Cap sur la compétitivité

Monique Leroux
Photo: Jacques Nadeau Monique Leroux

À moins d'un rehaussement de sa productivité, qui est présentement en déclin par rapport à celle de ses voisins, la prospérité future du Québec est sérieusement menacée. Il faut donc sans attendre mettre le cap sur un accroissement de la compétitivité pour rivaliser avec la concurrence qui vient de partout, pour contrer l'impact d'une tendance démographique défavorable et un taux de change qui ne favorise plus les exportations.

Tel est le message livré par Monique Leroux, présidente et chef de la direction du Mouvement Desjardins, devant le Cercle canadien de Montréal. Elle a soutenu que parmi les principaux facteurs qui contribuent à augmenter la productivité, le plus déterminant de tous est l'innovation, laquelle permet à l'économie d'augmenter la valeur de production de biens et services à partir de quantités de ressources fixes. Il ne s'agit pas nécessairement de faire de grandes découvertes, mais d'apporter des améliorations et des adaptations à des processus et des produits qui existent déjà. Elle a donné l'exemple du Cirque du Soleil, qui n'a pas inventé le cirque, mais qui l'a transformé. De la même façon, Alphonse Desjardins n'a pas inventé l'institution financière, mais il a adapté pour la société d'ici un modèle de coopérative qui existait en Europe.

Selon elle, l'enjeu de l'innovation est un défi collectif, pour les gouvernements, les entreprises et les universités. «J'ajouterais, a-t-elle dit, que nous devrons également comme collectivité mieux valoriser l'initiative individuelle et collective et faire preuve d'une plus grande capacité d'ouverture. On n'innove pas si on n'accepte pas de sortir de la zone de confort qui est liée au statu quo.»

Pour appuyer son propos, Mme Leroux s'est référée à des statistiques que les économistes de Desjardins mentionnent dans leur plus récent Point de vue économique, rendu public hier: «Depuis le début de la décennie, le Québec a été distancé par le Canada et a pris un sérieux retard sur les États-Unis. L'an dernier, chaque heure travaillée aux États-Unis permettrait de produire l'équivalent de 50,70 $US, comparativement à 44,80 $US au Canada, 41,80 $ en Ontario et 39,60 $ au Québec. Comme la productivité croît moins rapidement au Québec, l'écart du niveau de production par heure travaillée s'est élargi de façon inquiétante depuis une dizaine d'années.»

Et la présidente d'ajouter ceci: «Si, dans la prochaine décennie, l'augmentation de la productivité ne faisait que se maintenir au même rythme que pendant les 10 dernières années, soit environ 1 % en moyenne annuellement, la baisse de la population active entraînerait le potentiel de croissance de l'économie sous les 1 % d'ici 2020. Et tout indique que la tendance se maintiendrait pour la décennie suivante.»

Et où en est-on dans la gestion de cette crise financière confirmée de façon spectaculaire par la faillite de la banque d'affaires Lehman Brothers il y a un an? «La confiance est de retour et divers signaux laissent entrevoir un début de reprise, mais nous devons demeurer sur nos gardes», soutient Mme Leroux. Elle reconnaît par ailleurs que la crise a provoqué le réflexe chez les gouvernements des pays industrialisés, ou en voie de le devenir, de faire un exercice de concertation qui a aidé la crise à se résorber. Elle espère que cet esprit de concertation se retrouvera dans les délibérations du G20 cette semaine à Pittsburgh. Elle souhaite que cette réunion permette aux participants de s'entendre sur des règles en vue de renforcer le capital des institutions financières, banques, compagnies d'assurances, etc., de manière à ce que celles-ci aient une base de capital assez solide pour absorber les chocs qui pourraient survenir. Enfin, Mme Leroux se range nettement dans le camp de ceux qui sont pour que la rémunération des dirigeants d'entreprises soit établie dans une perspective à long terme, un sujet que le G20 devrait aborder.

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