Earl Jones condamné à 11 ans

Selon les victimes, aucune peine ne serait suffisante pour Earl Jones, un être amoral qui leur a dérobé beaucoup plus que leurs économies.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Selon les victimes, aucune peine ne serait suffisante pour Earl Jones, un être amoral qui leur a dérobé beaucoup plus que leurs économies.

Menteur. Démon. Parasite. Serpent. Prédateur. Sociopathe. Vu par ses victimes, Earl Jones est un être amoral qui leur a dérobé beaucoup plus que leurs économies. Aucune peine ne sera assez sévère pour leur redonner leur fierté et leur amour-propre.

Le bandit à cravate a reçu une peine de 11 ans de pénitencier, hier, après avoir plaidé coupable à deux accusations de fraude totalisant 50 millions. Une centaine de personnes ont assisté à l'audience qui était retransmise dans une deuxième salle tellement le palais de justice était bondé.

Aux premières loges se trouvaient les victimes, qui auraient voulu qu'Earl Jones les regarde dans les yeux avant de reprendre le chemin de sa cellule. L'homme de 67 ans a gardé la tête baissée et il sanglotait par moments lors du prononcé de la sentence par la juge Hélène Morin. Pour les victimes, c'est encore «une belle comédie». «On devrait lui décerner un Oscar, je ne le crois pas du tout. Il n'a pas de remords, il en est incapable», a lancé Danielle Manouvrier, qui a perdu 20 000 $ aux mains de Jones (sa mère y a laissé 80 000 $).

«C'est un maître manipulateur, un fraudeur et un menteur professionnel», a renchéri Joey Davis, dont la mère a perdu plus de 200 000 $.

La souffrance des victimes

La juge Morin a mis l'accent sur la souffrance des victimes dans son court jugement de cinq pages. «Toutes les victimes souffrent d'insomnie. La plupart ont vu leur santé se détériorer soudainement avec des symptômes qu'elles n'avaient jamais ressentis auparavant. Deux d'entre elles ont vu le cancer dont elles souffraient réapparaître. Certaines victimes qui se faisaient une fierté de n'avoir jamais pris de médicaments dépendent maintenant des antidépresseurs. Certaines ont même éprouvé des pensées suicidaires», a-t-elle dit (traduction libre).

La juge Morin a notamment fait état du cas de la veuve de William Douglas, l'une des quatre victimes de Valery Fabrikant. Après la tuerie de l'Université Concordia, en 1992, elle s'est tournée vers Earl Jones pour apprendre l'abc du placement et faire fructifier son argent. Même après l'éclatement du scandale, elle croyait toujours qu'Earl Jones se préoccupait vraiment de sa famille et d'elle. En réalité, il l'avait abandonnée, comme tous ses autres clients. «Il s'est montré sans pitié pour ses clients, sans égard à leur âge et à leurs besoins», affirme la juge Morin.

Le frère d'Earl Jones, Bevan, s'est dit habité d'une intense colère du matin au soir. Il ne peut s'empêcher de penser au style de vie extravagant mené par son frère, alors qu'il a toujours vécu de façon modeste. Bevan Jones s'est dit outré par la mollesse de la sentence et la «lâcheté» de son frère en Cour.

Pas plus de 22 mois

Earl Jones promettait des rendements de 8 % à 12 % à ses clients. Plutôt que d'investir leur argent, il se contentait de leur verser des intérêts sur le capital. Il a ainsi conservé 13,5 des 50 millions qu'il a dérobés à ses clients, parmi lesquels se trouvaient des amis, son frère Bevan et d'autres membres de sa famille. Dans ses aveux à la police, il a résumé succinctement son modus operandi. Il «prenait l'argent de Pierre pour rembourser Jean.»

Il y a quatre ou cinq ans, Earl Jones s'est rendu compte qu'il courait à sa perte avec cette chaîne de Ponzi mise sur pied en 1982. Il a cependant cru qu'il pourrait payer tout le monde à la faveur d'un petit miracle. La multiplication des scandales financiers, aux États-Unis et au Canada, a cependant éveillé les soupçons de certains clients. L'été dernier, ils ont commencé à douter qu'Earl Jones puisse leur offrir des rendements si alléchants en pleine période de crise financière.

Il sera admissible à une libération conditionnelle au sixième de la peine, soit dans 22 mois. La fraude est considérée comme un crime sans violence dans le Code criminel, et le fraudeur n'a aucun antécédent judiciaire. En conséquence, il peut bénéficier d'un élargissement anticipé. L'adoption d'une loi plus sévère à ce sujet a été reportée à la suite de la prorogation des travaux aux Communes.

«C'est à se demander ce qu'il faut pour avoir la sentence maximale chez nous. Jones va être libéré dans 22 mois, mais les victimes vont être dans la même situation financière pour le reste de leurs jours», se désole Mme Manouvrier.

Le Comité organisateur des victimes d'Earl Jones ne baissera pas les bras pour autant. Le groupe a l'intention de poursuivre ses efforts de lobbying auprès du ministre fédéral de la Justice, dans l'espoir que l'artisan de leurs malheurs reste plus longtemps en prison. «Nous n'abandonnerons pas tant que nous n'aurons pas obtenu justice», a promis Joey Davis, l'un des porte-parole du Comité.

En parallèle, le Comité veut intenter un recours collectif de 40 millions de dollars contre la Banque Royale. La requête pour obtenir la permission de faire ce recours, au nom de 200 victimes, allègue que l'institution financière savait depuis 2001 qu'Earl Jones puisait dans le compte en fidéicommis de ses clients pour financer son train de vie.
1 commentaire
  • moimeme - Inscrit 16 février 2010 08 h 00

    de quoi faire changer d'idée

    j'ai toujours été contre la peine de mort, mais je sens que j'ai très envie de modifier mon opinion devant ces crapules...
    les peines bidons qui leur est imposé ne sont rien pour empêcher que ce genre de monstres prolifèrent dans notre société qui semble bien loin de décourager la corruption et l enrichissement malhonnête...
    alors comme je le disais, plus haut, j étais contre la peine de mort
    maintenant je crois que c est la seule peine que mérite ces fraudeurs
    ayoye, charest va avoir encore plus peur d une enquête publique