc dire que la stratégie d'actionnariat engagé est efficace pour faire adopter de meilleures pratiques aux entreprises.»

«On observe que l'investissement responsable a perdu son caractère marginal pour devenir un courant dominant, souligne d'ailleurs le Groupe investissement responsable dans le document Enjeux 2010, publié hier. Que dire de son avenir? On peut, à tout le moins, s'attendre à ce que l'offre de services et de produits éthiques s'élargisse, notamment en ce qui concerne l'offre aux particuliers. On constate aussi que des tendances se dessinent en ce qui a trait aux stratégies d'investissement responsable, par exemple un intérêt plus grand pour l'actionnariat engagé et l'inclusion de critères d'évaluation ESG dans le processus d'évaluation des titres.»

Il faut dire que le public en général est de plus en plus sensibilisé, notamment aux questions environnementales. Les entreprises, qui sont en pleine saison des assemblées d'actionnaires, ne peuvent donc plus les ignorer. «Pour bien des investisseurs, les entreprises se doivent d'agir rapidement par rapport aux défis soulevés par les changements climatiques», estime M. Gamache. D'autant que «celles qui refusent d'agir ou qui prennent du retard risquent de laisser échapper des occasions d'affaires liées aux changements climatiques, voire de compromettre la durabilité de leurs activités».

Et afin d'être plus au fait de l'empreinte écologique engendrée par les activités d'une entreprise, les actionnaires sont chaque année plus nombreux à réclamer la publication d'un rapport de développement durable ou encore la participation au Carbon Disclosure Project, qui permet de mesurer les émissions de carbone. Olivier Gamache souligne aussi que «la sécurité des produits, la gestion durable de l'eau et l'empreinte sur l'eau des activités et produits des entreprises, ainsi que la préservation des forêts et des espèces en danger représentent des enjeux importants, qui seront soulevés par des actionnaires en 2010 et qui feront l'objet de propositions ou de dialogues avec des entreprises».

Mais cette croissance constante de la «conscience environnementale» de l'actionnariat pousse aussi parfois les entreprises plus récalcitrantes à recourir à l'«écoblanchiment», note le GIR. «Cette pratique se décline sous plusieurs formes, allant de l'affirmation non pertinente — par exemple, qu'un produit ne contient pas une substance toxique, interdite de toute façon par la loi — au mensonge pur et simple. Les entreprises qui y ont recours s'exposent toutefois au risque de ternir leur réputation, de perdre leur crédibilité et d'être poursuivies.» Les actionnaires doivent donc demeurer vigilants, précise M. Gamache, et s'assurer de la qualité des informations qui leur sont fournies, par exemple en exigeant que le rapport de développement durable fasse l'objet d'une vérification externe.

Le Groupe investissement responsable espère par ailleurs que les progrès se poursuivront dans le dossier de la rémunération des dirigeants, après les avancées obtenues auprès de plusieurs grandes entreprises canadiennes, surtout des banques, qui ont accepté de soumettre la politique de rémunération de leurs hauts dirigeants à un vote «consultatif».