Il faut tirer des leçons de la crise, presse la Banque du Canada

Le temps est venu de tirer les leçons de la crise économique qui s'achève pour renforcer la stabilité des marchés financiers et améliorer les méthodes d'intervention des pouvoirs publics lors de l'inévitable prochaine crise, estime la Banque du Canada.

Les organismes canadiens de surveillance du secteur financier auraient notamment tout intérêt à mettre en pratique les recommandations des grandes institutions internationales qui régissent le secteur, déclare le sous-gouverneur de la banque centrale, David Longworth, dans le texte du discours qu'il devait prononcer hier devant l'Institut C.D. Howe à Toronto.

L'une de ses recommandations est de forcer les institutions financières à conserver des réserves de liquidités dont la taille et la nature leur permettraient de mieux résister à d'éventuels chocs. Une autre est d'obliger les banques à établir à l'avance dans des «testaments biologiques» la façon la moins dommageable pour les autres et la plus rapide de les restructurer ou même de les liquider en cas de faillite. Le Comité de Bâle propose aussi qu'on exige des banques qu'une plus grande partie de leurs dettes soit sous forme de titres convertibles en actions afin de les aider à absorber de fortes pertes.

Le rôle de la Banque du Canada

La Banque du Canada doit également être mise à contribution, observe celui qui est son numéro 2, derrière le gouverneur, Mark Carney. Elle appuie et surveille, par exemple, la mise en place par les acteurs du marché d'une sorte de chambre de compensation où seraient désormais concentrés leurs échanges de titres obligataires, de fonds monétaires et d'autres obligations gouvernementales qui se sont largement faits, jusqu'à présent, à l'abri des regards. «Il est également important que nous continuions de disposer d'une latitude considérable pour décider du moment et de la méthode d'intervention dans la prochaine crise», plaide David Longworth.

La crise qui s'achève a montré, selon lui, comment les banques centrales pouvaient injecter rapidement des liquidités importantes dans le marché financier «à coût pratiquement nul» et sans créer de pression inflationniste. La Banque du Canada s'était donné, pour cette intervention exceptionnelle, cinq principes directeurs, rappelle-t-il. Ses actions ne devaient tout d'abord cibler que les défaillances du marché d'envergure systémique. Elles devaient ensuite pouvoir être dosées en fonction de la gravité du problème. Il fallait aussi que chacune d'elles soit parfaitement adaptée aux problèmes visés. On a cherché également à introduire le moins de distorsion possible dans la réalité du marché en octroyant notamment les liquidités supplémentaires par des systèmes de mise aux enchères. Enfin, on a voulu limiter autant que possible «l'aléa moral», c'est-à-dire le fait que cette aide d'urgence incite les acteurs du marché à prendre de plus gros risques encore.

«Il est important que les participants au système ne présument pas que nos interventions en périodes de crise impliquent que nous sommes disposés à intervenir en temps normal», prévient au passage David Longworth.

41 milliards pour dégeler le marché financier

Après avoir abaissé son taux directeur à un plancher historique de 0,25 %, la Banque du Canada a progressivement élargi, à partir de la fin de 2007, l'éventail des titres qu'elle acceptait de prendre en garantie, les montants en cause et les échéances qui s'y rattachaient. On a même envisagé la possibilité d'échanger avec les banques en difficulté, à un prix approprié, des garanties de bonne qualité contre des garanties de qualité inférieure.

«Tout au long de la tourmente, la Banque s'est montrée novatrice et souple», se félicite David Longworth. Depuis quelques mois, elle a entamé le retrait graduel de toutes ces liquidités d'urgence. Les montants, la fréquence et les échéances de leur octroi seront réduits petit à petit jusqu'à un retour à la normale. D'un sommet de 41 milliards en décembre 2008, elles s'élèvent tout de même encore aujourd'hui à 23 milliards.