Personnalité de l'année - Le magazine Time couronne Ben Bernanke

Le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, succède à Barack Obama dans la liste des personnalités honorées par le Time.
Photo: Time magazine Le président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, succède à Barack Obama dans la liste des personnalités honorées par le Time.

Washington — Le magazine Time a sacré hier le patron de la banque centrale américaine, Ben Bernanke, «personnalité de l'année» 2009, pour la manière dont il a géré la pire crise financière depuis la Grande Dépression des années 1930. «La récession a été le sujet de l'année», a souligné le rédacteur en chef de Time, Richard Stengel, dans un communiqué, pour qui «sans Ben Bernanke [...], les choses auraient été bien pires».

«Bernanke a non seulement tiré un enseignement de l'histoire, mais il l'a écrite lui-même et ne voulait surtout pas la répéter», écrit M. Stengel.

Ben Bernanke, 56 ans, a enseigné dans les prestigieuses universités de Stanford et Princeton ainsi qu'au Massachusetts Institute of Technology (MIT). Il est considéré comme un expert de la Grande Dépression des années 1930. Homme discret projeté sur le devant de la scène par la crise, le président de la Réserve fédérale (Fed) est en effet un universitaire réputé et spécialiste reconnu de la crise des années 1930. Nommé par le président George W. Bush, M. Bernanke a eu la lourde tâche de prendre la tête de la Fed en février 2006 après 18 ans de présidence d'Alan Greenspan.

En douceur, ce barbu presque chauve que tout ou presque oppose à son prédécesseur a profondément bouleversé les habitudes à la banque centrale, en refusant d'abord de tomber dans le «culte» dont faisait l'objet M. Greenspan.

La face la plus évidente de sa révolution est la politique de sauvetage d'institutions financières et de relance monétaire sans précédent mise en oeuvre au plus fort de la crise. Le président américain, Barack Obama, qui a reconduit M. Bernanke dans ses fonctions, a loué en juin son «travail extraordinaire».

Ben Bernanke s'est détaché de la sélection des finalistes de Time, dont faisaient partie M. Obama, — couronné «homme de l'année» l'an dernier —, ainsi que la présidente de la Chambre des représentants américaine, Nancy Pelosi, ou encore le p.-d.g. d'Apple, Steve Jobs.

Parmi les finalistes se trouvaient également le général américain Stanley McChrystal, qui commande les forces internationales en Afghanistan, le sprinteur jamaïcain Usain Bolt ou encore une entité générique baptisée «le travailleur chinois».

Pour Michael Grunwald, journaliste de Time, M. Bernanke a été choisi principalement parce qu'il est «l'acteur principal à la tête de la première économie mondiale».

«Sa gestion imaginative a contribué à faire en sorte que 2009 soit une période de légère reprise plutôt que de dépression catastrophique, et il continue à exercer un pouvoir sans égal sur notre argent, nos emplois, nos économies et l'avenir du pays», souligne le journaliste.

Dans une entrevue accordée à Time, Ben Bernanke reconnaît que la crise financière a mené les États-Unis «très, très près de la dépression».

«Je ne suis pas satisfait de la situation dans laquelle nous sommes, mais elle est bien meilleure que celle dans laquelle nous pourrions être», ajoute-t-il, reconnaissant qu'«il y a des choses que nous aurions pu mieux faire».

M. Bernanke, à qui les Américains reprochent volontiers d'avoir sauvé les banquiers plutôt que les emplois, admet également que faire baisser le chômage nécessitera «de nouvelles mesures pas aussi évidentes ou aussi claires que celles que nous avons prises».

Quant aux banquiers, ils «devraient se regarder dans la glace et décider de restreindre quelque peu la manière dont ils se rémunèrent eux-mêmes, sachant ce que le gouvernement et les contribuables ont fait pour protéger le système», dit-il.

La Commission bancaire du Sénat américain doit se prononcer aujourd'hui sur la reconduction de Ben Bernanke à la tête de la banque centrale.

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