Transport aérien - Ciel orageux pour JAL et les compagnies américaines

Des passagers attendent leur enregistrement au comptoir de Japan Airlines. Depuis des semaines, American Airlines et Delta Air Lines se disputent âprement les faveurs de JAL, en quasi-faillite et sous tutelle publique, mais qui détient une place stratégique en Asie.
Photo: Agence Reuters Yoshikazu TSUNO Des passagers attendent leur enregistrement au comptoir de Japan Airlines. Depuis des semaines, American Airlines et Delta Air Lines se disputent âprement les faveurs de JAL, en quasi-faillite et sous tutelle publique, mais qui détient une place stratégique en Asie.

Tokyo — La première compagnie aérienne japonaise, Japan Airlines (JAL), est sommée de trouver rapidement un ravitailleur américain pour éviter la faillite et profiter de la libéralisation du ciel, mais le choix entre American Airlines et sa rivale Delta Air Lines s'avère cornélien.

Depuis des semaines, ces deux compagnies américaines se disputent âprement les faveurs de JAL, en quasi-faillite et sous tutelle publique, mais qui détient une place stratégique en Asie, marché promis à une forte croissance.

L'accord «ciel ouvert» conclu la semaine dernière entre le Japon et les États-Unis rend plus cruciale la mise en place d'un partenariat stratégique pour affronter une concurrence consolidée. «Avec ce nouveau cadre réglementaire, la rivale de JAL, All Nippon Airways [ANA], va assurément renforcer ses liens avec les compagnies américaines United Airlines et Continental Airlines, à ses côtés dans Star Alliance», a prévenu à Tokyo Gerard Arpey, p.-d.g. d'American Airlines. «Notre proposition envers JAL est celle qui est la plus faisable et qui a le plus de chances de réussite dans ce contexte.»

American Airlines, l'alliance aérienne Oneworld à laquelle elle appartient, et le fonds d'investissement américain TPG se sont dits prêts à investir 1,1 milliard $US dans JAL. American Airlines et JAL ont de surcroît des liens bilatéraux depuis une quinzaine d'années. «Nos intérêts sont liés de longue date alors que nos adversaires ne se passionnent pour l'avenir de JAL que depuis que cette compagnie est devenue vulnérable», a beau jeu de rappeler le p.-d.g. d'American. «Notre investissement dans JAL pourrait être plus important en fonction des conditions dans lesquelles se déroule la restructuration de cette compagnie.»

De son côté, Delta Air Lines, membre du regroupement SkyTeam, a promis un investissement direct de 500 millions dans JAL, et d'autres formes de soutien chiffrées à 502 millions, en cas de partenariat. Elle s'est déclarée prête à égaler les propositions d'American.

Au-delà de cette surenchère se joue la survie de JAL, laquelle doit rapidement décider de rester dans Oneworld (American Airlines, British Airways, Qantas et sept autres compagnies), ou de rejoindre Delta Air Lines, Air France-KLM et les sept autres membres de SkyTeam.

«Le redressement d'une compagnie est largement lié au choix de la bonne alliance», a insisté récemment la secrétaire d'État française au Commerce extérieur, Anne-Marie Idrac, plaidant à Tokyo la cause d'Air France-KLM. «Si JAL n'avait pas déjà un partenariat avec American Airlines, Delta serait un bon parti», estime Makoto Murayama, analyste chez Nomura Securities. «Cependant, pour JAL, pressée par sa situation financière, le choix le plus réaliste consiste à accepter l'argent d'American Airlines.»

JAL devra néanmoins suivre l'avis du gouvernement. «Comme JAL va recevoir un soutien pécuniaire public, l'État doit faire attention à ce que le partenaire retenu apporte un vrai bénéfice à JAL et au Japon», ajoute M. Murayama.

En d'autres termes, il faut que JAL choisisse la compagnie qui lui permette de faire des aéroports de Tokyo des places fortes en Asie, face à Séoul notamment. «De ce point de vue, Delta est plus fort, mais en cas d'association avec JAL, cette compagnie sera peut-être tentée, voire forcée pour des raisons concurrentielles, de réduire son nombre de vols vers Tokyo», ce qui aboutirait au contraire de l'objectif souhaité, selon M. Murayama.

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