Un bogue avec Buzz

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Photo: Agence France-Presse (photo) Google

Une semaine après que Google eut surpris les usagers de son service de courriel Gmail en lançant Buzz, une fonction de réseautage intégré, la commissaire canadienne à la protection de la vie privée demande des explications à l'entreprise et soulève des questions au sujet de la protection des renseignements personnels.

Dans les jours qui ont suivi le lancement du 9 février, les usagers de Gmail ont constaté avec stupeur que Buzz, par défaut, constituait par lui-même une liste d'«amis» et que celle-ci était affichée sur un profil largement diffusé. Pour éviter que ne soit divulguée cette liste des personnes avec lesquelles il communique le plus souvent, l'usager s'est donc trouvé dans l'étrange obligation de désactiver lui-même cette fonction.

L'intervention de la commissaire à la vie privée, Jennifer Stoddart, survient au lendemain du dépôt d'une plainte en sol américain. L'Electronic Privacy Information Center, un groupe de recherche à Washington, a demandé à la Federal Trade Commission de forcer Google à cesser d'imposer Buzz à ses usagers, de manière à ce que la participation à Buzz se fasse sur une base volontaire.

Google, qui compte environ 150 millions d'abonnés à Gmail, a effectué de légères modifications le week-end dernier et a offert ses excuses. Mardi, un haut gradé de la société a avoué à la BBC qu'elle s'est trompée de stratégie et que Buzz n'a pas été soumis au même processus de rodage que les autres services de Google.

«Nous avons assisté à une véritable levée de boucliers en réaction à des atteintes présumées à la vie privée, a dit Mme Stoddart. Le Commissariat [à la protection de la vie privée du Canada] a également reçu de nombreuses questions au sujet de la manière dont Google Buzz se conforme aux exigences des lois canadiennes sur la protection des renseignements personnels.»

Conférence avec les patrons

Se disant déçue par le fait que son bureau n'ait pas été consulté par Google, Mme Stoddart a demandé des explications à la compagnie et, au cours d'une conférence téléphonique cette semaine, elle a «rappelé aux dirigeants de Google que leur entreprise, comme toute autre multinationale, est tenue de respecter les lois canadiennes en matière de protection des renseignements personnels».

L'incident n'est pas sans rappeler tout le bruit, à l'été 2009, causé par l'état fragile de la protection des renseignements personnels fournis par les usagers de Facebook. Et, entre autres, par l'utilisation future de ces renseignements par Facebook et des partenaires commerciaux. Le site de réseautage social, qui dit avoir 400 millions d'usagers «actifs», avait réussi à rassurer le Commissariat.

Il y a trois semaines, cependant, le Commissariat a lancé une nouvelle enquête en raison d'une révision aux paramètres de confidentialité effectuée par Facebook en décembre 2009. Ces nouveaux paramètres ont fait en sorte que des données autrefois considérées comme privées par un usager sont soudainement devenues, grâce aux nouveaux paramètres par défaut, plus visibles qu'auparavant.

La plainte du public «reflète certaines des préoccupations dont le Commissariat a eu connaissance au cours des derniers mois et dont nous avons fait part à Facebook», a dit la commissaire adjointe à la protection de la vie privée, Elizabeth Denham, le 29 janvier. «Certains utilisateurs de Facebook sont déçus, car les changements apportés au site étaient censés assurer une meilleure protection de la vie privée et des renseignements personnels.»