Avec la Koup, Kia poursuit son émancipation

La Koup a une sacrée gueule, qui ne laisse aucunement présager qu’il s’agit d’une petite voiture abordable — encore moins une Kia!
Photo: Kia La Koup a une sacrée gueule, qui ne laisse aucunement présager qu’il s’agit d’une petite voiture abordable — encore moins une Kia!

Depuis deux ans, Kia s'émancipe, que dis-je, se dévergonde! Non seulement les nouveautés se succèdent, mais certaines d'entre elles s'aventurent dans des sentiers peu fréquentés. Il y a d'abord eu la Rondo, nouveau modèle de la gamme et l'une des rares rivales de la populaire Mazda5, jusque-là bien seule dans son créneau. L'an dernier, c'était le Borrego, premier VUS de la marque à se mesurer aux Nissan Pathfinder, Toyota 4Runner, Jeep Grand Cherokee, Ford Explorer et compagnie; et cette année, la déferlante s'est poursuivie avec le remplacement de la terne Spectra par la Forte et l'arrivée des Soul et Koup.

La Soul, qui a fait l'objet d'une analyse dans cette page en octobre, vient jouer dans les plates-bandes de la Honda Element et de la Nissan Cube, tandis que la Koup est, en réalité, une version deux portes de la berline Forte. Koup comme dans coupé (qui s'écrit et se prononce «coupe» dans la langue de Shakespeare). Or, les coupés ne sont pas légion: très populaires dans les années 60, 70 et 80, ils ont été remplacés peu à peu par des véhicules plus pratiques comme les VUS, les minifourgonnettes et, par la suite, les croisements en tous genres, que l'on appelle véhicules multisegments. Les coupés dits «abordables» sont encore plus rares; dans la catégorie des compactes, on en dénombrait seulement deux: la Honda Civic et la Chevrolet Cobalt. Comme la Rondo et la Soul, la Koup vient donc s'insérer dans un créneau où les joueurs sont peu nombreux.

Mais, surtout, ces trois modèles contribuent à améliorer l'image de Kia. Depuis son intégration au géant Hyundai en 1998, la marque coréenne n'offrait rien d'autre que des clones de l'autre marque: une Hyundai ou une Kia, c'était blanc bonnet et bonnet blanc. Plus maintenant.

Tout beau

Ceux et celles qui se tournent vers un coupé le font d'abord et avant tout pour des raisons esthétiques. Autrement dit, on achète ce type de voiture pour son allure. Le design est donc le facteur-clé du succès (ou de l'insuccès) d'une voiture deux portes. Ça part bien: la Koup a une sacrée gueule, qui ne laisse aucunement présager qu'il s'agit d'une petite voiture abordable — encore moins une Kia! Tant le profil que la partie arrière évoquent l'Audi A5, ce qui est plutôt flatteur. Tiens, quel hasard, le designer en chef de Kia est un Allemand, Peter Schreyer, et il arrive de chez Audi. La New Beetle, c'est lui, ainsi que l'Audi TT. Respect!

Monsieur ne s'est pas con-tenté de leur donner une jolie carrosserie, il s'est aussi attardé à la décoration intérieure. L'ambiance est à la fois sportive et cossue: le noir et le rouge sont les couleurs dominantes; l'affichage sur fond rouge du tableau de bord se marie aux coutures du volant, des sièges et des portes. La finition est soignée, et les matériaux n'ont pas cette texture bon marché que l'on associe aux voitures coréennes: on pourrait très bien être dans une Honda ou une Mazda (je n'ose plus inclure Toyota dans le lot...). En fait, à l'extérieur comme à l'intérieur, la Koup donne l'impression d'une voiture beaucoup plus chère. Son équipement de série aussi: en plus de la climatisation et des accessoires électriques habituels, la connexion Bluetooth et les sièges chauffants font partie intégrante de la version de base (EX). Mentionnons aussi une prise i-Pod et USB.

Belle décoration, belle ambiance, donc; mais l'aspect fonctionnel n'a pas été négligé. On cherche les lacunes ergonomiques, les sacrifices au profit de l'esthétique; il n'y en a pas. Les commandes sont simples, faciles d'accès et les espaces de rangement abondent. Efficace et pratique, tout ça. Et quels sièges! Non mais, vraiment, ils n'ont pas lésiné: les baquets de la SX pourraient être ceux d'une Acura, je n'exagère aucunement. Bien rembourrés, ils sont confortables et enveloppants, avec un soutien latéral et lombaire digne de ce nom. Impressionnant, vraiment. À l'arrière, c'est plus serré, pour la tête surtout; mais on achète rarement un coupé pour traîner toute la famille. N'empêche, le dégagement pour les jambes est tout à fait correct. L'accès aux places arrière exige quelques contorsions, mais, encore là, si c'est un critère essentiel pour vous, optez plutôt pour une berline, c'est fait pour ça.

