Windows vendu sans le logiciel Internet Explorer - Les opposants à Microsoft ont des doutes

Bruxelles a accusé Microsoft d’abuser de la position dominante de Windows, qui équipe 90 % des PC dans le monde, en y intégrant systématiquement Internet Explorer.
Photo: Agence France-Presse (photo) Bruxelles a accusé Microsoft d’abuser de la position dominante de Windows, qui équipe 90 % des PC dans le monde, en y intégrant systématiquement Internet Explorer.

Bruxelles — Certains opposants à Microsoft ont mis en doute hier l'efficacité de l'annonce la veille par le géant informatique américain selon laquelle la prochaine version de son système d'exploitation Windows serait expurgée en Europe du navigateur Internet Explorer.

«C'est trop peu, trop tard», a résumé Hakon Wium Lie, responsable des questions technologiques du concepteur norvégien de logiciels Opera Software.

Une plainte d'Opera, à laquelle se sont ralliés d'autres concepteurs de navigateurs comme Mozilla ou Google, a motivé une enquête de la Commission européenne sur Internet Explorer.

Bruxelles a accusé Microsoft d'abuser de la position dominante de Windows, qui équipe 90 % des PC dans le monde, en y intégrant systématiquement Internet Explorer qui bénéficie ainsi d'un avantage concurrentiel.

«Le point intéressant, c'est que Microsoft a dit pendant des années que retirer Internet Explorer était impossible. Soudain, il peut le retirer. Il faut encore voir ce que cela signifie en pratique», a relevé le patron d'Opera, Jon S. von Tetzchner, au cours d'une conférence de presse.

Cela aurait pu être différent «si Microsoft avait fait ce qu'il a annoncé hier soir en 1997 ou mi-1996», juste après avoir commencé à intégrer Explorer à Windows, a également souligné Thomas Vinje, avocat de l'association ECIS qui réunit plusieurs sociétés opposées à Microsoft (dont Opera).

Mais aujourd'hui, il y a «des effets sur le marché de ce comportement illégal persistant»: il a évoqué la «prééminence du "e" bleu», icône d'Internet Explorer devenue dans l'esprit de beaucoup celui de l'accès à Internet, et aussi l'existence d'une «immense base installée» de versions antérieures de Windows (XP, Vista), où le navigateur est intégré.

Pour M. Vinje, l'annonce de Microsoft «semble presque conçue pour se moquer de la Commission et lui faire jouer le rôle de la méchante» qui nuit aux intérêts des consommateurs en obligeant à vendre des ordinateurs incapables d'aller sur Internet.

Opera milite plutôt pour qu'au premier démarrage de l'ordinateur, une fenêtre s'ouvre et propose à l'utilisateur de choisir parmi une liste de navigateurs.

«Il reste absolument nécessaire que la Commission [...] impose un remède comprenant une fenêtre de choix», a aussi jugé M. Vinje.

Pour lui, Microsoft a reconnu jeudi qu'il avait «enfreint la loi» et que, même s'il abandonne la pratique incriminée, «la Commission aurait raison de dire qu'il y a eu des pratiques illégales pendant une très longue période».

Microsoft, déjà condamné à plusieurs reprises par Bruxelles qui lui a infligé des amendes pour un total de 1,676 milliard d'euros, encourt à nouveau une lourde pénalité financière (pouvant atteindre 10 % de son chiffre d'affaires annuel). Bruxelles peut aussi l'obliger à modifier certaines pratiques pour remédier aux distorsions de concurrence.

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