Ford annonce ses meilleurs résultats depuis quatre ans

New York — Ford, seul constructeur américain à avoir traversé la crise financière sans aide de l'État, a annoncé hier ses meilleurs résultats depuis quatre ans, s'installant largement dans le vert grâce à la prime à la casse américaine et des efforts de réduction de coûts.

Ford a publié un bénéfice net de 997 millions pour la période juillet-septembre, mais surtout son premier bénéfice opérationnel depuis un an et demi, à hauteur de 1,1 milliard. Mieux, ce résultat est positif aux États-Unis pour la première fois depuis 2005.

Trois ans après l'arrivée aux commandes d'Alan Mulally, le directeur général embauché chez Boeing pour enrayer un effondrement que l'héritier Bill Ford n'avait pas su arrêter, le constructeur de Dearborn, en banlieue de Detroit, tire les dividendes d'une restructuration qui a réduit les coûts, amélioré la compétitivité et rationalisé la production.

Prime à la casse

Le constructeur a supprimé 4,6 milliards $US de coûts pour les neuf premiers mois de l'année, au-delà de ses objectifs et tout près de l'objectif annuel (5 milliards). Il a aussi tiré le plus grand bénéfice du redémarrage du marché américain, enclenché par la prime à la casse instituée durant l'été par l'administration Obama.

Grâce à cette incitation à l'achat, Ford a enregistré entre juillet et septembre sa première progression des ventes sur un trimestre depuis quatre ans aux États-Unis.

Les analystes n'ont pas caché leur surprise, Douglas McIntyre, sur le site 247WallSt.com, allant jusqu'à saluer «un petit miracle». À la Deutsche Bank, l'analyste Rod Lache notait que, au-delà des restructurations, Ford avait bénéficié durant le troisième trimestre de la baisse des coûts d'approvisionnement, la plus grande surprise venant cependant des prix de vente, que Ford a réussi à maintenir sans accorder trop de ristournes.

Ford dit s'attendre désormais à un retour à une «rentabilité solide» en 2011. Le constructeur reste prudent pour l'an prochain, où il s'attend à une baisse de volume des ventes «notable» en Europe, qui pourrait bien ne pas être compensée par le marché américain.

Ford pourrait également encaisser une déception avec le refus des membres du syndicat d'UAW d'aligner leurs conditions sur celles en vigueur chez les deux autres constructeurs américains, General Motors et Chrysler, contraints à des sacrifices drastiques après leur redressement judiciaire et les aides fédérales. M. Mulally a refusé hier de commenter ces informations, mais il s'est félicité de la décision des ouvriers du syndicat frère au Canada, les TCA, de valider la nouvelle convention collective.

L'UAW a annoncé hier qu'une large majorité de ses membres avait rejeté la nouvelle convention collective qu'il avait négociée en octobre. Selon un communiqué, 70 % des ouvriers de production et 75 % des ouvriers qualifiés ont rejeté la proposition négociée par la direction du syndicat.

Ni Ford ni le syndicat n'avaient précisé les termes de cet accord, le président de l'UAW, Ron Gettelfinger, indiquant seulement hier qu'il contenait un engagement «à long terme sur la sécurité de l'emploi», selon un communiqué.

Des sources syndicales avaient indiqué le mois dernier que le projet contenait une clause interdisant toute grève jusqu'en 2015 ainsi qu'un gel du salaire sur les nouvelles embauches d'une durée de six ans. Un tel accord aurait été conforme à la tradition chez les trois grands constructeurs américains d'offrir globalement les mêmes conditions à leurs employés syndiqués afin d'éviter des écarts de compétitivité.

Chez Ford, le responsable des relations avec le syndicat, Joe Heinrichs, s'est dit «déçu» mais il a indiqué que le constructeur entendait toujours «prendre les mesures nécessaires pour rester compétitif avec les meilleurs du secteur». Il a indiqué que Ford continuerait à travailler avec le syndicat, un engagement repris par le président de l'UAW, Ron Gettelfinger, qui a toutefois indiqué qu'il ne prévoyait pas à ce stade de «revenir à la table des négociations».

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