Organisation mondiale du commerce - Fin de la guerre de la banane

En 2008, les pays de la région Afrique-Caraïbes-Pacifique avaient exporté quelque 920 000 tonnes de bananes vers l’UE contre 3,9 millions de tonnes exportées par les grands producteurs tels que l’Équateur, le Brésil, le Costa Rica, le Guatemala, le Honduras...
Photo: Agence France-Presse (photo) Elmer Martinez En 2008, les pays de la région Afrique-Caraïbes-Pacifique avaient exporté quelque 920 000 tonnes de bananes vers l’UE contre 3,9 millions de tonnes exportées par les grands producteurs tels que l’Équateur, le Brésil, le Costa Rica, le Guatemala, le Honduras...

Genève — L'Union européenne et les pays producteurs d'Amérique latine ont paraphé hier un accord historique mettant fin à plus de 15 ans de «guerre de la banane», qui pourrait offrir un «ballon d'oxygène» aux négociations sur la libéralisation des échanges.

L'accord, paraphé à Genève à l'issue d'un marathon de discussions qui s'étaient intensifiées ces dernières semaines, conclut l'une des «sagas» les plus «sensibles» et «complexes» jamais portées devant l'Organisation mondiale du commerce, a commenté le directeur de l'OMC, Pascal Lamy.

Fruit d'un «compromis qui convient à toutes les parties», selon le président de la Commission européenne chef, José Manuel Barroso, il met de fait un terme au conflit qui oppose les grands producteurs latino-américains rejoints par les États-Unis à l'Union européenne depuis plusieurs décennies.

Remontant au traité de Rome, la «guerre de la banane» s'était intensifiée en 1993 quand Bruxelles a mis en place un régime préférentiel pour les pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique). Ce régime douanier, permettant aux pays ACP d'accéder au marché européen de la banane sans droits de douane, a ouvert la voie à une longue série de plaintes à l'OMC des pays latino-américains qui ont chaque fois abouti à une condamnation de Bruxelles.


Droits de douane

Le nouvel accord prévoit que l'Union européenne abaisse graduellement ses droits de douane sur les bananes, de 176 euros la tonne actuellement à 114 euros d'ici 2017. Un premier palier de 148 euros doit être appliqué «dès que l'accord sera signé par les parties», selon l'UE. Soit quatre mois après son paraphe, selon l'Équateur.

L'accord prévoit également plusieurs clauses concernant les autres pays parties prenantes au conflit — États-Unis et ACP. Les premiers, dont le producteur Chiquita est un des plus grands au monde, consentent, comme les pays d'Amérique latine, à renoncer à leurs poursuites contre Bruxelles au sein de l'OMC. Quant aux pays ACP — en majorité d'anciennes colonies européennes —, l'Union européenne a prévu une enveloppe allant «jusqu'à 200 millions d'euros» pour les aider à «s'ajuster à une concurrence plus sévère de l'Amérique latine».

En 2008, ces pays avaient exporté quelque 920 000 tonnes de bananes vers l'UE contre 3,9 millions de tonnes exportées par les grands producteurs tels que l'Équateur, le Brésil, le Costa Rica, le Guatemala, le Honduras...

Contrastant avec le flot de satisfecit, les pays ACP n'ont pas caché leur désarroi: «Nous ne sommes pas satisfaits du montant» accordé par l'UE, a expliqué le chef du groupe ACP, l'ambassadeur du Surinam à Bruxelles, Gerhard Otmar Hiwat. Selon une étude publiée hier par l'ONG International Centre for Trade and Sustainable Development (ICTSD), l'accord devrait de fait les toucher de plein fouet en entraînant une chute de 14 % de leurs exportations tandis que celles des pays latino-américains devraient croître de 17 %.

Globalement, l'accord de Genève devrait «stimuler» le système commercial international, a assuré M. Barroso. «J'espère que le même esprit de pragmatisme, de créativité et de diplomatie permettra de revigorer les négociations du cycle de Doha», a renchéri Pascal Lamy qui tente depuis des mois de relancer les laborieux pourparlers engagés en 2001 dans la capitale du Qatar.

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