Avantage aux propriétaires

Pour l’ensemble des centres urbains de la province, le taux d’inoccupation des logements n’a en fait pas beaucoup évolué en octobre: il est passé de 2,2 % en 2008 à 2,4 % en 2009.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Pour l’ensemble des centres urbains de la province, le taux d’inoccupation des logements n’a en fait pas beaucoup évolué en octobre: il est passé de 2,2 % en 2008 à 2,4 % en 2009.

Le taux d'inoccupation des logements locatifs demeure toujours sous le seuil d'équilibre au Québec malgré une faible progression au cours de la dernière année, selon les résultats d'une étude rendue publique hier par la Société canadienne d'hypothèques et de logement.

Pour l'ensemble des centres urbains de la province, le taux n'a en fait pas beaucoup évolué en octobre: il est passé de 2,2 % en 2008 à 2,4 % en 2009. Cette stabilité relative est représentative de la situation observée dans la majorité des grands centres de la province. Quatre des six régions métropolitaines de recensement (RMR) du Québec ont en effet vu leur taux varier de seulement quelques dixièmes de point en un an.

Ainsi, la RMR de Québec doit toujours composer avec un marché très serré — on considère qu'un marché est équilibré lorsqu'il affiche un taux d'inoccupation de 3 % — puisque le taux de logements disponibles est demeuré le même, à 0,6 %, ce qui signifie que le marché est à l'avantage des propriétaires. Dans le cas des logements de deux chambres, on parle de 0,4 %, tandis que ceux de trois chambres affichent un très mince 0,1 %. Les loyers y ont d'ailleurs crû de 3,7 %, selon les données de la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL).

Dans les autres centres, on observe une certaine «détente» du marché locatif, mais la majorité des variations de taux d'inoccupation, qu'il s'agisse d'augmentations ou de diminutions, étaient égales ou inférieures à un point de pourcentage. C'est le cas d'Ottawa-Gatineau (de 1,9 à 2,2 %), de Trois-Rivières (de 1,7 à 2,7 %) et de Montréal (de 2,4 à 2,5 %). Pour cette dernière, les logements de deux chambres (2,0 %) sont toujours difficiles à dénicher, de même que ceux de trois chambres (1,7 %).

Divers facteurs ont eu un impact sur les taux d'inoccupation, selon la SCHL. «Si les taux ont peu changé depuis un an, on estime que les facteurs influençant le marché ont tout de même évolué durant cette période, surtout ceux liés à la demande: la croissance de l'immigration et le ralentissement du mouvement d'accession à la propriété ont contribué à soutenir la demande, explique Kevin Hughes, économiste régional de l'organisme. Cependant, le marché du travail a été moins prospère pour les jeunes, ce qui a sans doute ralenti la formation de ménages locataires. [...] Quant à l'offre, elle est demeurée généralement stagnante durant cette période.»

En plus d'influer sur la demande, la conjoncture économique a également accentué un phénomène observé depuis plusieurs années dans les marchés locatifs au Québec: un engouement pour les grands logements. La situation moins favorable pour les jeunes et les travailleurs à temps partiel a aussi vraisemblablement encouragé la colocation, tandis que l'incertitude économique a stimulé la demande d'habitations de substitution à une propriété.

Par ailleurs, pour l'ensemble des RMR de la province qui ont fait partie des calculs de la SCHL, on parle d'une hausse moyenne des loyers de 2,8 %, un taux légèrement plus élevé qu'à Montréal (2,7 %) et Ottawa-Gatineau (2,4 %). Selon l'«indicateur de l'abordabilité» de la SCHL, les grands marchés locatifs du Québec seraient cependant toujours «les plus abordables du pays».

Et la situation de «légère pénurie» qui prévaut devrait entraîner «un certain regain» de la construction de logements locatifs, selon le Mouvement Desjardins, qui prévoit que les mises en chantier devraient passer de 42 000 cette année à 46 000 en 2010.

Vives réactions

Comme toujours, la publication de ces données a suscité de vives réactions de la part des associations de défense des locataires et des regroupements de propriétaires.

Le coordonnateur du Front d'action populaire en réaménagement urbain, François Saillant, souligne ainsi que «malgré une légère amélioration, le Québec vient tout de même d'amorcer une dixième année de pénurie de logements locatifs». Selon lui, le rapport de la SCHL indique que la pénurie qui s'est amorcée à l'automne 2000 dans les régions métropolitaines de Montréal, Québec et Gatineau dure toujours.

Et ce sont les familles qui en sont les principales victimes, «surtout si elles sont à faible et modeste revenus». Il en veut pour preuve la situation sur l'île de Montréal. Alors que le taux d'inoccupation atteint 2,1 % pour les logements de trois chambres à coucher et plus se louant au-delà de 900 $ par mois, il chute à 1,0 % pour les logements dont le prix de location se situe entre 500 et 699 $ par mois.

M. Saillant en conclut que «le marché privé de l'habitation s'est totalement désintéressé de la construction de logements locatifs pour familles, préférant se tourner vers la construction de condominiums et celle de résidences pour personnes âgées de classe moyenne».

De son côté, la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec dit constater que «le marché québécois offre toujours les loyers les plus abordables au pays, mais que leur niveau risque de ne pas suffire pour pallier le déficit d'entretien du parc immobilier».

«Les propriétaires de logements et les investisseurs font face à la même explosion des coûts d'entretien, de rénovation et de construction qu'ailleurs au pays, mais les revenus de location au Québec n'ont pas suivi la même courbe, explique Hans Brouillette, directeur des affaires publiques de l'organisme. Il ne faut donc pas s'étonner de la dégradation du parc de logements québécois et du manque d'intérêt à en construire de nouveaux pour répondre à la demande.»

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