Endettement record des ménages canadiens

Contrairement aux récessions passées, les ménages canadiens «ont continué d'emprunter de plus belle» en 2009, portant leur niveau d'endettement moyen à 96 100 $, rapporte une étude de l'Institut Vanier de la famille dévoilée hier. Le ratio entre leurs dettes qui s'accroissent et leurs revenus disponibles qui ont diminué avec la crise s'élève aujourd'hui au chiffre record de 145 %, alors qu'il n'était encore que de 91 % en 1990 et de 111 % en 2000. Cette proportion, que l'on sait déterminante dans le risque de faillite personnelle, pourrait même atteindre 160 % d'ici la fin de 2012, à en croire la Banque du Canada.

Cette situation a amené, l'année passée, une augmentation de 50 % du nombre de familles accusant un retard de plus de 90 jours sur leurs paiements d'hypothèque et de 40 % du nombre de titulaires de cartes de crédit dont les arriérés dépassaient les 90 jours. Pour nombre de familles canadiennes, «les revenus sont insuffisants, les dépenses, trop nombreuses, l'épargne dérisoire et l'endettement trop élevé», note l'économiste Roger Sauvé dans l'étude de 36 pages intitulée: L'état actuel du budget de la famille canadienne.

L'une des principales causes du problème est la vigueur soutenue du marché immobilier, constate l'étude. Le prix moyen d'une maison s'élevait au Canada à 340 000 $ (en dollars de 2007) cet automne, soit cinq fois plus que le revenu moyen après impôt des ménages. Cette proportion se maintenait depuis 20 ans à une moyenne de 3,7 %, qui équivaudrait aujourd'hui à un prix de 250 000 $. C'était d'ailleurs le prix, en dollar constant, qui prévalait en 2005. «Sous cet angle, le Canada pourrait bien déjà se trouver dans une bulle immobilière, note l'étude, contrairement à ce qu'affirmait encore hier le ministre canadien des Finances, Jim Flaherty (voir autre texte ci-dessus). Et les bulles finissent toujours par éclater.»

Des revenus qui stagnent

Il est vrai que le choc de la crise économique a incité plusieurs familles canadiennes à redécouvrir les vertus de l'épargne, admet-on. Le taux d'épargne a ainsi plus que doublé en l'espace de quelques mois, passant de 2 % du revenu personnel à 5 %. On partait toutefois de loin, les années 90 ayant été marquées par une chute prononcée de l'épargne et les années 2000, par une hausse rapide de l'endettement.

L'un des groupes les plus touchés est celui des jeunes qui ont profité des bas taux d'intérêt pour acheter leur première maison à un prix malheureusement gonflé, déplore l'étude. Pas étonnant que les répondants de 18 à 34 ans à un récent sondage aient avoué qu'ils seraient à court d'argent si leur paie était retardée d'aussi peu qu'une semaine.

Il faut dire que les revenus n'ont pratiquement pas augmenté ces 20 dernières années, mis à part pour les 20 % les plus riches, note-t-on. Tout le terrain qui avait été gagné sur la pauvreté durant ce temps a peut-être bien déjà été reperdu à cause de la crise, craint Roger Sauvé. Citant une étude de l'Institut du mieux-être, il écrit: «[...] selon toute vraisemblance, il faudra de nombreuses années, probablement plus d'une décennie, pour que la pauvreté au Canada revienne au niveau où elle se trouvait en 2007.»

L'auteur de l'étude, qui en est à sa 11e édition, n'a pas de raison de croire que la situation varie tellement d'une province à l'autre. «On aimerait toujours croire qu'on réussit à mieux s'en tirer que les autres, même si souvent ce n'est pas le cas, a-t-il commenté dans un entretien téléphonique avecLe Devoir. Ça se peut que l'Alberta ou la Colombie-Britannique aient un peu plus souffert que d'autres sur certains aspects, mais le cas du Québec doit être pas mal ressemblant à ce qui se passe dans l'ensemble du pays.»

Pitou et minou

Dans son étude, l'économiste s'est aussi penché sur les habitudes de consommation des Canadiens. Il y observe notamment qu'à part les dépenses de base, comme le logement ou le chauffage, c'est dans le vaste domaine des soins de santé et médicaux que les dépenses ont le plus augmenté (+ 75 %) de 2000 à 2008. À l'inverse, c'est dans celui du transport et des communications que le recul le plus marqué (- 7 %) a été observé, en raison notamment de la baisse du prix du pétrole (- 7 %).

Un examen encore plus détaillé permet de faire d'étranges découvertes. «Je parie que vous n'auriez pas deviné quelles dépenses ont le plus augmenté au cours de la décennie», disait hier en riant au bout du fil Roger Sauvé. Et pour cause. Il s'agit des dépenses liées aux soins des animaux de compagnie, lesquelles ont explosé de 123 %. Arrivent ensuite des dépenses moins étonnantes, comme les services à domicile (+ 96 %) dans une société où les femmes restent de moins en moins à la maison ou les péages sur les ponts et des autoroutes (+ 93 %) à une époque où les gouvernements ont de plus en plus recours à la tarification.
1 commentaire
  • Chayer Alex - Inscrit 17 février 2010 08 h 56

    Pour mon information

    Je ne suis pas certain de comprendre la notion de taux d'endettement. Est-ce que quelqu'un peut me confirmer que le taux d'endettement est l'expression en pourcentage des paiements de mes différentes dettes versus mes revenus.