La situation se complique pour Athènes

Athènes — La contraction plus forte que prévu de l'économie grecque au dernier trimestre risque de compliquer les plans d'Athènes pour réduire les déficits tandis que la forte révision à la baisse des chiffres des trois précédents trimestre ne devraient pas rassurer les investisseurs.

La réunion prévue la semaine prochaine des ministres des Finances européens a peu de chances de déboucher sur un plan de sauvetage de la Grèce, a prévenu une source gouvernementale européenne, le signe que les discussions butent toujours sur les modalités de l'aide.

Le Premier ministre grec George Papandréou a déploré que son pays soit la victime de «la bataille entre l'Europe et les marchés internationaux» et jugé que les dissensions entre Européens étaient responsables du soutien tardif apporté à son pays. «Il y a eu un manque de coordination entre les différentes instances de l'Union européenne — la Commission, les États membres, la BCE — et même des divergences d'opinions au sein de ces institutions», a-t-il dit lors d'une réunion du gouvernement retransmise à la télévision.

Dans ce climat d'incertitudes, l'euro a touché un nouveau plus bas de huit mois à 1,3529 dollar et les écarts des obligations de la Grèce et des autres pays endettés de la zone euro se sont creusés.

Pour tenter de calmer les inquiétudes, les dirigeants de l'Union européenne et de la zone euro, réunis jeudi en sommet extraordinaire, ont promis de prendre les mesures nécessaires pour garantir la stabilité de la zone euro et affiché un soutien politique sans ambiguïté à Athènes. Les marchés ont cependant été déçus par le flou des engagements qui ne contiennent aucune précision quant aux modalités de l'aide.

La prime que les investisseurs demandent pour détenir des obligations grecques à dix ans plutôt que des emprunts allemands a ainsi grimpé à 302 points de base, contre 275 points jeudi soir.

Discorde sur deux fronts

Outre l'absence de consensus entre les États membres sur la gestion du dossier grec, il semble que le flou des déclarations du sommet de Bruxelles s'explique également par des dissensions au sein des opinions publiques et de la classe politique de certains pays, et en premier lieu l'Allemagne. Berlin redoute qu'un sauvetage financier de la Grèce ne crée un précédent, qui l'engagerait en cas de difficultés d'un autre pays de la zone euro.

«Je n'attends rien [de concret sur une aide financière] de l'ECOFIN de la semaine prochaine», a déclaré une source gouvernementale européenne sous le sceau de l'anonymat. Les ministres des Finances de la zone euro (Eurogroupe) se réunissent lundi soir à Bruxelles, avant d'être rejoints mardi matin par l'ensemble de leurs homologues des 27(ECOFIN).

Une réaction négative des marchés financiers pourrait être le catalyseur d'une intervention à tout moment mais certains États membres rechignent à un sauvetage rapide de la Grèce car ils ont le sentiment d'avoir été «trompés» par Athènes pendant des années, à coup de statistiques faussées et de promesses non tenues, a-t-on dit de même source.

Une autre source européenne a déclaré que les modalités pratiques d'un soutien financier à la Grèce pourraient faire l'objet de discussions lundi à l'Eurogroupe mais aucun détail ne sera communiqué. «Il faut réfléchir à ne pas donner aux marchés une assurance tous azimuts. Il faut les maintenir dans l'incertitude. Il ne peut pas y avoir de clause automatique de mise en oeuvre des plans de soutien, sinon il n'y a plus d'aléa moral», a déclaré cette source.

Compliquant la tâche du gouvernement grec, le PIB s'est contracté plus vivement que prévu au quatrième trimestre 2009, affichant un recul de 0,8 % par rapport aux trois mois précédents.

Les chiffres des trois trimestres précédents ont par ailleurs été largement révisés à la baisse.

Les gouvernements révisent fréquemment les chiffres du PIB mais le manque de fiabilité des statistiques grecques - dont certaines semblent avoir été délibérément faussées - a suscité l'irritation des investisseurs et des partenaires européens.

Pour les économistes, les statistiques révisées impliquent que l'économie grecque devrait s'être contractée de 2 % environ l'an passé, un problème pour un gouvernement qui tente de juguler le déficit budgétaire tout en sortant le pays de la crise.
1 commentaire
  • Roland Berger - Inscrit 14 février 2010 16 h 48

    Maudits Grecs

    Il semblerait que les Grecs aient appris à fausser les statistiques avec autant de virtuosité que les Allemands, les Français, les Anglais et les Américains. Maudits Grecs ! Que leur a-t-il pris de vouloir imiter les têtes croches qui gouvernent notre monde ?
    Roland Berger
    St Thomas, Ontario