La notation financière du Japon pourrait être abaissée

Selon un analyste de Moody’s, les investisseurs pourraient éventuellement exiger une prime de risque pour financer les déficits.
Photo: Agence Reuters Toru Hanai Selon un analyste de Moody’s, les investisseurs pourraient éventuellement exiger une prime de risque pour financer les déficits.

Hong Kong — Des analystes de Standard & Poor's (S&P) et Moody's ont indiqué dans des entretiens séparés à Reuters que la notation financière du Japon pourrait être dégradée si l'Archipel ne parvient pas à consolider ses finances.

Les marchés obligataires s'inquiètent d'une possible hausse de l'endettement du Japon qui pourrait atteindre 200 % du PIB, alors que la baisse de popularité du nouveau gouvernement au pouvoir depuis septembre a accru les doutes sur sa capacité à prendre des mesures économiques difficiles.

Selon Tom Byrne, analyste chez Moody's, l'évolution de la note souveraine nippone dépendra pourtant grandement des efforts de Tokyo pour consolider ses finances à moyen terme et réduire son déficit budgétaire qui devrait dépasser 10 % du PIB en 2009 et 2010 d'après le FMI.

Il explique que si les marchés vont continuer de financer les déficits à des taux nominaux relativement faibles l'an prochain, les investisseurs pourraient en revanche, «à un certain point», exiger une prime de risque pour financer de tels déficits.

Ce point d'inflexion surviendra d'autant plus rapidement «si le gouvernement n'arrive pas à mettre en place un programme crédible de réduction des déficits à moyen terme», prévient-il.

L'analyste de Moody's, dont la note sur la dette intérieure du Japon a été relevée en mai de «Aa3» à «Aa2», mais celle sur la dette nippone en devises étrangères a été dégradée de «AAA» à «Aa2», prévient que «sans rebond de la croissance économique, la réduction des déficits deviendrait même plus difficile».

De son côté, Agost Benard, analyste chez S&P, juge que la note «AA» établie par son agence sur la dette souveraine du Japon pourrait être menacée si les initiatives politiques de Tokyo ne parviennent pas à stabiliser puis réduire progressivement l'endettement du pays.

«À moyen terme, et compte tenu de la faiblesse du contexte économique, et de la tendance sous-jacente d'une pression démographique croissante, la politique budgétaire doit faire l'objet de réformes majeures pour stabiliser puis réduire progressivement le fardeau de la dette», souligne-t-il.

«Un risque de dégradation [de note] pourrait apparaître si les initiatives politiques sont jugées insuffisantes pour faire face aux problèmes».

En septembre, Fitch Ratings avait dit que la détérioration des finances publiques japonaises était compensée par la situation exceptionnellement forte de la balance extérieure du pays.

À l'époque, l'agence de notation avait maintenu son «AA» sur la dette à long terme en devises étrangères du Japon et son «AA-» sur celle en yen.

Hier matin, le gouvernement japonais a annoncé qu'il se fixait pour objectif une croissance de plus de 2 % au cours des dix prochaines années mais sa stratégie économique à long terme n'a pas convaincu les investisseurs.