Crise financière grecque - La réponse de l'Europe laisse les investisseurs songeurs

La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy ont donné leur appui à la Grèce pour contenir la dette qui ronge le pays et qui pourrait contaminer la zone euro.
Photo: Agence Reuters La chancelière allemande Angela Merkel et le président français Nicolas Sarkozy ont donné leur appui à la Grèce pour contenir la dette qui ronge le pays et qui pourrait contaminer la zone euro.

Censée calmer le jeu sur les places financières, la réponse apportée hier par les pays européens aux graves problèmes que traverse la Grèce a laissé les investisseurs perplexes.

Comme prévu, les dirigeants des 26 autres pays de l'Union européenne ont assuré la Grèce de leur appui indéfectible, sans préciser toutefois quelle forme exacte pourrait prendre cette aide, et à la stricte condition qu'elle fasse d'abord tous les sacrifices nécessaires pour se sortir elle-même du pétrin.

«Les États membres de la zone euro prendront des mesures déterminées et coordonnées, si nécessaire, pour préserver la stabilité financière de la zone euro dans son ensemble», ont-ils promis dans une déclaration commune. Mais jusqu'à présent, «le gouvernement grec n'a demandé aucun soutien financier», y fait-on remarquer.

En attendant, les chefs européens disent appuyer le plan d'austérité budgétaire musclé que s'est donné le gouvernement grec pour rétablir l'équilibre des finances publiques et l'encouragent même à recourir au besoin à des «mesures additionnelles» pour ramener, cette année seulement, son déficit de l'équivalent de 12,7 % du produit intérieur brut à 8,7 %. Ce travail de redressement sera suivi de très près, a-t-on averti, avec un premier rapport d'évaluation dès le mois prochain et non pas un, ni deux, mais trois surveillants: c'est-à-dire la Commission européenne, la Banque centrale européenne et même le Fonds monétaire international (FMI).

Réaction mitigée des marchés

Adoptée «assez facilement» et à l'unanimité, a assuré le nouveau président stable de l'Union européenne, Herman Van Rompuy, cette déclaration commune visait notamment à dissiper les craintes des marchés financiers quant à une possible faillite de la Grèce ou même à un éclatement de l'union monétaire européenne.

Le résultat a toutefois été pour le moins mitigé, l'euro clôturant une journée en dents de scie par un recul 0,45 ¢US à 1,3685. Fébriles à l'ouverture, les principales places boursières de la zone euro n'ont pas mieux fait, Francfort perdant 0,59 %, Paris 0,52 %, Milan 0,78 % et Madrid 1,66 %. Seul point positif au tableau, la prime de risque imposée aux obligations gouvernementales grecques par rapport aux titres allemands s'est située aux alentours de 271 points de base, contre 324 mardi soir.

Étonnamment, l'annonce des pays européens semble avoir eu plus d'effet de l'autre côté de l'Atlantique, le Dow Jones gagnant 1,05 % à Wall Street et l'indice de la Bourse de Toronto s'appréciant de 1,32 %. Mais il est vrai que l'on y avait d'autres bonnes nouvelles à se mettre sous la dent.

Les ministres des Finances de l'Union européenne et de la zone euro doivent se rencontrer la semaine prochaine. On en profitera notamment pour discuter de la part que chaque pays devra assumer de l'éventuelle aide financière à apporter à la Grèce, a expliqué hier leur chef de file, Jean-Claude Junker, et qui «pourrait prendre la forme par exemple d'efforts bilatéraux coordonnés».

Aux prises, entre autres, avec un important mouvement de grèves de syndicats opposés à son plan d'austérité, le premier ministre grec, Georges Papandréou, a salué la déclaration de soutien des pays européens et y a vu une «mise en garde» aux spéculateurs des marchés qui tentent de déstabiliser son pays.

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Avec l'Agence France-Presse et Reuters
3 commentaires
  • Roland Berger - Inscrit 12 février 2010 09 h 18

    Le troublant dilemme des investisseurs

    De toute évidence, les investisseurs européens se demandent s'il n'y aurait pas plus d'argent à faire avec la mise en faillite de la Grèce qu'avec l'aide européenne visant à l'empêcher de sombrer. Quel dilemme ! Que de nuits d'insomnie pour ces gens qui se foutent totalement du sort des individus qui se trouvent à vivre en Grèce, ou en Espagne, ou au Portugal.
    Roland Berger
    St Thomas, Ontario

  • Pierre Vincent - Inscrit 12 février 2010 13 h 55

    Trois termes: politique intérieure; paradoxe; dilemme.

    1) Le dilemme fondamental se définit comme suit: comment fournir de l'aide suffisante, sans encourager le laissez-aller (pas seulement en Grèce, mais en Espagne, au Portugal, etc. A Roland Berger: il ne s'agit pas seulement des investisseurs "européens", mais bien internationaux, au nombre desquels on compte les Américains et les Chinois. Dans ce jeu, les attentes des uns concernant les comportements des autres dictent la conduite de tous.

    2) Paradoxe: on a vu que la crise financière grecque a poussé l'Euro vers le bas, ce qui est un symptome sérieux. En même temps, il faut se rappeller qu'il n'y a pas si longtemps, on s'inquiétait, dans les pays de la zone Euro, du niveau trop élevé de cette devise sur la capacité concurrentielle des firmes exportatrices. Or, comme la BCE maintenait une politique plus restrictive que la Fed, on ne voyait pas d'issue. Curieusement, la crise a "réglé ce problème. L'envers de la médaille quoi!

    3) Politique intérieure: la plus grande difficulté, non résolue à ce jour, se situe au niveau de la capacité des dirigeants européens -au premier chef madame Merkel- de convaincre leur opinion publique et leurs alliés politiques de soutenir une telle politique d'aide. Pour ce faire, l'option de brandir un scénario apocalyptique en cas de rejet serait en soi très risquée (je n'ai rien vu/lu sur ce sujet, mais j'imagine qu'on ne manque pas d'en soupeser le pour et le contre). Finalement, un aspect peu discuté concerne le Royaume-Uni de monsieur Brown: membre de l'UE mais pas de la zone Euro, les créanciers privés (banques) de ce pays figurent parmi les premiers rangs, et seraient durement affectés par des défauts de paiement sur les dettes "souveraines".

  • Roland Berger - Inscrit 12 février 2010 17 h 05

    Commentaire apprécié

    Merci à Monsieur Vincent pour les précisions qu'il a ajoutées à mon bref commentaire, lequel contenait de plus une incorrection de sens. Pas seulement les investisseurs européens sont tourmentés.
    Roland Berger
    St Thomas, Ontario