La crise de l'emploi n'est pas près de finir

Paris — Les milliers de suppressions d'emplois annoncées en quelques jours en Europe ou aux États-Unis confirment que la crise de l'emploi dans le monde est loin d'être terminée malgré les plans de relance et des signes de reprise, 2009 devant finir sur un nombre record de chômeurs.

En Grande-Bretagne, Royal Bank of Scotland a annoncé lundi 3700 nouvelles suppressions d'emplois à compter du printemps, HSBC en a prévu mardi 1700 en 2010.

Au-delà du secteur bancaire, au coeur de la crise financière déclenchée voilà plus d'un an, l'hémorragie d'emplois va continuer dans l'industrie dans le cadre de vastes «plans d'économies», au vu des annonces faites en moins d'une semaine.

Le constructeur automobile Ford va fermer l'une de ses usines au Canada en 2011 et supprimer 1400 emplois. General Motors table sur environ 10 000 suppressions d'emplois chez Opel, sa filiale européenne (plus de 50 000 employés en Europe).

Le groupe américain de pharmacie et de produits d'hygiène personnelle Johnson and Johnson va procéder à plus de 7000 suppressions d'emplois dans le monde. Et l'équipementier télécom Nokia Siemens Networks, filiale du finlandais Nokia et de l'allemand Siemens, prévoit de 4500 à 5800 emplois en moins dans le monde.

Ininterrompue depuis le début de la crise des subprimes mais désormais ralentie, la crue du chômage demeure un défi majeur pour les gouvernements à l'heure où se dessine une fragile reprise économique.

Les plans de relance mis en place par les pays du G20 vont «créer ou sauver» jusqu'à 11 millions d'emplois cette année, mais cela n'empêchera pas le chômage mondial d'atteindre un record en 2009 en touchant 241 millions de personnes, selon le Bureau international du travail (BIT).

Aux États-Unis, où les chiffres du chômage d'octobre sont attendus demain, Barack Obama a admis lundi que la première économie mondiale perdrait encore des emplois dans les prochains mois malgré la sortie de récession à cause du délai entre la reprise de l'activité et celle de l'emploi.

Le chômage a atteint 9,8 % en septembre, un record depuis 1983, et les économistes estiment qu'il devrait dépasser 10 % puis persister longtemps en 2010.

Même s'il a officiellement émergé de sa plus profonde récession depuis la Seconde Guerre mondiale, le Japon, deuxième économie mondiale, a accusé un niveau record de chômage en juillet avec 5,7 %. Les conditions d'emploi devraient y rester mauvaises de nombreux mois.

En Europe, où le chômage continue de croître, l'Espagne, longtemps vantée comme un modèle pour l'emploi, ne cesse de s'enfoncer dans la récession depuis fin 2008 et pourrait connaître jusqu'à 20 % de chômage.

En revanche, l'Allemagne a connu un nouveau recul du chômage en octobre, essentiellement grâce au chômage partiel subventionné par le gouvernement.

On ne pourra parler de réelle reprise économique avant une véritable baisse du chômage, car la dépression de l'emploi pèse sur la consommation, moteur de l'activité dans nombre de pays. Or il faudra attendre «8 à 12 mois pour que le chômage diminue», selon le directeur général du FMI, Dominique Strauss-Kahn.

«Même à un rythme moindre, le chômage va encore augmenter. Il est important que les mesures d'appui aux marchés du travail ne s'arrêtent pas d'un coup», a déclaré Raymond Torres, directeur de l'Institut international d'études sociales du BIT.

Sans cela, a-t-il estimé, il y a un «risque de rechute économique comme dans les années 1930 mais aussi des risques politiques».

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