Des banquiers anglais disent non à leur prime

Les pertes annoncées de la Royal Bank of Scotland et Lloyds Banking Group ont incité leurs directeurs généraux à refuser leur prime.
Photo: Agence France-Presse (photo) Carl de Souza Les pertes annoncées de la Royal Bank of Scotland et Lloyds Banking Group ont incité leurs directeurs généraux à refuser leur prime.

Londres — Les britanniques Royal Bank of Scotland (RBS) et Lloyds Banking Group (LBG), en partie nationalisées, s'apprêtent toutes deux à dévoiler d'importantes pertes annuelles en fin de semaine, ce qui a poussé leurs patrons à renoncer à l'avance à leurs primes pour tenter de désamorcer une nouvelle polémique.

D'après les analystes de JPMorgan, RBS, dont l'État détient l'équivalent de 84 % du capital, devrait annoncer demain une perte nette de 8,1 millards de dollars pour l'exercice 2009, fortement réduite par rapport aux 38,6 milliards essuyés par la banque d'Edimbourg en 2008, un record pour une entreprise britannique.

LBG, issue de la fusion début 2009 des banques Lloyds TSB et HBOS, et contrôlée à 43 % par l'État, devrait quant à elle faire part d'une perte autour de 11,3 milliards, toujours d'après JPMorgan.

Selon UBS, ces deux banques ont amélioré l'an dernier leurs performances opérationnelles et leurs perspectives se sont nettement améliorées, mais elles ont continué à pâtir de dépréciations gigantesques liées à leurs actifs à risques hérités de la crise du crédit.

Sans même attendre la publication de ces résultats, les directeurs généraux des deux groupes, Stephen Hester et Eric Daniels, ont renoncé officieusement pour le premier, et publiquement pour le second, à leurs primes qui s'élevaient à 1,6 million et 3,2 millions, respectivement.

Comme l'a expliqué la presse britannique, les deux patrons n'avaient de toute façon guère le choix. En effet, John Varley et Bob Diamond, les dirigeants de la banque rivale Barclays, qui contrairement à RBS et LBG avait décliné toute injection de capitaux publics pendant la crise, ont montré l'exemple la semaine dernière. Ils ont tous les deux renoncé à leurs primes, alors même que leur groupe annonçait un bond de ses profits.

Ce précédent a mis la pression sur leurs homologues des banques aidées par l'État pour qu'ils fassent de même, faute de quoi ils courraient le risque d'être accusés d'empocher des primes à l'échec.

De plus, comme leurs homologues de Barclays, les patrons de RBS et LBG ont préféré, selon le Financial Times, renoncer à leurs primes individuelles dans l'espoir de mieux faire passer le fait que leurs groupes, en dépit des énormes pertes attendues, allaient continuer à verser des primes importantes à leurs courtiers, pour éviter de perdre leurs meilleurs éléments.

RBS devrait ainsi payer au total 1,3 milliard de dollars en primes aux employés de ses activités d'investissement, et LBG — très peu présente sur les activités de marché — devrait verser aux siens 322 millions de rémunération variable.

Tactique fructueuse

Une tactique qui semble porter ses fruits. Le ministère des Finances s'est ainsi félicité lundi que «les banquiers réagissent aux préoccupations de l'opinion».

Le cabinet indépendant de conseil aux actionnaires PIRC a quant à lui estimé que «la décision des chefs des deux banques dépendantes de l'aide de l'État de faire preuve d'une telle retenue est la bonne chose à faire, et doit être saluée», même si «elle ne met pas fin à la question des primes».