Affaires Earl Jones et Vincent Lacroix - Retour sur deux grandes fraudes

Earl Jones et Vincent Lacroix. Deux détournements massifs, deux personnes qui ont plaidé coupable, deux grosses peines d'emprisonnement. Similaires à l'oeil non averti, les cas diffèrent. Alors que M. Lacroix croulait sous le poids de 200 chefs d'accusation, les procureurs de la Couronne ont fini par résumer le dossier de M. Jones en deux chefs. Sans compter, évidemment, les différences du modus operandi.

Condamné à 11 ans d'emprisonnement hier en Cour supérieure, Earl Jones n'a jamais mis sur pied le genre de machine à faux documents qu'avait construite Vincent Lacroix sur le boulevard René-Lévesque. Réservant ses opérations de charme aux terrains de golf de l'ouest de Montréal, Earl Jones fonctionnait à plus petite échelle, ce qui ne l'a pas empêché, toutefois, de puiser 50 millions dans l'épargne de ses clients sur une trentaine d'années. Pour avaler 115 millions, Vincent Lacroix a mis moins de cinq ans.

Les différences ne s'arrêtent pas là. Alors que Vincent Lacroix était inscrit auprès des autorités réglementaires, qui avaient un oeil sur lui depuis un certain temps en 2005 lorsqu'elles ont débarqué chez Norbourg pour mettre un terme au manège, M. Jones n'apparaissait nulle part.

C'est pour cette raison, d'ailleurs, que l'Autorité des marchés financiers (AMF) a rapidement déterminé que l'enquête devait être remise entre les mains de la Sûreté du Québec. La contribution de l'AMF s'est donc limitée, pour l'essentiel, à demander à un tribunal spécialisé de bloquer toute activité autour de l'entreprise de M. Jones.

Tout comme c'était le cas pour M. Lacroix, la clientèle de M. Jones appréciait son charisme. Contrairement à M. Lacroix, artisan d'une brochette de fonds communs, M. Jones gérait principalement des successions testamentaires, envoyant à ses clients des chèques mensuels qui représentaient le rendement sur leurs placements. Ses clients: des personnes endeuillées qui, un jour, cherchaient à investir de l'argent reçu en héritage. M. Jones, qui frayait dans les réseaux sociaux du Montréal anglophone, s'occupait de leurs finances.

Architecte d'une véritable chaîne de Ponzi classique, il devait toutefois, pour continuer à transmettre les chèques, constamment recruter de nouveaux clients. En gros, de nouvelles sources d'argent. Pour que le scandale éclate, l'été dernier, il a fallu que certains clients cessent de recevoir des chèques. M. Jones venait de disparaître.

M. Lacroix, pour sa part, effectuait ses retraits directement chez le gardien de valeurs, Northern Trust, qui ne lui demandait aucunement si l'argent retournait aux clients. En fait, il retournait dans ses comptes.

Après plusieurs années de disette, la justice criminelle vient de signer deux sentences importantes coup sur coup.

À son procès pénal pour violations de la loi provinciale des valeurs mobilières, Vincent Lacroix, qui faisait face à 51 chefs d'accusation, a fini par écoper d'une peine de cinq ans moins un jour. Au criminel, les 200 chefs qui pesaient sur lui ont mené à une peine de 13 ans.

Collectivement, cinq présumés complices de Vincent Lacroix ont également fait face à plusieurs centaines de chefs d'accusation criminels. Leur procès vient de prendre fin sans verdict, le jury étant incapable d'en venir à une décision unanime.
4 commentaires
  • Roland Berger - Inscrit 16 février 2010 12 h 17

    Mort du sentiment de révolte

    Outre les victimes directes des Lacroix et Jones, peu de citoyens se révoltent contre les sentences bidon dont ont écopé ces escrocs de grande voltige. Un encouragement à la récidive !
    Roland Berger
    St Thomas, Ontario

  • Michel Gaudette - Inscrit 16 février 2010 14 h 30

    Pourquoi des libérations conditionnelles pour des crimes prémédités ?

    Il ne fait aucun doute que les crimes financiers de nos bandits cravatés en sont des crimes prémédités.
    Voilà des gens qui au quotidien ont détroussé des centaines de gens de façon méthodique et continue dans le quotidiien de leur soi-disant travail...

    Ces crimes qui peuvent dépouiller des gens âgés de leur sécurité pour les vieux jours sont des crimes crapuleux. Qui sait si ces gens détroussés ne se suicideront pas un jour ?


    Alors pourquoi la clémence des libérations conditionnelles face à cette mesquinerie crapuleuse et criminelle de nos bandits cravatés ?

    Je crois que les Conservateurs pourraient légiférer dans le sens d'interdire le recours aux libérations conditionnelles pour ces crimes prémédités d'une ampleur sans borne...

  • Maryanne - Inscrite 16 février 2010 15 h 14

    Bandits à cravates

    Ces deux personnes ont une espérance de vie assez élevés; alors comme sentence ils devraient par leur labeur rembourser à ces gens ce que eux, leur ont pris. Donc en d'autre mots prendre un % sur leur travail et argent personnel (impôt).

  • André Doré - Inscrit 17 février 2010 00 h 00

    Quelqu'un peut-il me répondre?

    Il me semble comprendre que même s'il disait qu'il était investi dans des placements, Earl Jones n'investissait pas l'argent de ses clients. Par contre, il leur versait des intérêts plus ou moins régulièrement. Comme l'intérêt versé doit être déclaré au fisc par les clients, quelqu'un sait-il d'où provenaient les feuillets qu'on soumet aux gouvernements avec la déclaration de revenus? Qui étaient les émetteurs de ces feuillets (Relevé 3 et T5)? Y en avait-il? Les clients déclaraient-ils leurs intérêts au fisc?