Informer pour éviter les mirages

Le ministre Flaherty a précisé que le groupe de travail sur la littératie financière doit mener des consultations partout au pays.
Photo: Agence Reuters Le ministre Flaherty a précisé que le groupe de travail sur la littératie financière doit mener des consultations partout au pays.

Les Canadiens sont trop souvent dépassés par la dynamique kafkaïenne des marchés financiers et l'univers très complexe des produits d'investissement qui leur sont offerts. Le gouvernement conservateur espère s'attaquer au problème grâce à une «stratégie nationale» qui sera élaborée à partir des recommandations d'un «groupe de travail sur la littératie financière», dont la création a été annoncée hier.

«Notre économie repose sur les millions de décisions financières que les Canadiens prennent tous les jours. Les événements récents nous montrent que ces décisions comportent de grands risques et que les connaissances financières sont importantes dans la vie quotidienne, a déclaré le ministre Flaherty dans un communiqué laconique. De meilleures connaissances financières aideront les Canadiens qui veulent épargner pour leur retraite, financer l'achat d'une maison ou simplement balancer le compte-chèques familial, et elles renforceront la stabilité de notre système financier ainsi que notre économie.»

Ce groupe de travail «indépendant», qui doit remettre son rapport à la fin de 2010, s'inscrit en fait dans la foulée des engagements pris dans le cadre du plan d'action économique du Canada «pour faire avancer la littératie financière au Canada et pour mesurer les progrès réalisés dans ce domaine». Ses membres proviennent des milieux des affaires et de l'éducation, d'organismes communautaires et du milieu universitaire. Il sera présidé par Donald A. Stewart, chef de la direction de la Financière Sun Life, tandis que Jacques Ménard, président du conseil d'administration de BMO Nesbitt Burns, en sera le vice-président.

Ce dernier juge d'ailleurs «essentiel» que les citoyens aient des connaissances plus poussées sur les produits et les services financiers qui leur sont proposés afin qu'ils puissent améliorer leur situation «plutôt que de faire des erreurs». M. Ménard explique qu'à l'heure actuelle, en raison de la vitesse à laquelle évoluent les marchés et les produits financiers, ceux-ci ont plutôt tendance à «perdre du terrain».

Dans ce contexte, les particuliers qui souhaitent investir peuvent selon lui succomber «aux mirages» que représentent notamment les promesses de rendements très élevés à court terme. C'est justement un dangereux amalgame de méconnaissances et de l'attrait du profit rapide qui aurait facilité les fraudes monumentales comme celle orchestrée par Vincent Lacroix, ou encore le désastre financier des papiers commerciaux adossés à des actifs.

Large visée

Toutes les générations seraient touchées par le problème. «Certains baby-boomers se sentent dépassés, alors que leur retraite approche. Les 35 à 50 ans prennent parfois de mauvaises décisions, et les plus jeunes ne sont manifestement pas assez formés en matière de finances», explique le président du conseil d'administration de BMO Nesbitt Burns.

Jacques Ménard insiste donc sur le fait que le rapport du groupe devrait mettre à contribution non seulement les provinces, mais aussi les villes, les associations de consommateurs, les groupes communautaires, etc. L'objectif, comme formulé par le ministre Flaherty, est de «mieux coordonner les efforts d'éducation financière en établissant une stratégie nationale».

Le vice-président du Groupe se dit en outre convaincu que le rapport ne sera pas simplement «tabletté», et ce, même si les conservateurs perdaient le pouvoir à la suite d'une possible campagne électorale fédérale. Il a indiqué hier avoir discuté de la formation de ce groupe de travail avec le chef libéral Michael Ignatieff, et ce dernier se serait montré enthousiaste.

En conférence de presse, le ministre Flaherty a par ailleurs précisé que le groupe de travail, qui doit mener des consultations partout au pays, s'ajoute aux autres éléments du plan d'action économique du Canada qui visent à «renforcer la protection des consommateurs», y compris les quelques améliorations annoncées récemment concernant les cartes de crédit, qui prévoient notamment la communication en temps plus opportun des modifications au taux d'intérêt.

L'Association des banquiers canadiens a accueilli favorablement l'annonce. «L'industrie bancaire du Canada reconnaît de longue date l'importance de l'apprentissage en matière de finances, et nous saluons le ministre Flaherty pour la création de ce groupe de travail», a fait savoir Nancy Hughes Anthony, présidente et chef de la direction de l'Association, par voie de communiqué.