Obama demande aux banquiers un «effort extraordinaire» pour la reprise

Washington — Le président américain, Barack Obama, a appelé hier les dirigeants des grandes banques américaines à consentir un «effort extraordinaire» en faveur de la reprise économique, tout en les mettant en demeure de ne pas bloquer la réforme du système de régulation financière.

S'exprimant face à la presse à l'issue d'une rencontre à la Maison-Blanche avec une dizaine de hauts dirigeants d'institutions financières, M. Obama a affirmé que «les banques américaines ont reçu une aide extraordinaire des contribuables américains pour remettre leur secteur en état». «Et maintenant qu'elles fonctionnent à nouveau, nous espérons un effort extraordinaire de leur part afin de contribuer à remettre notre économie sur pied», a ajouté le président.

Adoptant un ton très musclé, M. Obama a aussi mis en garde ces institutions contre toute tentative de bloquer la réforme du système de régulation financière, adoptée la semaine dernière à la Chambre des représentants, mais qui doit encore franchir le difficile cap du Sénat. «J'ai dit très clairement que je n'avais pas l'intention de laisser leurs lobbyistes enrayer les réformes nécessaires. [...] S'ils souhaitent combattre des dispositifs de protection des consommateurs qui relèvent du bon sens, je suis prêt à me battre», a ajouté le président.

Hier, «tous les dirigeants du secteur financier ont dit qu'ils soutenaient une réforme des régulations financières», a remarqué M. Obama. «Le problème, c'est qu'il existe un fossé entre ce que j'entends à la Maison-Blanche et les activités des lobbyistes de ces institutions. [...] J'ai pressé [les banquiers] de combler ce fossé, et ils m'ont assuré qu'ils feraient tout ce qui est en leur pouvoir», a encore dit le président.

Lors de la réunion d'hier, à laquelle participait le gotha de Wall Street, notamment les dirigeants d'American Express, JP Morgan Chase, Bank of America, Goldman Sachs et Wells Fargo, M. Obama a demandé à ces institutions de faciliter l'accès au crédit aux particuliers et aux entreprises, afin de relancer l'activité économique et l'emploi.

Immédiatement après cette rencontre, la Bank of America s'est dite «déterminée à faire [sa] part pour aider l'économie à croître l'année prochaine, et à réduire le chômage en consentant tous les prêts possibles» aux entités solvables, promettant de prêter en 2010 5 milliards $US de plus qu'en 20O9 aux PME.

Dans un entretien télévisé diffusé dimanche, M. Obama s'en était pris aux banquiers, accusant certains d'entre eux de toucher d'importantes primes alors que leurs entreprises ont été sauvées par l'argent du contribuable. «Je n'ai pas été candidat [à la présidence] pour aider un tas de banquiers gras de Wall Street», avait-il expliqué.

Plusieurs grandes banques américaines ont remboursé l'argent que leur avait prêté l'État pour franchir la mauvaise passe de la crise financière. Mais M. Obama n'a pas exclu que certaines l'aient fait pour pouvoir verser d'importantes primes à leurs employés. Les banques devant de l'argent à l'État avaient vu ces primes plafonnées.

Les pratiques de bonus récompensant la prise de risque des banques sur des investissements parfois hasardeux sont considérées comme une des raisons ayant précipité la crise financière, et ont provoqué la colère de l'opinion publique.

Le taux de chômage des États-Unis, malgré un léger recul en novembre, reste à un niveau historiquement élevé de 10 %, et M. Obama insiste régulièrement sur la nécessité de desserrer le crédit des petites entreprises, «moteur» de l'économie selon lui, afin de doper le marché de l'emploi.

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