Capital de risque - Le Québec tire son épingle du jeu malgré la crise

Pour une deuxième année consécutive, le marché du capital de risque a tourné son attention vers les secteurs québécois des technologies de l’information, avec un total de 47 % du total des montants investis en capital de risque.
Photo: Agence Reuters Archives Pour une deuxième année consécutive, le marché du capital de risque a tourné son attention vers les secteurs québécois des technologies de l’information, avec un total de 47 % du total des montants investis en capital de risque.

L'industrie québécoise du capital de risque s'est bien tirée d'affaire en 2009. Contrairement aux tendances qui ont prédominé dans le marché à l'échelle mondiale, l'activité dans le secteur a augmenté l'année dernière dans la province, alors qu'elle essuyait un autre recul à l'échelle canadienne.

Les investissements en capital de risque ont effectivement progressé au Québec en 2009, malgré les effets de la crise économique. Un total de 431 millions de dollars a été investi, soit 10 % de plus que les 392 millions de dollars investis en 2008. Ce résultat a surtout été renforcé au cours des trois derniers mois de l'année, lorsque les investissements ont totalisé 112 millions de dollars, en hausse de 24 % par rapport aux 91 millions investis au quatrième trimestre de 2008.

Le Québec s'est ainsi approprié une part plus importante des investissements faits à l'échelle du Canada en 2009, soit 43 %. Il s'agit en fait de la seule province où la situation s'est améliorée. Sans surprise, Montréal a encore une fois dominé la scène québécoise l'année dernière, avec 56 %, mais c'est la région de Québec qui s'est le plus démarquée, attirant 31 % des investissements, contre à peine 6 % en 2008.

Les tendances québécoises ont d'ailleurs été clairement différentes de l'activité ailleurs dans le marché nord-américain, révèlent les chiffres compilés par Thompson Reuters et publiés hier par Réseau Capital. Pour l'ensemble du Canada, un total d'un milliard de dollars a été investi, contre 1,4 milliard de dollars en 2008 et 2,1 milliards en 2007. Aux États-Unis, le recul a été encore plus prononcé, le montant total investi s'étant élevé à 17,7 milliards $US l'an dernier, soit 37 % de moins que les 28 milliards de l'année précédente.

«De bonnes décisions»

Pourquoi le Québec arrive-t-il à se démarquer de la sorte? «C'est le résultat d'une décennie de bonnes décisions des institutions privées et gouvernementales, dont le fait d'avoir misé sur la recherche et le développement dans nos universités. On a aussi développé un savoir-faire entrepreneurial qui n'est pas commun dans l'ensemble du Canada», explique François Chaurette, coprésident de Réseau Capital.

Et les capitaux étrangers sont pour quelque chose dans la bonne performance de la province. Après avoir sensiblement réduit leur présence dans le marché du Québec en 2008, les fonds américains et autres investisseurs étrangers sont revenus en force l'an dernier, injectant un total de 125 millions, contre 82 millions l'année précédente.

Les fonds de travailleurs et autres fonds fiscalisés du Québec — dont le Fonds de solidarité FTQ et Fondaction CSN — ont eux aussi investi davantage dans des transactions locales, soit 138 millions de dollars dans 114 compagnies, c'est-à-dire 11 % de plus que les 124 millions de dollars qu'ils avaient fournis l'année précédente. Les fonds fiscalisés ont ainsi représenté presque le tiers de l'activité totale du capital de risque en 2009.

Et pour une deuxième année consécutive, le marché a tourné son attention vers les secteurs québécois des technologies de l'information, avec un total de 199 millions de dollars injectés, soit 47 % du total des montants investis en capital de risque. Les secteurs non technologiques du Québec ont eux aussi progressé l'an dernier, tandis que les sciences de la vie connaissaient un recul de 25 %.

Reste que, globalement, les investissements ont encore une fois essuyé un autre recul, une tendance lourde depuis quelques années. M. Chaurette attribue cette réalité à un effet «cyclique». Selon lui, depuis la crise économique qui a marqué le début des années 2000, les investisseurs ressentiraient davantage la «nécessité de diversifier leur portefeuille». Ceux-ci «cherchent aussi des rendements beaucoup plus élevés et vont privilégier des classes d'actifs différentes», souligne-t-il. Mais il a bon espoir que la période de reprise en cours marquera également un nouvel élan dans le secteur du capital de risque.