Vers des limites à la spéculation pétrolière

Près de deux ans après que l'investisseur alternatif Michael Masters eut livré son témoignage-choc devant le Sénat américain, révélant le rôle prédominant des spéculateurs dans la montée étourdissante des prix du pétrole, les autorités veulent désormais instaurer des mesures pour limiter ce genre de pratique à laquelle s'adonnent des géants de la finance comme Goldman Sachs.

La Commodity Futures Trading Commission (CFTC), à Washington, a tenu une audience hier portant sur des règles qui interdiraient de détenir des positions sur le marché de l'énergie au-delà d'un certain seuil. Ces mesures porteraient sur quatre produits spécifiques: le gaz naturel, le pétrole brut léger (le célèbre West Texas Intermediate), le mazout livré au port de New York et l'essence stockée à New York.

Dans sa documentation, la CFTC indique que les deux Bourses où ces limites seraient mises en vigueur sont le Nymex et l'Intercontinental Exchange (ICE). L'agence va maintenant demander au public d'envoyer ses commentaires.

La croyance populaire veut que les prix du pétrole et de l'essence évoluent au gré des saisons, des conflits géopolitiques, de la température et de la croissance de la demande en Chine. Ce n'est pas tout.


Le rôle des spéculateurs

Depuis 2008, lorsque le cours du baril de pétrole a grimpé à près de 150 $US, le regard s'est tourné vers le rôle des spéculateurs, ces géants de l'investissement qui achètent et vendent des positions sur le marché non pas dans le but de prendre livraison d'un baril, mais de parier sur la direction des prix. Les firmes d'investissement qui s'avancent sur ce terrain ont tendance à parier sur une hausse des prix.

Historiquement, les contrats à terme permettaient aux vrais producteurs et aux vrais consommateurs de se protéger, car ils s'entendaient au préalable sur un prix de livraison. Cette réalité n'existe plus. Il est estimé qu'avant d'être produit et livré, un baril a été vendu et racheté 27 fois.

De 2003 à 2008, a affirmé M. Masters lors de son témoignage en 2008, l'investissement spéculatif dans le secteur des matières premières est passé de 13 milliards $US à 317 milliards $US.

La récente hausse de 10 ¢ des prix à la pompe, un phénomène récurrent après un repli de plusieurs jours, a fait sursauter certains automobilistes. L'industrie a évoqué la demande de chauffage aux États-Unis, qui mettrait à rude épreuve les capacités de raffinage.

Cependant, les statistiques américaines dévoilées cette semaine indiquent que la consommation de tous les produits pétroliers a diminué en 2009, sauf pour l'essence qui a augmenté de 0,1 %. Par ailleurs, les stocks d'essence sont en hausse constante depuis la mi-décembre 2009 et sont à leur plus haut niveau depuis le printemps 2008.