Page invite Ottawa à voir loin

À long terme, le vieillissement de la population créera  au fédéral plus de dépenses que de recettes.
Photo: Agence Reuters Christian Charisius À long terme, le vieillissement de la population créera au fédéral plus de dépenses que de recettes.

Ottawa — Le vieillissement de la population canadienne combinée à la réduction systématique des revenus de l'État depuis quelques années fera en sorte que le gouvernement fédéral fera face à un manque à gagner annuel et chronique de 20 milliards de dollars. Le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, invite donc la classe politique à faire ce qu'elle n'a pas l'habitude de faire: planifier à long, très long terme.

Dans son plus récent rapport, le bureau de M. Page a voulu vérifier la viabilité financière d'Ottawa. Conclusion: la structure financière fédérale «n'est pas durable». Si rien n'est fait, le vieillissement de la population et la diminution des revenus du gouvernement qui s'ensuivra auront pour effet de créer un déficit structurel. Kevin Page estime que le statu quo mènera, dans 75 ans, à un manque à gagner d'environ 20 milliards de dollars par année. Pire, si les transferts fédéraux vers les provinces aux fins de la santé continuent de croître à raison de 6 % par année, alors le manque à gagner fédéral sera le double, soit environ 40 milliards de dollars. Par année.

Le corollaire, c'est que la dette canadienne gonflera à vue d'oeil. Alors que son poids relatif à l'économie se maintient à l'heure actuelle à 34 % du PIB, il pourrait exploser pour atteindre près de 200 % du PIB d'ici 2071.

Pour éviter cette crise, le directeur parlementaire du budget invite les élus à voir plus loin que la fin de leur mandat. Il estime qu'il faudrait augmenter les impôts ou réduire les dépenses, ou une combinaison des deux de l'ordre de 1 à 1,9 % du PIB. «C'est presque impossible de combler tout cet écart juste en révisant les dépenses», a expliqué M. Page en point de presse, faisant référence aux divers exercices de «repriorisation» des dépenses des récents gouvernements. «Il sera nécessaire de regarder aussi les impôts.»

Rappelons que le déficit pour l'année en cours au Canada devrait s'élever à 56 milliards de dollars. Si une bonne part de cette somme est attribuable au plan de stimulation économique adopté pour traverser la récession, une portion tout aussi considérable l'est à la réduction volontaire des revenus décidée par les conservateurs. À elle seule, la réduction de deux points de pourcentage de la TPS a privé Ottawa de revenus annuels de 12 milliards de dollars. Les réductions d'impôts qui seront consenties aux entreprises l'année prochaine et la suivante priveront Ottawa d'une autre tranche de 6 milliards de dollars chaque année.

Le bureau de Kevin Page ne croit pas qu'il faille agir immédiatement: il serait approprié d'attendre que la crise économique actuelle se résorbe. Mais pas beaucoup plus longtemps. «En retardant considérablement la mise en oeuvre des mesures financières, on augmente substantiellement le degré de correction nécessaire», est-il écrit dans le rapport.
2 commentaires
  • Frederic Fradette - Inscrit 19 février 2010 11 h 04

    Fantaisies

    Le seul commentaire qui me vient est que si les économistes n'ont pas vu venir la crise actuelle et prévoir les répercussions sur l'économie de leur geste, il me parait totalement fantaisiste d'essayer de prévoir comment sera l'économie dans 75 ans.

  • Gilbert Troutet - Abonné 19 février 2010 18 h 26

    Gouverner, c'est prévoir


    Le simple bon sens dicterait de ne pas augmenter les dépenses en même temps qu'on réduit les impôts. Pourtant, c'est ce que le gouvernement Harper a entrepris de faire depuis qu'il est au pouvoir. La méthode Bush, avec les résultats que l'on sait. En effet, pendant qu'il réduisait les impôts (pour des raisons électorales), M. Harper dépensait plus de 30 milliards $ en équipements militaires. Le ralentissement économique n'explique donc pas tout. Si ces milliards avaient au moins été dépensés au pays pour les infrastructures, le transport en commun, la santé, l'éducation, on pourrait parler d'investissement. Mais ce n'est pas le cas. Je crains qu'on ait maintenant à payer les pots cassés, comme aux États-Unis.