La Fed campe sur ses positions

Le début du retrait de toutes les liquidités injectées dans l'économie américaine n'est pas pour demain, a laissé entendre hier la Réserve fédérale américaine.

Comme tout le monde s'y attendait, la Fed a de nouveau gardé inchangé son taux directeur à son niveau plancher absolu, situé dans le mince espace compris entre 0 et 0,25 %. À ceux qui allaient étudier minutieusement son communiqué officiel pour essayer d'y trouver le moindre indice d'un changement à venir, elle a aussi répété pour une énième fois qu'elle comptait bien maintenir ce taux «à un niveau exceptionnellement bas pour une période prolongée».

Les signes d'une amélioration graduelle de l'économie américaine avaient amené, ces derniers temps, de plus en plus d'observateurs à se demander si la banque centrale, présidée par Ben Bernanke, n'allait pas commencer subtilement à préparer le terrain en vue d'un éventuel resserrement de sa politique monétaire, qui aurait pu débuter quelque part au printemps. L'annonce, la semaine dernière, que le troisième trimestre avait, pour la première fois en 18 mois, mené à une croissance économique de 3,5 % en rythme annualisé, était venue les renforcer dans leur sentiment, tout comme la récente décision des banques centrales d'Australie et de Norvège de commencer dès à présent à remonter leurs taux directeurs.

La Fed a convenu, dans son communiqué d'hier, que «l'activité économique a continué de se redresser» depuis sa dernière annonce de politique monétaire, en septembre, et que l'activité dans le secteur immobilier s'est accrue depuis quelques mois. Elle est même prête à dire aujourd'hui que la consommation des ménages ne s'est pas seulement «stabilisée», mais qu'elle est en «expansion». Mais ce moteur de la croissance américaine, a-t-elle tout de suite précisé, «reste entravé par la poursuite des pertes d'emplois, la stagnation des revenus, le marché immobilier déprimé et le gel du crédit». Quant aux entreprises, elles continuent de réduire leurs investissements et leur nombre d'employés, «quoiqu'à un rythme moins grand».

Pas de hausse avant 2011?

Dans un tel contexte, il n'y aura pas lieu de s'en faire avec les risques d'inflation et de penser à remonter le loyer de l'argent avant un certain temps, ont répété les dix membres du comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) dans une décision unanime. Il en restera ainsi tant que l'on n'observera pas de changement en ce qui a trait particulièrement à trois facteurs, ont-ils indiqué pour la première fois. Ces facteurs sont: les tendances inflationnistes, les anticipations des acteurs en matière d'inflation, ainsi que ce que la Fed appelle le «taux d'utilisation des ressources», mais qui correspond habituellement au niveau du chômage.

«La Fed demeure en mode d'attente, a constaté Francis Généreux. Puisqu'il n'est pas garanti que la reprise soit à la fois soutenable et durable, elle gardera encore longtemps ses taux directeurs aux niveaux actuels.» Selon l'économiste principal au Mouvement Desjardins, cela signifie qu'il ne faut pas s'attendre à une première hausse avant la deuxième moitié de l'an prochain.

Cela n'ira probablement pas avant le début 2011, croit Richard Kelly, économiste senior à la Banque TD. «Tout indique que la Fed sera pratiquement la dernière à bouger parmi les grandes banques centrales.»

Maniaque

La banque centrale américaine en a profité pour signaler qu'elle entendait toujours mener à terme les programmes d'achat de titres hypothécaires déjà annoncés et pouvant totaliser, d'ici le mois de mars, 1450 milliards. Elle a toutefois précisé que le montant total de l'une de ces mesures dites «quantitatives», celle portant sur les titres d'agences, allait être réduit de 200 milliards à 175 milliards pour des raisons techniques.

Le New York Times rapportait hier que la question du moment où la politique monétaire devra être resserrée revêtait actuellement une telle importance que la Réserve fédérale accorde une attention presque maniaque au moindre de ses gestes afin qu'ils ne soient pas mal interprétés. Des responsables raconteraient même que les membres du FOMC évitent, dans leurs discussions, d'aborder certains sujets de peur de l'impact que cela pourrait avoir, deux semaines plus tard, lorsque l'on dévoile le procès-verbal de leur réunion.

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