En ruines, la Grèce attend l'aval de l'Europe à son plan d'austérité

Le gouvernement socialiste grec, qui obtiendra aujourd’hui la réponse de la Commission européenne, promet de ramener le déficit de l’État à 12,7 % du produit intérieur brut en 2009, à 8,7 % cette année, puis sous la limite de 3 % normalement autorisée par les règles européennes au plus tard en 2012.
Photo: Agence Reuters Le gouvernement socialiste grec, qui obtiendra aujourd’hui la réponse de la Commission européenne, promet de ramener le déficit de l’État à 12,7 % du produit intérieur brut en 2009, à 8,7 % cette année, puis sous la limite de 3 % normalement autorisée par les règles européennes au plus tard en 2012.

La Grèce devrait recevoir aujourd'hui un appui conditionnel des autorités européennes à son plan d'assainissement des finances publiques. Son cas est un test sérieux pour l'union monétaire européenne et menace de s'étendre à d'autres pays.

Le gouvernement grec avait bon espoir d'obtenir l'approbation officielle de la Commission européenne pour son ambitieux plan d'austérité. «Demain, le plan aura le feu vert», a assuré son ministre des Finances, Georges Papaconstantinou.

Arrivé au pouvoir en octobre, le gouvernement socialiste grec promet de ramener le déficit de l'État à 12,7 % du produit intérieur brut en 2009, à 8,7 % cette année, puis sous la limite de 3 % normalement autorisée par les règles européennes au plus tard en 2012. Ce plan prévoirait notamment un gel des salaires des fonctionnaires, un report de l'âge légal de la retraite, une réforme de la fiscalité, l'augmentation des taxes sur le carburant et un durcissement de la guerre contre l'évasion fiscale.

La Commission européenne semble disposée à accorder une chance au plan du gouvernement grec. «La correction envisagée est faisable, mais sujette à risque», a indiqué hier dans un communiqué son président, José Manuel Barroso. Bruxelles a toutefois prévenu lundi qu'elle entendait suivre de près l'état des finances publiques du mauvais élève et réclamer, au besoin, de nouveaux impôts et d'autres compressions budgétaires.

La crise remet en cause la capacité des 16 pays membres de la zone euro à respecter les règles qu'ils se sont fixées afin que l'un d'eux ne profite pas du fait qu'ils ont une monnaie commune pour faire supporter aux autres son manque de rigueur budgétaire. Le gouvernement grec a admis avoir tripoté ses statistiques officielles à plus d'une reprise pour faire croire qu'il gardait ses déficits annuels sous la barre des 3 % du PIB, alors qu'elle n'aurait respecté ce cap qu'une seule fois depuis son entrée dans la zone euro en 2001. Le bilan n'est pas plus reluisant du côté de sa dette, qui dépasse aujourd'hui 110 % du PIB, soit presque le double de la limite permise de 60 %.

Loin d'être rassurés par les derniers développements, les marchés ont continué de craindre que la Grèce fasse faux bond à ses créanciers et qu'elle sorte même de l'union monétaire pour regagner plus de liberté d'action. Les taux d'intérêt sur dix ans, qu'ils réclamaient hier à la Grèce pour accepter de lui prêter de l'argent, dépassaient de 3,44 points de pourcentage ceux exigés au gouvernement allemand. C'était moins que le pic de 4,05 points atteint la semaine dernière, mais plus que l'écart de 3,27 points auquel ils sont revenus depuis.

«La Grèce est au centre d'une attaque spéculative sans précédent [...] qui débouche sur un étranglement de son économie», a dénoncé hier son premier ministre, George Papandréou. Son gouvernement en a appelé à une aide financière des autres membres de la zone euro qui prendrait la forme d'emprunts obligataires garantis par tout le monde.

La réglementation européenne actuelle empêche les pays européens ou même l'Union européenne d'aider un gouvernement à équilibrer ses finances publiques. Mais elle leur interdit aussi d'expulser un pays délinquant.

Crise européenne

«En dépit de ses caractéristiques propres, le problème grec est aussi un problème de la zone euro», a rappelé aux autres capitales le ministre des Finances Papaconstantinou. Après la Grèce, il y a d'autres pays, comme l'Espagne et le Portugal.

Ces deux pays, comme l'Italie, l'Islande, l'Irlande ou le Royaume-Uni sont, en effet, aussi aux prises avec de sérieux problèmes de finances publiques. Cette situation n'a d'ailleurs pas échappé aux marchés financiers, qui ont encore augmenté hier la prime de risque imposée aux obligations portugaises (1,23 point) et italiennes (0,85 point).

Le fait que d'autres gouvernements de la zone euro aient de la difficulté à équilibrer leur budget est au contraire la meilleure raison de n'accorder aucun passe-droit aux Grecs, a déclaré vendredi à un quotidien allemand l'ancien économiste en chef de la Banque centrale européenne, Otmar Issing. Il en irait de la crédibilité des règles de l'Union européenne. «Si la clause excluant les aides n'est pas respectée, tous les barrages vont céder. La maladie grecque va se répandre.»

Même si la Grèce réussit à convaincre l'Europe, ou le Fonds monétaire international, à lui prêter main-forte, son nouveau gouvernement aura fort à faire pour atteindre les objectifs qu'il s'est fixés, a observé hier dans une analyse Mathieu D'Anjou. «Il y a un risque réel de tollé populaire contre cette austérité qui pourrait convaincre les politiciens grecs de faire défaut sur leur dette et peut-être même d'abandonner l'euro. [...] Cette éventualité serait catastrophique pour la Grèce. Dans la situation actuelle, la monnaie commune est l'un des seuls points qui permet à la Grèce d'éviter de tomber dans un véritable chaos financier.»

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Avec Associated Press et Reuters