Entente à l'amiable entre Quebecor et son ex-no 2

Louis Morin accusait l’entreprise de Pierre Karl Péladeau d’avoir fait preuve de «mauvaise foi» et d’«abus de droit» à son égard, en plus d’avoir porté «atteinte à sa réputation, à son intégrité et à sa dignité».
Photo: Jacques Nadeau Louis Morin accusait l’entreprise de Pierre Karl Péladeau d’avoir fait preuve de «mauvaise foi» et d’«abus de droit» à son égard, en plus d’avoir porté «atteinte à sa réputation, à son intégrité et à sa dignité».

Quebecor Media a conclu un accord à l'amiable avec Louis Morin, son ancien chef de la direction financière qui lui réclamait 1,4 million en dommages et intérêts pour congédiement «illégal».

C'est ce qu'a indiqué une porte-parole de Quebecor, Isabelle Dessureault, au cours d'un entretien téléphonique, hier en début de soirée. Elle n'a pas voulu divulguer les termes de l'entente, signée la semaine dernière.

Dans une requête déposée en Cour supérieure en mai, M. Morin accusait le conglomérat médiatique d'avoir fait preuve de «mauvaise foi» et d'«abus de droit» à son égard, en plus d'avoir porté «atteinte à sa réputation, à son intégrité et à sa dignité».

Selon Louis Morin, c'est la préparation d'un emprunt de 260 millions $US pour Vidéotron, filiale de Quebecor Media, amorcée à la fin janvier, qui a sonné le début de la fin de sa carrière au sein du géant montréalais. Au début février, alors que M. Morin a conclu les négociations avec les preneurs fermes des titres, le président et chef de la direction de Quebecor, Pierre Karl Péladeau, lui aurait demandé d'obtenir une réduction additionnelle de 20 % des frais de courtage. Or, les preneurs fermes ont refusé. Louis Morin dit avoir alors demandé à M. Péladeau s'il voulait mettre fin au placement, mais ce dernier lui aurait répondu de continuer.

Le 19 février, les membres du comité de vérification de Quebecor Media auraient convoqué Pierre Karl Péladeau «pour le convaincre de procéder au financement dans les meilleurs délais compte tenu des frais déjà engagés et des risques associés», selon Louis Morin.

Le soir même, M. Péladeau aurait téléphoné à M. Morin. «De façon agressive et en colère, il lui demande qui a autorisé les dépenses du financement», peut-on lire dans la poursuite, ce à quoi Louis Morin aurait répondu que c'était Pierre Karl Péladeau lui-même, en présence du trésorier de Quebecor Media, Jean-François Pruneau.

Louis Morin allèguait que le lendemain, M. Péladeau a tenu à son endroit d'autres «propos agressifs et irrespectueux», de même que des «commentaires désobligeants». Le p.-d.g. aurait ensuite cessé de lui adresser la parole.

Le 9 mars, après une semaine de vacances, M. Morin a été convoqué par la vice-présidente aux ressources humaines, Julie Tremblay, qui l'a informé que M. Péladeau souhaitait qu'il «quitte l'entreprise».

Indemnité de départ

Même si le contrat de travail du dirigeant prévoyait qu'il avait droit à une indemnité de départ équivalente à 18 mois de salaire s'il était congédié sans cause, Mme Tremblay lui aurait simplement proposé que Quebecor lui verse une somme de 232 200 $ à titre de prime pour l'année 2008. Par contre, M. Morin aurait dû poursuivre la supervision des projets de conversion aux nouvelles normes comptables et aux changements réglementaires américains.

Louis Morin disait avoir refusé cette offre, ce qui n'aurait pas empêché la responsable des ressources humaines de lui demander de «continuer à venir au bureau, mais de n'aviser personne de la situation». Aux yeux de M. Morin, il s'agissait d'une «situation des plus embarrassantes, où il doit continuer à diriger son équipe tout en ayant perdu l'autorité morale de le faire».

À la fin mars, Quebecor aurait proposé de verser à Louis Morin neuf mois de salaire, en plus de la prime de 232 200 $, puis qu'il démissionne après l'assemblée annuelle des actionnaires, en mai. Trois jours plus tard, l'entreprise serait revenue avec une offre moins intéressante (salaire de consultant pendant six mois, pas de prime de 232 200 $).

Le 31 mars, Julie Tremblay aurait finalement téléphoné à M. Morin pour lui annoncer qu'il était congédié «pour cause», sans plus d'explications.

Louis Morin réclamait le versement d'une indemnité de fin d'emploi de 618 000 $, de la prime de 232 200 $, d'une somme de 297 500 $ pour compenser une perte liée à des options d'achat d'actions, de 155 500 $ en diverses primes et avantages de même que des dommages de 100 000 $, pour un total de 1,4 million.

Les avocats soulignaient que c'est Quebecor qui avait sollicité les services de Louis Morin en décembre 2006, alors qu'il s'apprêtait à négocier l'acquisition d'une petite entreprise (non précisée). Auparavant, M. Morin avait notamment occupé le poste de chef des finances chez Bombardier (1982-2003) et chez Bombardier Produits Récréatifs (2003-06).

C'est M. Pruneau qui, en mai, a officiellement remplacé M. Morin au poste de vice-président aux finances de Quebecor.

Au cours des derniers mois, un autre haut dirigeant de Quebecor, Michael Sifton, ancien président de Sun Media, a quitté l'entreprise. Par ailleurs, un autre ancien cadre de la société, aujourd'hui président et chef de la direction de Quebecor World, Jacques Mallette, réclame 1,5 million à Quebecor, soit la plus-value de ses actions de Quebecor Media, payable selon lui en décembre 2008.

Quebecor Media appartient conjointement à Quebecor (participation de 55 %) et à la Caisse de dépôt et placement du Québec (45 %).