Un rendement sur une décennie meilleur que celui des Bourses américaines - Les fonds de travailleurs sont des incontournables

 Investir dans le Fonds de solidarité des travailleurs FTQ consiste aussi à soutenir le développement d’une entreprise d’ici, comme Air Transat.
Photo: Air Transat Investir dans le Fonds de solidarité des travailleurs FTQ consiste aussi à soutenir le développement d’une entreprise d’ici, comme Air Transat.

Sans se soustraire au profil de risque, les fonds de travailleurs peuvent tout de même se qualifier au rang des incontournables. Le rendement offert dépasse largement celui d'un certificat de placement garanti. Il se compare très avantageusement à celui d'un fonds d'investissement équilibré lorsque la déduction accolée à ces fonds fiscalisés est prise en compte.

Le Fonds de solidarité FTQ donne droit à un crédit d'impôt de 15 % au fédéral et au provincial, pour un cumul de 30 %. Pour sa part, Fondaction, de la CSN, bénéficie depuis le 1er juin 2009 d'une déduction exclusive de 10 points de pourcentage de plus au provincial, pour un total de 40 %, afin d'attirer davantage de capitaux devant lui permettre d'atteindre une taille optimale. «La hausse du crédit d'impôt, annoncée dans le budget 2009-2010 du gouvernement du Québec, est censée demeurer en vigueur jusqu'à ce que Fondaction atteigne pour la première fois, à la fin d'un exercice financier, une capitalisation d'au moins 1,25 milliard. Une fois cet objectif atteint, les crédits d'impôt reviendront à 30 %», a expliqué l'organisme.

Le 30 novembre dernier, Fondaction comptait 90 068 actionnaires et son actif net atteignait 638,1 millions. Par comparaison, l'actif net du Fonds de solidarité se chiffrait à 7 milliards, répartis entre 571 000 actionnaires.

Dans les deux cas, le plafond de la contribution annuelle est fixé à 5000 $ par individu, ce qui limite à 1500 $ (à 2000 $ pour Fondaction) le crédit d'impôt maximal pour une année donnée.

Généreux crédits

Vu sous l'angle du rendement, un investissement de 1000 $ apporte un crédit de 300 $ et de 400 $ respectivement, soit un retour immédiat de 30 % et de 40 % qui ramène l'investissement net à 700 $ et à 600 $, selon que l'investissement est fait dans le Fonds de solidarité FTQ ou dans Fondaction. Si on suppose un rendement de 5 % sur la mise de fonds initiale, celui-ci devient 7,1 % et 8,3 % respectivement si on tient compte de la mise de fonds réelle.

Pour sa part, le Fonds de solidarité FTQ a amorcé son exercice 2009-10 avec un bénéfice net record de 515 millions et un rendement de 8 % après six mois. Ces résultats ont poussé la valeur de l'action à 23,51 $ le 30 novembre 2009, soit 1,73 $ de plus qu'à la fin de mai. À titre de comparaison, au premier semestre clos le 30 novembre 2008 — une période particulièrement touchée par la récession couplée à la crise financière — le fonds fiscalisé avait inscrit un rendement négatif de 15,3 %, ce qui a ramené la

valeur nette de son action à 21,20 $. Ainsi, en 12 mois, le rendement atteint 11,5 %. Depuis 1983, le rendement annualisé composé offert par l'organisme atteint 3,5 %, avant la déduction de 30 %.

Pour sa part, Fondaction a dégagé un rendement de 3,5 % pour le premier semestre de son exercice 2009-2010 terminé le 30 novembre 2009. La valeur de l'action est passée de 8,93 $ à 9,23 $, soit une hausse de 30 ¢. Le rendement des douze derniers mois se situe à 4,8 %. Fondé en 1995, Fondaction a généré un rendement annuel composé négatif de 2,6 % depuis dix ans.

Rendements annuels

Si on retient cette période de dix ans et qu'on applique le crédit d'impôt, le rendement annuel composé de Fondaction serait de 3,9 % et celui du Fonds de solidarité, de 7,6 %, sur cette période. En comparaison, à la Bourse américaine, ceux qui ont investi dans des actions ont, même si on prend en compte les dividendes et leurs réinvestissements, perdu de l'argent sur la décennie 2000-2009. «Il s'agit de la première décennie négative pour Wall Street», ont noté les analystes de l'agence Reuters. «On vient de connaître en Bourse la pire décennie de l'histoire, la deuxième négative depuis 1830», avait mis en exergue le Fonds de solidarité.

Les rendements mentionnés ci-haut se comparent donc à celui que peut offrir un fonds d'investissement équilibré, une fois la déduction prise en compte. Cette performance est digne de mention, compte tenu du fait qu'on ne peut dissocier ces fonds de travailleurs du caractère risqué associé à leur mission, qui peut accaparer 60 % des contributions qu'ils reçoivent. On ne peut donc séparer ces fonds de leur mandat social. Ces organismes sont reconnus pour être des stimulants de l'économie, des outils de sauvegarde et de création d'emplois, essentiellement auprès des PME, en contrepartie desquels l'acheteur des actions reçoit un crédit d'impôt de 30 % (40 % pour Fondaction).

Ces actions étant des titres admissibles à un REER, ce crédit d'impôt s'ajoute à la déduction fiscale du REER. Au taux marginal le plus élevé (48,2 %), la récupération fiscale peut ainsi atteindre 78,2 % (88,2 % pour Fondaction) de la mise de fonds initiale. Au taux marginal de la classe moyenne, soit 38,4 %, cette récupération est de 68,4 % (78,4 % pour Fondaction).

Cet avantage fiscal n'est pas sans compromis. D'une part, puisque ce sont des instruments conçus pour inciter le détenteur d'actions à se constituer un capital-retraite, leur titulaire n'a généralement accès à son capital qu'au moment de la retraite (à compter de 55 ans, quelquefois à compter de 50 ans dans le cas du Fonds de solidarité) ou en cas de situation financière précaire. Mais ces organismes ont adouci leur politique de rachat en se collant aux modalités des REER en ce qui concerne l'accession à la propriété et le financement d'études postsecondaires. Et en faisant preuve de compréhension lorsque le titulaire subit une crise financière.

L'émission d'actions de Fondaction est limitée à 150 millions pour l'exercice financier en cours. Ce plafond a été atteint mercredi dernier. Celle du Fonds de solidarité est plafonnée cette année à 700 millions.