Portrait - Ascenseur pour la croissance

Un ascenseur résidentiel dont le coût se situe entre 25 000 et 30 000 $ peut ajouter 10 % à la valeur d’une propriété, avance Marcel Bourassa, selon qui ce produit est encore trop peu connu au Québec.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Un ascenseur résidentiel dont le coût se situe entre 25 000 et 30 000 $ peut ajouter 10 % à la valeur d’une propriété, avance Marcel Bourassa, selon qui ce produit est encore trop peu connu au Québec.

Voilà un domaine d'avenir, s'était dit Marcel Bourassa en 1989 en faisant l'acquisition de Savaria, une toute petite firme de Laval qui fabriquait des ascenseurs résidentiels et qui n'avait que cinq employés et un chiffre d'affaires de 200 000 $. C'est d'ailleurs le prix qu'il a payé pour acquérir cette PME. En 2009, les trois usines de Savaria, à Toronto, Saint-Laurent et Huizhou, en Chine, génèrent des revenus de 55 millions. Et ce n'est qu'un début, car, avec le vieillissement de la population mondiale, M. Bourassa voit devant lieu un avenir grand ouvert sur la croissance.

Il souligne dans son rapport annuel de 2008 que, chaque mois, il y a de par le monde 800 000 personnes de plus qui atteignent l'âge de 65 ans. Cette information provient de statistiques et de prévisions démographiques qu'on retrouve dans une étude faite à la demande d'un organisme américain, le National Institute on Aging. Son rapport montre qu'à la mi-2008, 506 millions de personnes avaient atteint l'âge de 65 ans. En 2040, il y en aura 1,3 milliard, ce qui équivaudra à 14 % de la population mondiale. En 2008, 62 % de ces personnes âgées de 65 ans ou plus habitaient dans les pays développés; en 2040, il y en aura un milliard dans les régions actuellement en développement. Dans plusieurs pays, le groupe d'âge des 80 ans et plus est celui qui augmente le plus rapidement, et sa croissance prévue dans les trois prochaines décennies est de 233 %.

La statistique que retient surtout Savaria est la suivante: l'an passé, les États-Unis comptaient 364 millions de personnes âgées de plus de 65 ans, et 10,4 millions d'entre elles avaient besoin d'équipements pour se déplacer (fauteuils roulants ou autres «équipements d'accessibilité»). L'industrie des équipements d'accessibilité (ascenseurs résidentiels, sièges d'escalier, ouvre-portes automatiques et fourgonnettes accessibles en fauteuil roulant) est encore nouvelle et petite; c'est un marché de 500 millions $US en Amérique du Nord, explique M. Bourassa. On trouve présentement quatre compagnies principales dans ce créneau, dont Savaria, qui occupe le premier rang au Canada et le deuxième aux États-Unis. Avec 85 % de ses produits qui sont fabriqués sur mesure, Savaria se considère comme le chef de file de cette industrie en Amérique du Nord. Au fil des ans, elle a monté un réseau de 600 vendeurs, en plus de restructurer son entreprise en profondeur.

En acquérant Savaria, M. Bourassa a donné la priorité à l'embauche de deux ingénieurs d'expérience, afin d'améliorer les produits et de les rendre conformes aux normes canadiennes et américaines. De nouveaux ascenseurs ont été mis sur le marché, ainsi que des sièges d'escalier (qui montent et descendent le long de la rampe), entre autres. En 1999, la compagnie avait recruté 200 détaillants et obtenait des revenus de 7,8 millions.

En 2002, au moyen d'une prise de contrôle inversée, Savaria s'inscrivait à la Bourse TSX Croissance dans le but de solliciter des capitaux pour faire des acquisitions et instaurer un régime d'options pour ses employés-clés. Elle passait à la Bourse de Toronto l'année suivante et profitait du Régime épargne action du Québec pour obtenir un placement privé de cinq millions. Par ailleurs, M. Bourassa commençait à s'approvisionner auprès de fournisseurs chinois, à la suggestion de son fils Sébastien, ce qui devait conduire à l'ouverture dans ce pays d'une usine détenue à 100 % par Savaria.

