Crise budgétaire grecque - L'Europe veut plus de pouvoirs d'enquête

Choquée par les nouvelles révélations sur les camouflages comptables de la Grèce, la Commission européenne réclame des pouvoirs élargis pour mieux faire enquête sur la véracité des statistiques économiques des pays membres de l'Union européenne.

Cette réforme visant à «renforcer la capacité [de] combattre des comptes rendus incorrects de données statistiques» est «absolument essentielle pour le fonctionnement de la zone euro et pour la confiance mutuelle au sein de l'UE», a plaidé hier le nouveau commissaire européen aux Affaires économiques, Olli Rehn. Le Finlandais a dit espérer que les 27 États de l'Union européenne, ainsi que son Parlement, accorderont «bientôt» ces nouveaux pouvoirs à Eurostat, l'Office européen des statistiques. Il en a toutefois profité pour rappeler que «chaque État a la responsabilité de fournir des informations précises et fiables sur ses budgets nationaux et ses finances publiques».

Cette demande de Bruxelles fait suite à de nouvelles révélations sur l'utilisation par la Grèce, mais aussi par l'Italie et d'autres pays européens, d'astuces comptables visant à camoufler l'état déplorable de leurs finances publiques. Passant parfois par les mêmes banquiers et les mêmes produits dérivés qui ont provoqué la crise financière mondiale, ces manoeuvres comptables avaient cours depuis des années.

Le quotidien allemand Der Spiegel rapportait, par exemple, la semaine dernière, qu'Athènes a souvent choisi d'exclure de son périmètre comptable ses dépenses militaires ou encore la dette de ses hôpitaux pour réduire l'ampleur de ses déficits. Le New York Times a aussi expliqué dans son édition de dimanche comment Goldman Sachs et d'autres banquiers américains ont aidé la Grèce, l'Italie, et d'autres pays européens à regarnir leurs coffres de plusieurs milliards en vendant des titres de créance (swaps) devant être remboursés plus tard. De tels arrangements auraient ainsi amené le gouvernement grec à s'engager à céder les revenus futurs de la loterie nationale et de ses taxes aéroportuaires.

Dans le cas de la Grèce, ces nouvelles révélations viennent noircir un tableau déjà accablant. Les autorités européennes s'étaient plaintes le mois dernier des «graves irrégularités» qui entachaient ses statistiques officielles. Le nouveau gouvernement socialiste avait été forcé d'admettre en octobre que son déficit budgétaire en 2009 ne serait pas équivalent à 3,7 % du produit intérieur brut, comme on l'avait dit, mais de 12,7 %. La nouvelle avait été d'autant plus mal accueillie que la Grèce avait déjà fait plusieurs fois scandale pour les mêmes raisons, en «améliorant» notamment les statistiques sur son déficit afin de passer son examen d'entrée dans la zone euro.

«Intolérable»

«Le genre de contrats dérivés dont il a été fait état dans certains journaux était légal à l'époque. Et la Grèce n'était pas le seul pays à les utiliser», s'est défendu hier le ministre grec des Finances, Georges Papaconstantinou. «Depuis qu'ils sont illégaux, la Grèce ne les utilise plus.»

Si tout le monde ne s'entendait pas hier, en Europe, sur la légalité ou non de telles opérations, il y avait un large consensus pour en dénoncer l'esprit et l'intention. La Grèce doit «corriger une trajectoire qui a été aberrante», avait déjà dénoncé à une émission de télévision, dimanche, le président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet. Livrer de pareilles statistiques incorrectes «n'aurait pas dû être toléré et n'est pas tolérable», avait poursuivi le banquier central d'ordinaire très réservé sur ce genre de question.

Bruxelles voudrait dorénavant que les enquêteurs d'Eurostat aient le pouvoir d'effectuer «des visites plus fréquentes et plus complètes» dans les pays pour vérifier leurs statistiques, et ce, particulièrement lorsqu'ils sont aux prises avec un problème de déficits excessifs. On voudrait aussi pouvoir aller sur place pour discuter de «méthodologie» avec les principaux intéressés lorsque des doutes surgissent sur certaines pratiques.

Dans le cas de la Grèce, Eurostat a dit avoir appris par les journaux l'existence des contrats de swap et autres produits dérivés qu'elle avait concoctés avec les banquiers de Wall Street. Elle a accordé 15 jours aux autorités grecques pour lui fournir des précisions.

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Avec l'Agence France-Presse et Les Échos