Boîte manuelle perfectible

En plus de partager sa plate-forme avec la Forte, la Koup reprend les mêmes motorisations, toutes deux à quatre cylindres. Le moteur 2 litres (156 chevaux) est jumelé à une boîte manuelle à cinq rapports tandis que le 2,4 litres (173 chevaux) a droit à un rapport supplémentaire. Et ce, pour deux raisons: mieux gérer la puissance et optimiser la consommation. Le scénario est le même pour les boîtes automatiques: quatre rapports pour le premier, cinq pour le deuxième.

La boîte manuelle constitue une grosse déception, au point d'altérer l'agrément de conduite. L'embrayage est mou, la course de la pédale trop longue, l'étagement des rapports gagnerait à être plus serré et, surtout, le levier semble planté dans du beurre, tant son guidage manque de précision et de fermeté. Cela est d'autant plus dommage que les deux moteurs ne manquent pas de mordant. Plus puissant, le 2,4 litres de la SX est volontaire et la réponse est bonne à tous les régimes. Les «creux» sont causés par la boîte de vitesses. Le raffinement de ce moteur souple et silencieux n'a rien à envier aux meilleurs 4-cylindres japonais, qui demeurent la référence. La consommation est cependant décevante, avec une moyenne oscillant entre 10 et 11 litres aux 100 kilomètres. Si c'est votre priorité, optez plutôt pour la version EX et sa motorisation moins puissante, donc moins gourmande.

Amusante et confortable

À part la boîte manuelle, on ne peut pas reprocher grand-chose à la Koup sur le plan mécanique. Elle freine bien, tient bien la route, et les trains roulants absorbent bien les trous et les bosses de notre réseau routier du XIXe siècle. La version SX a des prétentions plus sportives: en plus de son moteur plus puissant, elle reçoit une monte pneumatique plus agressive (des pneus de 17 pouces) et l'amortissement de sa suspension a été raffermi.

C'est concluant: pour une traction, elle sous-vire vraiment très peu et elle enfile les virages avec un aplomb indéniable. De toute évidence, cette voiture repose sur une plate-forme saine et bien rigide. En fait, plus on la pousse dans ses retranchements, plus elle s'accroche. Quant au roulis, il est à peine perceptible. Et elle est confortable, la petite: on retrouve cette douceur de roulement typiquement asiatique. On s'amuse donc sans souffrir.

Conclusion

La Koup prouve une nouvelle fois que les Kia ont cessé d'être de simples clones des Hyundai. Les deux marques coréennes ont maintenant des modèles distincts, qui n'évoluent pas toujours dans les mêmes segments. Comme la Rondo et la Soul, la Koup n'a pas d'équivalent chez Hyundai. De quoi rappeler les beaux jours de GM, quand les divisions Chevrolet, Pontiac, Buick et Oldsmobile avaient chacune leur personnalité. La suite, vous la connaissez: elles ont fini par toutes se ressembler et deux de ces marques n'existent plus.

Mais revenons à la Koup, qui est un des rares coupés offerts à moins de 25 000 dollars. À l'instar des autres voitures coréennes, elle brille par son rapport qualité-prix, mais à cela s'ajoute un physique franchement accrocheur et une qualité de construction égale, sinon supérieure, à celle des japonaises. Sera-t-elle aussi fiable? Les constructeurs coréens ont fait des pas de géant à ce chapitre depuis une dizaine d'années, et la garantie de base plus longue (cinq ans) que celle des autres marques généralistes a de quoi rassurer. Mais surtout, la Koup a ce «pizzazz», ce charme, qui fait cruellement défaut aux sages petites voitures.

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FICHE TECHNIQUE KIA KOUP SX

- Moteur : 4-cyl 2,4 litres

- Puissance : 173 ch

- 0-100 km/h : 9,8 s

- Vitesse maximale : 200 km/h

- Consommation moyenne : 9,9 litres/ 100 km

- Échelle de prix : 19 695 $ à 22 695 $

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Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • Jean-Marc Lord - Inscrit 16 février 2010 13 h 49

    Pour bien évaluer...

    Il me manque quelques données : est ce une suspension a essieu rigide ou indépendante a l'arrière.
    est-elle équippé de freins a disques a l'arrière ?
    Et les coupés abordables concurrents ; dans quel catégorie faut-il ranger La Mitsubishi Eclipse ( sûrement pas dans les sportives....) et la Hyundai Tiburon ?