Crise grecque - Un plan d'aide en gestation?

Le ministre grec des Finances, George Papaconstantinou, et son gouvernement s’évertuent à démontrer leur détermination à redresser la situation financière de leur pays.
Photo: Agence Reuters Yiorgos Karahalis Le ministre grec des Finances, George Papaconstantinou, et son gouvernement s’évertuent à démontrer leur détermination à redresser la situation financière de leur pays.

La rumeur grandissante d'une aide financière européenne à la Grèce, en échange d'un plan d'austérité musclé, a fait plaisir aux marchés, hier, sans pour autant rassurer les syndicats grecs.

Des déclarations émanant de Bruxelles et Berlin sont venues renforcer hier l'impression qu'un plan d'aide était en voie d'élaboration afin de prêter main-forte au pays, durement secoué par la crise de ses finances publiques, mais aussi pour éviter une contagion à l'ensemble de l'Europe.

Le commissaire européen aux Affaires économiques, Joaquin Almunia, en a appelé à un «soutien clair» de la part des pays européens à la Grèce «en échange d'un engagement clair» du gouvernement grec, qui doit aussi «assumer ses responsabilités». S'exprimant à la veille du sommet des dirigeants de l'Union européenne, demain à Bruxelles, le commissaire n'a pas précisé la forme exacte que cette aide devrait prendre.

Les règles européennes interdisent qu'on apporte une aide à un pays membre aux prises avec une crise de ses finances publiques à moins de circonstances graves et incontrôlables. Or, la situation de la Grèce est «spéciale», a expliqué le commissaire, et présente «un sérieux risque de contagion dans d'autres parties de la zone euro».

Un pare-feu

La décision d'apporter une aide financière à la Grèce est déjà prise en principe au sein de la zone euro, ont déclaré à des journalistes des sources au sein de la coalition gouvernementale au pouvoir en Allemagne. «Il s'agit plus de trouver une sorte de pare-feu qui contiendrait le problème que de chercher principalement à aider les Grecs», a expliqué l'une de ces sources, citées par le Financial Times. «Aucun plan concret» n'aurait encore été convenu. L'Allemagne envisagerait toutefois à la fois une aide bilatérale et des mesures convenues au niveau européen.

«Si la Grèce reçoit une aide, ce sera seulement à des conditions strictes et en échange d'une réforme en profondeur de l'État par le gouvernement grec», a déclaré Michael Meister, haut responsable du parti conservateur allemand CDU.

Tous les pays européens ne seraient pas d'accord pour voler au secours de la Grèce. On craint notamment de créer un précédent qui amènerait tous les autres gouvernements européens en sérieuses difficultés financières, comme l'Espagne, le Portugal ou l'Italie, à venir cogner à leur tour à la porte. Extérieurs à la zone euro, le Royaume-Uni et la Suède ont fait savoir hier qu'ils préféraient que les Européens ravalent leur fierté et laissent la Grèce aux mains expertes du Fonds monétaire international (FMI).

Des réformes en accélération

Le gouvernement grec s'évertue, pendant ce temps, à démontrer sa détermination à redresser sa situation financière. «Notre premier devoir est de sauver l'économie et de réduire la dette en trouvant les solutions les plus justes, qui protègent, autant que possible, les classes moyennes et les plus pauvres», a déclaré le premier ministre, Georges Papandréou, avant de prévenir ses concitoyens que les réformes iraient «en s'accélérant».

Accablé d'une dette qui dépasse les 110 % du produit intérieur brut (PIB), le gouvernement grec s'est fixé comme objectif de ramener ses déficits annuels de 12,7 % du PIB à moins de 3 % d'ici 2012. Hier, il a dit vouloir repousser l'âge de la retraite de 61 à 63 ans et abaisser à 60 000 euros le seuil à partir duquel le taux marginal d'impôt (40 %) s'applique pour les particuliers. Il a déjà annoncé un gel de l'embauche et des salaires des fonctionnaires, l'établissement de nouvelles taxes sur les immeubles et les hydrocarbures, ainsi qu'une lutte féroce contre l'évasion fiscale.

