Le retour des géants

Les ventes de camions ont repris du tonus.
Photo: Agence Reuters Rick Wilking Les ventes de camions ont repris du tonus.

Les camionnettes et les véhicules utilitaires sport ont eu la vie difficile ces derniers temps. Certains les croyaient même en voie de disparition. Mais ces modèles pourraient avoir un bel avenir, malgré la restructuration des trois géants de l'automobile aux États-Unis et les préoccupations environnementales du nouveau président Obama. À l'heure où la reprise économique se montre le bout du nez, les vieilles habitudes refont surface.

Selon une étude de la Banque Scotia, on assiste à une reprise des ventes de véhicules partout dans le monde. Et parmi les bons vendeurs aux États-Unis et au Canada, on retrouve les camions légers et les camionnettes. La crise économique a freiné les ardeurs des consommateurs, mais l'engouement pour les gros cylindrés revient tranquillement. Une récente enquête de la firme-conseil californienne AutoPacific confirme cette tendance aux États-Unis. De plus en plus d'Américains désirent se procurer une voiture moins énergivore, mais pas question de faire de compromis sur la taille de leur automobile. L'étude réalisée auprès de 32 000 automobilistes démontre que les nouveaux propriétaires de petites voitures regrettent un peu leur choix. « Les propriétaires de Toyota Yaris, de Honda Fit et de Chevrolet Aveo voudront plus de puissance et d'accélération, plus de technologie et plus d'espace lorsqu'ils achèteront un nouveau véhicule », selon le président d'AutoPacific, George Paterson.

Consommateurs amnésiques

Les consommateurs ont la mémoire courte. Tout juste avant la crise économique, le prix de l'essence atteignait un sommet historique. En juin 2008, le pétrole se négociait à plus de 140 $US le baril. Au même moment, le prix de l'essence au Québec s'approchait de 1,50 $ le litre et, aux États-Unis, le galon se vendait plus de 4 $US.

Cette flambée des prix a exaspéré de nombreux automobilistes. Certains ont même demandé aux gouvernements d'intervenir. Cela va recommencer, prédit le chroniqueur automobile Hugues Gonnot: « Les Américains ont une mémoire d'environs trois semaines. Dès que l'essence dépasse un cap psychologique, de 4 $US le galon par exemple, c'est la panique absolue. Lorsque le prix descend sous ce seuil, les ventes de camions redécollent. »

Il n'y a que le prix de l'essence qui peut freiner l'appétit des Américains pour les gros modèles, estime aussi le chroniqueur automobile Philippe Laguë. « Tant que l'essence n'augmentera pas assez, les habitudes de consommation ne vont pas changer, dit-il. Les Américains vont modifier leurs habitudes seulement s'ils sont obligés. Et ils vont se sentir obligés seulement si ça touche leur portefeuille. »

Le prix de l'essence a chuté au cours des derniers mois. Sans ce frein, il ne faut donc pas s'étonner du retour des gros modèles: la voiture est au coeur de la culture américaine. « Pour les Américains, la voiture est un symbole de statut. C'est plus qu'une voiture, résume Hugues Gonnot. Les Américains veulent de gros véhicules, de gros moteurs avec beaucoup d'espace et beaucoup d'équipements. Ç'a toujours été comme ça. »

Société distincte

Cette image ne colle pas tout à fait au Canada. Et encore moins au Québec et aux provinces atlantiques. « Les Québécois vont moins utiliser la voiture comme objet de statut, explique M. Gonnot. Les gens vont acheter des véhicules un petit peu plus en fonction de leurs besoins. Moins pour épater la galerie et plus pour répondre aux besoins de tous les jours. » Pourquoi? Parce que l'automobile et l'essence sont plus taxées ici, estime-t-il.

Avec la reprise économique, tout porte à croire que les prix du pétrole et de l'essence vont se remettre à grimper. Mais d'ici là, les constructeurs ont un défi de taille à relever pour séduire les consommateurs américains. Plusieurs petits modèles seront prochainement sur le marché, comme la Ford Fiesta. Est-ce qu'elle va séduire les consommateurs nord-américains? « Au Québec, ces petites voitures vont avoir un franc succès, croit Hugues Gonnot qui a essayé la Fiesta. C'est à peu près garanti. » Mais ce ne sera pas nécessairement le cas aux États-Unis. Les nouveaux véhicules moins énergivores devront se draper d'une identité forte pour se tailler une place sur le marché.

Le président Obama souhaite voir la consommation de carburant des Américains diminuer. Ce sont toutefois les automobilistes qui auront le dernier mot. Barthélémy Courmont, titulaire par intérim de la chaire Raoul-Dandurand de l'Université du Québec à Montréal, est catégorique: « Le consommateur agit de manière beaucoup plus indépendante aux États-Unis. [Sa consommation] ne va pas être déterminée par des orientations politiques, quels que soient les choix de Barack Obama et de son équipe. » Bref, n'en déplaise au président, sans un coup de pouce du prix de l'essence, ce n'est pas demain que les États-Unis vont devenir le royaume des petites voitures hybrides.
1 commentaire
  • Stéphane Doré - Inscrit 15 octobre 2009 11 h 39

    Voici une des raisons pour des normes plus sévères de consommation

    Les gens continueront de vouloir des véhicules offrant plus d'espace. On ne pourra jamais et on ne devrait jamais tenter d'enrayer le phénomène directement.

    Mais il faut s'attaquer au problème majeur de pollution automobile. Et qui dit grosse cylindrée, dit plus de pollution. Ce n'est pas d'une bourse du carbone dont on a de besoin mais de normes de plus en plus sévères de consommation et d'émission de polluant - et non, le CO2 n'est pas un polluant. Si on a des normes de consommation plus sévères on contrôle également l'émission de CO2, c'est directement relié.

    Je ne m'explique pas que nos véhicules soient en 2009 encore aussi gourmands. Qu'attendent nos gouvernements pour autoriser le changement de la recette d'essence pour les automobiles et camions? Honda le demande depuis des décennies, et l'Europe a aussi des décennies d'avance sur nous sur ce point.

    Avec une essence plus énergétique, plus propre, une combustion plus efficace, des voitures mieux entretues et révisées plus fréquemment, nous pourrions vaincre (en tout cas fortement amoindrir) les problèmes de pollution dans les grandes villes et favoriser le développement de technologie plus efficace.

    Ce manque de responsabilité des gouvernements est inexcusables et incompréhensible.

    À bon entendeur!