Chrysler dévoile sa stratégie

Auburn Hills — Le nouveau patron de Chrysler présentait hier son plan pour remettre le constructeur automobile américain d'aplomb après un mariage raté avec l'allemand Daimler, son renflouement par l'État américain, une brève faillite et, pour finir, son alliance avec Fiat.

«Les problèmes qui ont mené le Chrysler d'avant à la faillite peuvent être résolus», a affirmé le président du conseil d'administration, Robert Kidder, devant quelque 300 journalistes réunis au siège du constructeur à Auburn Hills, dans le Michigan.

Vêtu de son habituel pull-over, Sergio Marchionne, le charismatique directeur général de Fiat et de Chrysler, a brièvement pris la parole, réservant ses plus fortes annonces pour la fin de cette présentation-fleuve qui devait durer six heures.

Il a affirmé que Chrysler était loin d'être à court de liquidités et disposait de «5,7 milliards de dollars en liquide fin septembre, en hausse par rapport à la dotation de 4 milliards avec laquelle» le nouveau groupe, alors fraîchement sorti de faillite, avait commencé à opérer en juin. «Le nouveau Chrysler est aujourd'hui incroyablement parcimonieux», a-t-il insisté.

Les synergies avec Fiat permettront de faire des «économies substantielles» en infrastructures et en recherche et développement, a poursuivi Scott Kunselman, directeur de l'ingénierie du groupe.

Le troisième constructeur américain aura notamment recours à la technologie de transmission de son partenaire italien, partagera trois types de châssis avec lui, et en gardera quatre de son cru. Il utilisera aussi le système électrique central de Fiat.

M. Kunselman a souligné que Chrysler allait produire «21 nouveaux modèles, dont deux sur le segment des petits véhicules». Un porte-parole de Chrysler a précisé que ce nombre de 21 n'incluait pas certains modèles encore en voie de validation ou les modèles qui seront produits en Italie et importés.

M. Marchionne avait annoncé dès la prise de contrôle de Fiat sur Chrysler qu'il comptait réintroduire la marque Alfa Romeo aux États-Unis, qui n'y est plus présente depuis le milieu des années 90, à l'exception de quelques modèles de luxe importés, et surtout y lancer l'emblématique petite Fiat 500.

Cet avocat et comptable de 57 ans a assuré le mois dernier que Chrysler pouvait revenir aux bénéfices au cours des deux années à venir et qu'il prévoyait une introduction en Bourse «après 2010».

Un nouveau défi

Celui que les Italiens surnomment «Marchionne-la-révolution», a déjà réussi à redresser Fiat où il était arrivé en 2004 sans expérience préalable dans le secteur automobile.

C'est un nouveau défi qui l'attend chez Chrysler, dont les ventes ont encore chuté de 30 % en octobre sur un an alors que celles de ses concurrents Ford et General Motors se redressent.

Selon les experts, le plus gros défi pour le groupe américain sera de tenir pendant les deux à trois prochaines années en attendant l'arrivée des produits de Fiat sur le sol américain, le groupe ne disposant pas de modèles réellement attractifs après le tumulte qu'il a connu récemment.

Après un divorce douloureux avec Daimler en 2007 et son rachat par le fonds d'investissement Cerberus, Chrysler a en effet subi la perte de milliers d'emplois, des fermetures d'usine, et n'a pas réussi à surmonter la crise.

Le constructeur américain est sorti du dépôt de bilan en juin et est depuis détenu à 20 % par Fiat, qui en a le contrôle opérationnel. Les États américain et canadien détiennent respectivement 8 et 2 %, et un fonds à gestion syndicale, 55 %.

À voir en vidéo