Les marchés financiers et la rue grecque

Les marchés ont bien accueilli hier la rumeur grandissante d'une aide financière à la Grèce. En baisse depuis des jours, l'euro a repris dans la journée plus d'un cent, à 1,38 $US, les principales places boursières européennes ont fini en hausse en fin de séance, en même temps que se réduisaient les primes de risque exigées pour les obligations gouvernementales grecques, portugaises et espagnoles.

L'humeur risque d'être nettement plus maussade en Grèce aujourd'hui alors que les écoles, les hôpitaux, les aéroports et de nombreux bureaux gouvernementaux seront en grève. Les travailleurs du secteur privé ont prévu débrayer le 24 février. Le président de la Fédération des fonctionnaires grecs, Spyros Papaspyros, s'est dit «conscient de la difficile situation économique du pays», mais a estimé que les sacrifices demandés à ses membres étaient «injustes et inefficaces».

Une majorité de Grecs seraient toutefois favorables aux mesures de redressement de l'économie. Six sur dix les estimeraient nécessaires, à en croire un sondage publié la semaine dernière.

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Avec l'Agence France-Presse et Reuters
6 commentaires
  • pierre savard - Inscrit 10 février 2010 06 h 49

    Ce qui nous attend

    Le Québec, d'après les chiffres officiels, n'est pas très loin de la situation de la Grèce. Mais les solutions apportées par le gouvernement grec ne sont pas les bonnes. On y parle de hausses de taxes, d'impôts. Voilà la meilleure facon d'enfoncer ce pays encore davantage dans la crise. La solution, pour la Grèce et le Québec, est simple: suppressions de programmes sociaux trop coûteux (garderies, assurances-médicaments, assurance juridique, etc.), mise à pied massive de fonctionnaires, diminution des pensions et salaires des fonctionnaires restants, abolitions d'organismes gouvernementaux , sous -traitance massive de services publics. Voilà les seules vraies solutions. Tout le reste n'est que lâcheté. Lever des taxes ne règlera absolument rien.

  • Pierre-E. Paradis - Inscrit 10 février 2010 10 h 12

    Comparer la Grèce et le Québec: n'importe quoi !

    Attention: l'économie du Québec et de la Grèce ne sont pas comparables. Le Québec a une infrastructure industrielle significative, produit de l'énergie, et le taux d'endettement face au PIB est tout de même beaucoup plus bas ici (environ 40%, et au-delà de 120% en Grèce). La Grèce est un pays agricole et touristique, point barre...

    Quant au recours à la sous-traitance, on voit bien au Québec que les PPP sont inefficaces et ne mènent nulle part, que les infirmières du privé sont mal supervisées, que les firmes d'ingénieurs mandatées par le ministère des transports pour accorder les contrats de réfection des routes se graissent la patte sans vergogne, etc. etc.

    J'en ai assez de cet alarmisme à la con, et de ces «solutions» faites sur mesure pour les financiers du parti Libéral.

  • pierre savard - Inscrit 10 février 2010 10 h 37

    Rappel

    La dette total du Québec est de 218 milliards (voir chiffres de l'IEDM et du ministère des Finances du Québec), soit environ 105 % du PIB. On dit qu'un Québec indépendant serait juste en dessous de la Grèce en matière d'endettement public. Si on rajoute notre part de la dette fédéral, nous atteignons près de 315 milliards de dettes pour une population active de 3,5 millions de travailleurs ! Comme la Grèce, nous survivons grâce à l'aide étrangère (dans notre cas les paiements de péréquations provenant de l'Alberta...).

  • Pierre-E. Paradis - Inscrit 10 février 2010 12 h 30

    Les chiffres de l'IEDM

    L'IEDM a un agenda clair: la privatisation des services publics. Leurs chiffres sont exagérément alarmistes dans ce but précis.

    Si l'on tient compte de la dette consolidée (fédérale

  • Claude Boucher - Abonné 11 février 2010 01 h 09

    Citer l'Institut économique de Montréal

    c'est comme invoquer l'argument de Goodwin. Franchement. Ils ont pris le chiffre le plus élevé et l'ont inscrit en le décrivant comme manière "standard" d'évaluer la dette!