L'inquiétante passion de la consommation

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Photo: Agence Reuters Jim Bourg Crédit

La croissance marquée de l'endettement des Canadiens, en particulier celui des jeunes, préoccupe le Groupe de travail sur la littératie financière, qui étudiera attentivement le sujet dans le cadre des consultations nationales qu'il mènera au cours des prochains mois. Il devrait d'ailleurs formuler des recommandations pour s'attaquer au problème dans le rapport qui sera remis d'ici la fin de l'année.

«Nous sommes parfaitement conscients du problème et nous allons essayer de proposer des réponses aux consommateurs, mais également aux institutions financières», a assuré hier le vice-président du groupe mis sur pied par Ottawa, L. Jacques Ménard, lors du lancement du document de consultation Cibler l'excellence, du forum en ligne qui l'accompagne et des séances publiques qui se tiendront partout au pays.

Outre les questions de l'épargne, des placements, de la planification de la retraite et de la prévention de la fraude, le Groupe entend consulter les Canadiens sur l'épineuse question de la gestion de la dette personnelle. Car le problème est très préoccupant, a répété M. Ménard. «L'endettement des ménages par rapport au revenu a grimpé dramatiquement au cours des deux dernières décennies», rappelle justement le document publié hier. «Entre 1990 et 2008, la croissance des dépenses des ménages a été deux fois plus rapide que celle des revenus des ménages, tandis que la croissance de l'endettement des ménages a été six fois supérieure.»

Aspect encore plus inquiétant, les jeunes qui ont à peine atteint la vingtaine et qui ont grandi dans un univers caractérisé par la surconsommation sont de plus en plus nombreux à vivre d'importants problèmes financiers en raison de leur haut niveau d'endettement. Près de 60 % des 18-29 ans ont des dettes, le plus souvent de carte de crédit. Le tiers doit plus de 10 000 $ et le cinquième plus de 20 000 $.

Crédit excessif

M. Ménard note qu'une partie du phénomène est imputable au fait que ces adultes en devenir occupent souvent un emploi et développent de plus en plus tôt une véritable «passion» pour la consommation de biens, qu'il s'agisse du nouveau modèle d'iPod ou de téléphone cellulaire, de vêtements, d'une voiture, etc. Les tentations sont nombreuses dans un monde où la publicité est omniprésente. Mais le président du conseil d'administration de BMO Nesbitt Burns estime aussi qu'il faudrait «appeler les agents économiques à une plus grande rigueur quant à l'accès qu'ils donnent aux produits de crédit». Dans certains cas, juge-t-il, les entreprises de sollicitation «sèment à tous vents des offres de crédit».

Et dans un contexte où de bonnes connaissances économiques sont plus que jamais nécessaires pour éviter les écueils de l'endettement, il déplore l'abolition de l'unique cours d'économie du programme scolaire secondaire, même si l'on assure au gouvernement que les notions sont enseignées dans le cadre d'autres cours. «Il est déplorable qu'on laisse aller un cours comme celui-là au moment où les jeunes commencent à avoir des revenus d'emploi», affirme L. Jacques Ménard.

Bref, le menu s'annonce chargé pour les consultations qui seront menées en avril — le 19 à Montréal et le 20 à Québec — et en mai. Le Groupe, qui compte 13 membres venant du milieu des affaires, du secteur de l'enseignement, d'organisations communautaires et du monde universitaire, présentera des avis, des recommandations et un plan d'action concret au ministre fédéral des Finances d'ici décembre 2010. Ce dernier devrait ensuite accoucher d'une «stratégie nationale visant à améliorer la littératie financière des Canadiens».