L'exploitation de cette usine, qui emploie présentement 70 personnes, est confiée à un ingénieur chinois qui a étudié à McGill et qui a fait ses débuts pour Savaria au Québec. Sébastien Bourassa est lui-même installé en Chine et en assume la direction. L'usine génère des revenus de 10 millions et fabrique des composantes pour Savaria et un nouveau partenaire italien, Vimec, lequel possède «des produits intéressants qu'on n'a pas et qu'on distribue ici et en Chine», précise M. Bourassa. Celui-ci affirme que l'usine chinoise permet de préserver des emplois ici et ouvre une porte importante sur le marché asiatique, qui est en pleine croissance. «La consommation à l'interne change beaucoup en Chine. Il y a des maisons d'un million de dollars qui ont des ascenseurs», mentionne-t-il.

Par ailleurs, Savaria a obtenu en 2005 un second financement privé de 5,7 millions et effectué deux acquisitions, celles de Concord Elevator en Ontario et de Van-Action à Saint-Laurent. Le chiffre d'affaires approchait alors 60 millions.


Affecté par l'éclatement de la bulle résidentielle aux États-Unis

Toutefois, la hausse très forte et rapide de la valeur du dollar canadien en 2007 a rendu la vie beaucoup plus difficile à l'entreprise en 2008, en ce qui concerne sa rentabilité. M. Bourassa s'est vu contraint de fermer l'usine de Laval, qui avait pourtant été le moteur de sa croissance, pour regrouper la production dans l'usine acquise à Brampton, près de Toronto. C'est là que sont fabriqués, par 200 employés, tous les ascenseurs et plateformes verticales de l'entreprise. De son côté, l'usine de Van-Action, à Saint-Laurent, se spécialise dans la conversion et l'adaptation de véhicules automobiles, notamment des minifourgonnettes à plancher abaissé. Depuis quelques mois, elle offre un nouveau véhicule avec entrées arrière et latérale, ce qui est unique en Amérique du Nord. Ce produit vise la clientèle des taxis adaptés.

Néanmoins, les revenus de Savaria ont régressé depuis 2006, non seulement à cause de la valeur du dollar canadien, mais beaucoup à cause de l'éclatement de la bulle hypothécaire résidentielle aux États-Unis. Ses ventes d'ascenseur ont reculé de 25 % depuis le début de la crise, en comparaison de 40 % pour son plus gros concurrent, mentionne M. Bourassa. Parallèlement, le titre (SIS) de la société s'est négocié depuis un an à une valeur allant de 50 ¢ à 94 ¢ (il valait moins de 90 ¢ la semaine dernière), en comparaison de 2 $ au moment de son inscription en Bourse. Le peu de liquidité du titre contribue, selon le président, à maintenir sa valeur à ce niveau, malgré «un bilan très solide». M. Bourassa détient lui-même 55 % des actions, et son frère, qui est administrateur, en détient de son côté un bloc de 15 %. La société a elle-même procédé à une acquisition de 20 % des actions en circulation en août dernier.

Un ascenseur résidentiel dont le coût se situe entre 25 000 et 30 000 $ peut ajouter 10 % à la valeur d'une propriété, avance M. Bourassa, selon qui ce produit est encore trop peu connu au Québec. Le marché américain demeure encore stagnant, et la reprise pour les produits de Savaria ne se manifestera pas avant le second semestre de 2010, pense le président. Avec une quinzaine de produits différents, Savaria serait la seule société à offrir toute la gamme des équipements d'accessibilité. Elle compte au total 370 employés. M. Bourassa, qui a trois enfants, lesquels ont comme lui étudié à HEC Montréal et travaillent dans l'entreprise, demeure à l'affût d'acquisitions, mais pas pour ajouter de nouveaux produits. Il pense plutôt à des expansions territoriales, plus particulièrement dans l'Ouest américain et en Asie. Présentement, plus de 60 % des revenus de la société proviennent des États-Unis, 30 % du Canada et le reste de l'Asie, en incluant les composantes vendues aux usines canadiennes de Savaria.

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