Les producteurs de porcs veulent durer

Pour l’instant, la plus grosse menace qui pèse sur les producteurs porcins québécois est la concurrence américaine.
Photo: Agence Reuters Pour l’instant, la plus grosse menace qui pèse sur les producteurs porcins québécois est la concurrence américaine.

La Fédération des producteurs de porcs du Québec (FPPQ), qui a dû faire face à de nombreux problèmes et critiques ces dernières années, est revenue à la surface hier matin en proclamant «le désir de durer» de ses 3900 membres. La première étape — ou la pierre angulaire — de cette renaissance est la signature d'une convention avec les huit sociétés d'abattage en vue d'établir une relation directe et constante entre les producteurs et les abattoirs.

Cela est présenté à juste titre comme une entente historique, puisque de temps immémoriaux, leurs relations ont connu de nombreuses frictions. Il aura fallu 18 mois de négociations, malgré la crise sévère qui frappait l'industrie porcine et des pressions énormes du ministre de l'Agriculture, Laurent Lessard, avant d'en arriver à la signature de cette convention, qui apporte un avantage immédiat aux producteurs puisque les abattoirs consentent, depuis le 7 septembre dernier, à acheter les porcs québécois au prix américain. Le prix américain signifie 50 millions de plus dans les sommes payées aux producteurs dans un an, soit 7 $ de plus par porc. Les producteurs ne sont pas pour autant sortis d'une situation déficitaire, puisque le prix actuel est d'environ 70 $ inférieur au coût de production, selon Jean-Guy Vincent, président de la FPPQ. Le taux d'endettement est important.

Pour l'instant, la plus grosse menace qui pèse sur les producteurs porcins québécois est la concurrence américaine. Il y a quelques années, les Américains détenaient une part de 15 à 20 % du marché québécois. Aujourd'hui, cette part se situerait à entre 20 et 30 %.

La nouvelle convention établit donc un lien direct entre la FPPQ et les abattoirs, ceux d'Olymel, du Breton, ATrahan, etc. Les acheteurs, en plus d'assurer le prix américain, s'engagent à accepter tous les porcs que les producteurs leur enverront et ceux-ci s'engagent à ne pas produire plus de porcs que la capacité d'abattage des acheteurs ne le permet. Cette gestion équilibrée de la production, qui en est maintenant à l'étape d'une approbation par la Régie des marchés agricoles, permettra d'atteindre une plus grande compétitivité.

De plus, en partenariat avec les transformateurs, les producteurs et les abattoirs vont travailler pour offrir aux consommateurs des produits différenciés, à valeur ajoutée, des produits que les très grandes usines américaines de production de masse ne sont pas en mesure d'offrir. Bernard Verret, directeur général de la FPPQ, estime que les diverses mesures qui seront prises pour augmenter la synergie pourront générer des profits additionnels de 100 millions. Il y a par exemple l'idée d'une logistique différente pour limiter les distances à parcourir entre la ferme et l'abattoir le plus près de la ferme. «Le désir de durer comprend aussi le désir de changer, de se repositionner», précise M. Verret.

Selon, la FPPQ, l'affichage indiquant l'origine des porcs est souvent déficient, ce qui bien sûr rend beaucoup plus facile la pénétration sur le marché canadien des porcs américains. M. Vincent incite les consommateurs à exiger de leurs magasins des produits québécois ou canadiens, ce qui implique forcément l'identification du lieu de production.

L'industrie porcine québécoise va livrer encore cette année 7,5 millions de porcs, dont 60 % auront été vendus hors du Québec, ailleurs au Canada et dans plus de 75 pays. Or, la demande mondiale de viande a diminué et celle du porc est particulièrement touchée. Les Chinois, qui consomment 50 % de toute la viande de porc, ont dans le contexte actuel des crises (financière, récession et H1N1) diminué de 30 % leurs achats de viande de porc. Cela a forcément un impact sur l'ensemble de la demande mondiale. Quoi qu'il en soit, la FPPQ lancera une campagne de publicité la semaine prochaine. Et où en est-on dans le dossier de l'environnement? M. Verret, qui a passé 14 ans à l'étranger avant de revenir au Québec, dit constater des progrès importants et que le travail se poursuit. «On a compris que pour durer, il fallait le développement durable», ajoute-t-il. Toutefois, même avec cette volonté de durer, il y aura quand même cette année une baisse d'environ 5 % du nombre de producteurs, ce qui s'inscrit dans la tendance observée dans le monde agricole depuis des décennies.

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