Les compagnies aériennes américaines doivent encore se serrer la ceinture

Delta Airlines va supprimer 10 % de ses sièges, dont 15 % à l’international.
Photo: Agence France-Presse (photo) Delta Airlines va supprimer 10 % de ses sièges, dont 15 % à l’international.

New York — Les principales compagnies aériennes américaines ont annoncé jeudi qu'elles allaient encore devoir se serrer la ceinture, après une année 2008 difficile, face à la chute du trafic amplifiée par la pandémie de grippe porcine et le renchérissement du coût du kérosène.

Deux d'entre elles ont annoncé des réductions de capacité: Delta Airlines va supprimer 10 % de ses sièges, dont 15 % à l'international. American Airlines va de son côté intensifier un effort annoncé en janvier, supprimant non plus 6,5 % mais 7,5 % du nombre de sièges offerts sur ses lignes. United Airlines, participant comme ses concurrentes à une conférence organisée par Merrill Lynch/Bank of America, n'a pas exclu une telle possibilité et US Airways a laissé prévoir que ses liaisons transatlantiques seraient réduites.

Delta a clairement identifié les responsables: «la pression sur nos coûts exercée par l'envolée des prix du kérosène, qui ont crû de 20 % depuis le début de l'année, associée à une moindre fréquentation, sous l'effet de la grippe porcine, ont créé un environnement très difficile».

Tant Delta que American Airlines attendront la fin des voyages d'été pour réduire leurs dessertes, espérant profiter au maximum du trafic des vacanciers, qui montre des signes de reprise, avec une demande «très forte» depuis la fin mai, selon le président d'US Airways, Scott Kirby.

Mais ces voyageurs tirent sur les prix, et «il n'y a pas encore de reprise pour les voyages d'affaires», plus rentables. Et de conclure que «le marché a touché le fond, mais ne s'améliore pas encore».

«Le début juin ne montre pas de tournant, nous n'attendons aucune amélioration à court terme», a renchéri le p.-d.g. de la compagnie à bas prix Southwest, Gary Kelly.

Le président de Delta Ed Bastian a estimé que la grippe porcine A (H1N1) entraînerait un manque à gagner de 125 à 150 millions rien qu'entre avril et juin, avec une prolongation sur le troisième trimestre. «L'impact massif a été sur nos réservations et nos ventes en Asie», a-t-il dit, tout notant une certaine reprise depuis deux semaines dans cette région.

Quant à la volatilité du prix du kérosène, elle constitue toujours un casse-tête pour les transporteurs, pour qui c'est un poste de dépenses massif (le tiers des coûts pour la compagnie canadienne à bas prix WestJet).

Ces derniers mois, la brutale chute des cours du pétrole, après ses prix records de l'été, avait apporté une bouffée d'oxygène bienvenue. Aujourd'hui, avec la remontée des cours, «les achats de couverture viennent de nouveau à l'esprit de tout le monde», a déclaré le patron de la stratégie d'United Airlines, Greg Taylor. Mais «les achats de couverture vous permettent de gagner du temps, ils ne permettent pas d'inverser la hausse du pétrole», a expliqué M. Taylor.

Au début du mois, l'Association internationale du transport aérien avait prévenu que les compagnies mondiales perdraient collectivement 9 milliards cette année, leurs difficultés ayant été alourdies par la grippe porcine. «Maintenant, les prix du kérosène augmentent, c'est une mauvaise nouvelle», avait prévenu son directeur général, Giovanni Bisignani.

Certains tiennent néanmoins à préparer l'après-crise: United a ainsi confirmé qu'elle allait passer une commande d'avions géante, pour anticiper sur le vieillissement de sa flotte et profiter de la «faim de commandes» des avionneurs. American Airlines, qui a acheté 42 nouveaux B787 «Dreamliners» de Boeing à l'automne, a annoncé pour sa part qu'elle achèterait huit 737 supplémentaires d'ici 2011.

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