Le patron de Garda se fait humble et admet des erreurs

Devenu «plus humble» à la suite de la très difficile année qu'il vient de passer, le président de la firme de sécurité Garda World, Stéphan Crétier, a admis vendredi avoir commis plusieurs erreurs au cours des derniers mois.

«Avez-vous toute la journée?» a-t-il lancé aux journalistes à l'issue de l'assemblée annuelle des actionnaires. Le fondateur de l'entreprise montréalaise a notamment admis avoir «clairement trop payé» pour acquérir, au coût de 395 millions, l'entreprise américaine ATI, en 2007.

Cette transaction et bien d'autres ont permis à Garda de croître à la vitesse de l'éclair, mais l'ont également accablée d'une importante dette qui totalise aujourd'hui plus de 600 millions, financée à un taux d'intérêt moyen de 10,2 %.

M. Crétier a tenu à souligner que la plupart des prêteurs de Garda, dont la Caisse de dépôt et placement du Québec, l'avaient appuyé pendant la «crise extraordinaire» de l'automne dernier. Par contre, les marchés du crédit ne se sont pas encore suffisamment rétablis pour que l'entreprise puisse refinancer avantageusement sa dette.

En septembre, alors que la crise financière venait d'éclater aux États-Unis, Garda avait révélé avoir dû renégocier ses emprunts à des taux plus élevés. M. Crétier avait alors reconnu qu'il s'était «brûlé» avec l'effet de levier. L'action de l'entreprise avait plongé de 54 % en une seule journée, avant d'atteindre un creux de 57 ¢ en décembre.

Au même moment, Garda a reçu une offre d'achat pour ses activités de transport de valeurs aux États-Unis, qui génèrent la moitié des revenus et la majeure partie des profits de l'entreprise. La proposition, qualifiée de «très alléchante», est toutefois tombée à l'eau à cause de la crise financière. Garda n'a donc pu s'en servir pour réduire significativement sa dette.

«C'est difficile pour l'honneur, c'est difficile comme entrepreneur de passer à travers une année comme ça», a convenu Stéphan Crétier. «C'est certain qu'on devient plus humble, a-t-il ajouté. On tire des leçons.»

Si c'était à recommencer, le dirigeant aurait pris moins de risques et aurait passé plus de temps à examiner les scénarios du pire. «Est-ce que je referais la même chose? a-t-il demandé. La réponse, c'est non. Et j'ai des administrateurs autour de la table qui peuvent me dire: "On te l'avait dit".»

Garda demeure donc lourdement endetté. «La situation est confortable, mais pas très confortable», a lancé M. Crétier en comparant l'entreprise à un couple de professionnels qui s'achète une maison de 1,3 million et qui doit, pour la payer, abandonner le voyage annuel à Cayo Coco et les sorties dans les grands restaurants.

Au cours de l'exercice terminé le 31 janvier, l'entreprise a inscrit une perte nette de 97,2 millions (3,09 $ par action), en raison surtout de radiations d'actifs et d'une perte hors caisse liée à un instrument financier. La marge bénéficiaire brute est tout de même passée de 23 à 25 % en un an.

Plus tôt cette année, Garda a réussi à se départir de ses activités de sécurité physique aux États-Unis pour 44,3 millions $US, ce qui lui permettra de réduire un peu sa dette. Dans le cadre d'un plan de réduction des coûts, l'entreprise a par ailleurs licencié pas moins de 430 employés l'an dernier — 400 aux États-Unis et 30 au Canada. On ne prévoit pas d'autres mises à pied pour l'instant.

Moyen-Orient et Vancouver 2010

Pour sa croissance future, Garda mise beaucoup sur ses activités au Moyen-Orient, où elle assure la sécurité du personnel d'entreprises et d'organisations humanitaires. La société compte plus de 1000 employés au Kurdistan irakien et 2000 autres dans le reste de l'Irak, en Afghanistan et au Pakistan.

«On n'est pas des mercenaires, on ne va pas se battre avec les forces armées et ce n'est pas la face cachée de Garda», a assuré Stéphan Crétier devant les actionnaires.

«Quand il y a un effort de guerre, on n'est pas là. [...] On est là quand il y a l'effort de paix», a-t-il affirmé, en précisant que l'entreprise voulait profiter des importants investissements consentis par les gouvernements occidentaux à la reconstruction de l'Irak et de l'Afghanistan.

Ces activités comptent parmi les plus rentables de Garda. Et «ça paraît bien de faire ça», a glissé M. Crétier. Il s'agit bien sûr d'un domaine extrêmement risqué, mais «nous avons eu davantage d'employés qui se sont fait tirer dessus à Montréal que n'importe où ailleurs au cours des dernières années», a soutenu le p.-d.g.

Au Canada, Garda n'a toujours pas digéré d'avoir échappé le contrat de sécurité des Jeux olympiques d'hiver de Vancouver, octroyé à un consortium de trois firmes pour une somme maximale de 97,4 millions, soit 30 millions de moins que l'offre de l'entreprise montréalaise.

«Ça va être un gros scandale, ça va être affreux, affreux, affreux», a prétendu Stéphan Crétier, qui déplore que les gouvernements suivent généralement la politique du plus bas soumissionnaire conforme.

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