Malgré une remontée spectaculaire du marché boursier - Ils, et elles, ont le moral dans les talons

Les Québécois étaient peu informés du rendement du marché l’an dernier, puisque 94 % d’entre eux ne savaient pas que l’indice composé S&P/TSX avait enregistré des gains considérables.
Photo: Agence Reuters J.P. Moczulski Les Québécois étaient peu informés du rendement du marché l’an dernier, puisque 94 % d’entre eux ne savaient pas que l’indice composé S&P/TSX avait enregistré des gains considérables.

Malgré le rebond des marchés l'an dernier, les investisseurs québécois sont demeurés sur la touche. Craintifs? Inquiets? Plutôt sceptiques, répondent-ils. La sécurité du capital demeure le leitmotiv en cette campagne REER, quoiqu'une incursion du côté des titres offrant un rendement élevé en dividendes ne soit pas exclue.

«En ces lendemains de crise, la majorité des investisseurs québécois n'ont pas réinjecté des fonds dans le marché. Ils n'ont pas pris avantage de la hausse» de 2009, résume Dominic Mammone. Le directeur Investissements et planificateur financier à la Banque Nationale rappelle le niveau de «terreur» extrême qui a prévalu en 2008. «Nous nous retrouvons encore avec beaucoup de monde sur la touche.» Une hésitation compréhensible. «Nous avons assisté à un cumul d'événements. Ç'a frappé de tous les bords. Même les portefeuilles diversifiés n'ont pu être épargnés.»

Un sondage Angus Reid réalisé pour la société de placements Franklin Templeton arrive à la conclusion que les Québécois se sont montrés les investisseurs les plus pessimistes au Canada en 2009, 92 % d'entre eux n'ayant pas profité de la spectaculaire reprise du marché. Selon ce sondage sur l'état d'esprit des investisseurs canadiens réalisé en janvier, seuls 8 % des Québécois se sont décrits comme des acheteurs actifs l'an dernier sur le marché. Parallèlement, 14 % des Ontariens et 21 % des Albertains se sont décrits comme des acheteurs en 2009.

«Les Québécois étaient peu informés du rendement du marché l'an dernier, puisque 94 % d'entre eux ne savaient pas que l'indice composé S&P/TSX avait enregistré des gains considérables. La valeur du principal indice boursier au pays a en effet gagné 30,7 % l'an dernier, son meilleur rendement annuel depuis 1979», a relevé la firme.

Et 2010 n'inspire pas confiance

Quant à leurs intentions pour 2010, «68 % des Québécois ne prévoient pas faire de nouveaux placements ou ne savent pas quelle attitude ils adopteront. Ils restent sceptiques malgré la reprise du marché et l'amélioration de la situation économique au Canada», a souligné Templeton.

«On en est toujours aux deux grandes interrogations — "j'aurais dû?" et "devrais-je encore?" — qui font tant hésiter. Ce faisant, on attend, on reste dans le marché monétaire pendant que...» Dominic Mammone insiste sur l'importance de revenir à la base. De revenir à la répartition d'actifs, à la qualité. «Les contextes de crise donnent souvent une autre occasion de refaire le profil du client, de revoir avec lui son profil de risque, son degré d'aversion, et d'effectuer le repositionnement requis, le cas échéant.»

Le spécialiste de la Banque Nationale parle d'un degré de terreur tel ayant prévalu en 2008 que même les titres bancaires, qui offraient au creux des rendements en dividende de l'ordre de 8 %, effrayaient les investisseurs. «Aujourd'hui, l'investisseur nous dit qu'il veut comprendre dans quoi il investit. Et qu'il veut revenir à la qualité. Et ça nous ramène à la diversification, à la répartition d'actifs.»

Ce contexte étant donné, la douche a été à ce point froide que l'hésitation amène la majorité des investisseurs à rechercher cette année la garantie du capital. On est prêt à accepter une exposition au marché, mais par l'intermédiaire de véhicules offrant une protection du capital à l'échéance. Au demeurant, l'investisseur va tenter une incursion du côté des titres de première qualité, pour le rendement en dividende offert.

Que choisir?

C.F.G. Heward, société de services de gestion de portefeuilles mondiaux et de conseils en placement, va dans le même sens, dans la foulée d'une prévision de croissance modérée plaçant le Canada parmi les économies les plus performantes du monde développé en 2010.

Pour 2010, cette firme recommande de rechercher des placements dans les sociétés qui haussent régulièrement leur dividende, les bonnes occasions dans le secteur de l'énergie, les secteurs des infrastructures et de la technologie, les entreprises mondiales de biens de consommation bénéficiant de la croissance des marchés émergents, ainsi que les occasions dans le secteur des matières premières, surtout l'or.

Pour sa part, Marchés mondiaux CIBC a noté que les soldes des comptes de chèques ont augmenté de près de 50 % depuis le début de la récession, pour se stabiliser par la suite. «Les épargnants sont devenus suffisamment confiants pour commencer à redéployer ces liquidités. La tendance au redéploiement est encore plus visible du côté des fonds communs de placement, où les soldes liés au marché monétaire s'amenuisent depuis six mois.» L'établissement financier estime que les Canadiens disposent au bas mot de 90 milliards de dollars en liquidités excédentaires.

«De loin, les destinations les plus populaires pour ces liquidités sont les fonds d'obligations et les fonds de revenu, lesquels ont cumulé des hausses de plus de 12 milliards de dollars depuis le milieu de 2009», a ajouté Benjamin Tal, économiste principal chez Marchés mondiaux CIBC. «Les fonds de dividendes semblent particulièrement intéressants, étant relativement attrayants dans le contexte des faibles taux d'intérêt qu'on connaît. En fait, bien que les investisseurs ne s'en rendent habituellement pas compte, les dividendes réinvestis jouent un plus grand rôle que les gains en capital dans la croissance d'un portefeuille à long terme. Depuis le milieu des années 1950, les dividendes ont contribué pour plus de 60 % aux rendements globaux du marché boursier canadien.»