Jours d'inquiétude

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L'inquiétude des Canadiens envers leur retraite est palpable. Ils demeurent nombreux à souhaiter une retraite hâtive, mais plus nombreux encore à craindre qu'ils n'auront pas les moyens requis. On se prend à rêver à un héritage ou à un gain à la loterie.

Selon un sondage du Groupe financier TD sur l'épargne-retraite, 36 % des répondants se disent être impatients de quitter le travail. Un autre tiers

(30 %) affirment qu'il leur suffit de penser à la retraite pour que leur pouls s'accélère, mais pas pour des raisons de rêverie. Ces derniers craignent plutôt de ne pas disposer de l'épargne nécessaire. Services bancaires permanents et Paiements, TD Canada Trust, en rajoute en soulignant que «20 % des gens sondés disent que, plutôt que de cotiser à un REER, ils s'en remettront au Régime de pensions du Canada, à un héritage ou aux gains de la loterie».

Plus important encore, 91 % des répondants admettent avoir des inquiétudes relatives à la retraite. «Plus de la moitié

(52 %) des Canadiens âgés de moins de 65 ans qui travaillent craignent de ne pas avoir suffisamment épargné pour s'assurer une retraite confortable», poursuit la TD.

Attentisme

Ils sont pourtant plus de 60 % à affirmer qu'ils cotisent à un REER. Mais le choix du véhicule d'investissement peut avoir un impact. «Pour atteindre leurs objectifs de retraite, les investisseurs canadiens doivent équilibrer leur portefeuille et y inclure des titres de croissance à long terme», peut-on lire dans un autre compte rendu de sondage, réalisé cette fois pour la Banque Scotia. «De nombreux investisseurs adoptent une attitude attentiste et détiennent des espèces, des obligations ou des certificats de placement garanti. Cependant, pour nombre d'entre eux, les taux d'intérêt historiquement bas qui prévalent aujourd'hui ne procureront pas la croissance voulue pour qu'ils puissent atteindre leurs objectifs de retraite.»

Dans ce dernier sondage, l'inquiétude des répondants envers leur retraite est moins criante. En fait, «73 % d'entre eux ne prévoient pas modifier l'âge auquel ils prendront leur retraite, malgré la conjoncture économique et boursière incertaine des deux dernières années». L'investisseur canadien moyen prévoit prendre sa retraite à l'âge de

61 ans. La moitié des répondants (49 %) disent vouloir quitter le marché du travail avant l'âge de 65 ans, alors qu'ils n'étaient que 43 % à penser ainsi en 2008. De plus, le nombre d'investisseurs déclarant ne prévoir qu'une semi-retraite a été divisé par deux (5 % en 2009, comparativement à 10 % en 2008). Ces pourcentages laissent cependant supposer que les investisseurs canadiens ont conservé leurs placements après la chute de 2008 et respecté leurs plans à long terme. «Ceux qui n'ont pas quitté des yeux le long terme ont probablement profité du solide redressement des Bourses au deuxième semestre de 2009, ce qui leur a permis de compenser les pertes subies pendant la crise qui avait commencé en 2008.»

Et si on décortique les données, parmi les 22 % des investisseurs canadiens déclarant devoir repousser leur retraite à cause du contexte économique, 56 % se trouvent dans la tranche d'âge la plus près de la retraite, à savoir de 45 à 64 ans.

Fatalisme

Un sondage Ipsos Reid réalisé pour RBC fait également ressortir cette inquiétude, voire ce fatalisme des Canadiens sur la question de leur retraite. «Les Canadiens affirment compter sur des revenus de retraite additionnels provenant d'emplois à temps partiel ou occasionnels (26 %) ou de leur propre portefeuille de placement (24 %). Par ailleurs,

30 % des Canadiens âgés de 35 à 54 ans prévoient travailler à la retraite, ce qui laisse présager la disparition du concept de la retraite telle que nous la connaissons», peut-on lire dans le 20e sondage annuel RBC sur les REER. Selon 68 % des Canadiens, avoir suffisamment d'argent pour profiter d'une retraite confortable est le premier critère qui entre en ligne de compte. Toutefois, la moitié des Canadiens (53 %) qui se sont fixé des objectifs financiers en ce sens ont l'impression qu'ils ne les atteindront pas ou qu'ils sont bien loin du compte. Ils étaient 36 % de cet avis en 2007.

Le réalisme rattrape aussi les montant prévus. Du moins, les objectifs sont révisés à la baisse, conjoncture économique oblige. Ainsi, les retraités croient qu'ils auront besoin d'un peu moins de 270 000 $ pour profiter d'une retraite confortable, en baisse par rapport à l'estimation de 2007 qui se chiffrait à presque 450 000 $. Les préretraités, pour leur part, estiment qu'ils auront besoin de presque deux fois et demie cette somme, soit près de

660 000 $, une estimation également en baisse par rapport à celle de 2007, qui s'établissait à un peu moins de 900 000 $.

Faible cotisation

La récession se fait donc sentir. Et elle n'est pas sans alimenter l'hésitation par rapport aux cotisations au REER. Plus optimiste, Marchés mondiaux CIBC croit que les Canadiens vont revenir au REER cette année, après la contraction de 2008. «Le revenu disponible plus élevé, les taux d'épargne à la hausse, le regain de confiance envers le marché boursier et une certaine méfiance à l'égard des régimes de retraite publics et privés ramènent les Canadiens vers les fonds communs de placement et d'autres types de REER», peut-on lire dans le sondage de l'établissement.

La CIBC en rajoute: «Ce retour aux cotisations au REER contraste fortement avec l'année dernière, alors que le nombre de Canadiens cotisant à leur REER avait chuté de 1,8 %. Même ceux s'étant prévalus de cet outil d'épargne-retraite avaient en fin de compte réduit leur cotisation moyenne de 0,4 %. En conséquence, les cotisations au REER pour 2008 ont globalement reculé de 2,2 %, ce qui représente la baisse la plus marquée en six ans.»

On se fait cependant plus prudent à la Banque Nationale. Selon un sondage Saine Marketing, les intentions de cotisation au REER demeurent faibles cette année, avec seulement le tiers des Canadiens (et des Québécois) prévoyant cotiser à leur régime cette année. Quant au versement moyen, il devrait être de 4759 $ au Canada, alors qu'au Québec la cotisation moyenne se situe à 2913 $, soit un montant semblable à celui qui était prévu l'an dernier.

«Plus d'un répondant sur cinq (22 %) prévoit faire une cotisation supérieure à celle de l'an dernier, alors que seulement un répondant sur dix (12 %) prévoit diminuer le montant de sa contribution cette année», a ajouté la Banque Nationale.

Bon REER!