Laurentides - Une nouvelle usine dès l'hiver

L’assemblage final de la CSeries générera environ 1300 emplois à la nouvelle usine de Mirabel.
Photo: L’assemblage final de la CSeries générera environ 1300 emplois à la nouvelle usine de Mirabel.

En ajoutant 3200 nouveaux emplois d'ici trois ans, Bombardier Aéronautique renforcera d'autant le pôle aéronautique que constitue déjà la grande région de Montréal. Dès cet automne, ce géant de l'aéronautique mettra en chantier à Mirabel l'usine où se fera l'assemblage final de la CSeries, sa nouvelle gamme de transporteurs intercontinentaux de 100 à 149 passagers.

«C'est un programme qui propulse la grande région de Montréal vingt ans en avant, lance Marc Duchesne, porte-parole de Bombardier Aéronautique. La CSeries sera le plus grand avion de passagers jamais construit au Canada. Il s'agit d'un avion long-courrier superéconomique qui se destine au marché des appareils de 100 à 149 places.»

Bombardier Aéronautique prévoit que, au cours des vingt prochaines années, les compagnies aériennes auront besoin de se procurer 6300 appareils de ce type, ce qui représente un marché de 250 milliards de dollars dont l'avionneur espère bien saisir 50 %. «Depuis 1989, Bombardier a lancé 25 nouveaux modèles d'avion, souligne M. Duchesne. Or, historiquement, nous accaparons 50 % de nos marchés. On a donc de bonnes raisons d'envisager de produire 50 % des 6300 appareils requis.» Ajoutant qu'il s'agit néanmoins «d'un très grand défi», il souligne que l'entreprise a développé tout au long de son existence l'expertise «d'analyse des marchés et des tendances qui nous permet d'offrir le produit qui, justement, répond aux besoins futurs de nos clients».

Pourquoi Mirabel ?

Bombardier a choisi de s'installer à Mirabel, de préférence à tout autre endroit dans le monde, avant tout parce qu'on y trouve la main-d'oeuvre qualifiée, indique le porte-parole. «Bien sûr, Mirabel possède l'espace nécessaire pour y construire nos nouvelles usines, ainsi que les installations idéales avec une piste d'atterrissage, dit-il. Surtout, c'est déjà un pôle aéronautique majeur et donc l'endroit idéal pour recruter le personnel compétent dont on aura besoin.»

Déjà, c'est à Mirabel que Bombardier procède à l'assemblage final de ses CRJ 700, 900 et 1000, ses transporteurs de 70, 90 et 100 places. «En face de cette usine, nous nous préparons à effectuer la première pelletée de terre pour la nouvelle usine dans laquelle se fera l'assemblage final de la CSeries.»

Soulignons que la venue de cette nouvelle gamme d'avions ne signifie pas pour autant que Bombardier abandonnera ultérieurement ses plus petits appareils. «Comme nos avions Challenger et CRJ continuent d'être très en demande, on ne va pas remplacer des produits qui vont bien par un nouveau, rapporte Marc Dufresne. Nous ajoutons plutôt une nouvelle gamme à nos produits.»

La construction de l'usine débutera avant le gel de l'hiver, précise-t-il. «Nous sommes en train de choisir les différentes entreprises qui travailleront avec nous pour le design du bâtiment et pour sa construction.» Celle-ci prendra environ un an. Il faudra ensuite équiper l'usine et vérifier que toutes ses installations seront fonctionnelles avant d'amorcer l'assemblage des premiers CSeries, dans deux ans environ.

C'est le temps de retourner à l'école

Les diverses composantes du nouvel appareil seront fabriquées un peu partout. Ainsi, les ailes seront assemblées dans les usines irlandaises de Bombardier. Le cockpit et le fuselage arrière seront fabriqués dans ses usines montréalaises de Saint-Laurent. Les moteurs seront assemblés par Pratt & Whitney dans les installations en construction à Mirabel (voir l'autre article, en page G 6). Enfin, la carlingue, les systèmes avioniques et l'équipement de bord proviendront d'une multitude de fournisseurs répartis à travers le monde. Le tout sera acheminé par bateau, par train et par camion jusqu'à l'usine de Mirabel.

«L'assemblage final de la CSeries générera environ 1300 emplois, avance Marc Duchesne. La fabrication des postes de pilotage et des fuselages arrière générera environ 1150 emplois dans nos usines de Saint-Laurent. L'administration et le soutien technique créeront environ 750 emplois.» C'est dire que le projet CSeries représente, pour la région de Montréal uniquement, 3200 emplois directs durant les vingt années que devrait durer le programme.

Comme les divers métiers d'assembleur nécessitent généralement deux années de formation et que Bombardier en recrutera 2500 à partir de 2011, ceux et celles qui rêvent d'une telle carrière ont tout juste le temps de se former dans l'une ou l'autres de nos écoles en technique aéronautique. «C'est le temps, pour un jeune ou pour quelqu'un qui est en réorientation de carrière, de cogner aux portes des écoles et de s'y inscrire puisque, dans deux ans, nous commencerons à engager ces gens-là», lance Marc Duchesne.

Il souligne en outre que la récession actuelle n'affecte en rien la planification du programme CSeries. «Nous considérons qu'une fois que la récession sera terminée, dit-il, les gens se remettront à voyager et les lignes aériennes auront alors besoin de s'équiper de nouveaux appareils — des appareils plus économiques, moins énergivores et plus confortables pour leurs passagers. Voilà exactement ce que nous proposerons avec la CSeries!»

Bombardier Aéronautique n'a par conséquent nullement ralenti — pas même «d'une seconde», nous dit son porte-parole — la cadence de préparation de la CSeries. «Tout va à la normale et nous sommes à jour dans notre calendrier de production, dit-il. La récession ne nous affecte pas du tout.»

L'entrée en service du premier appareil CSeries est prévue en 2013. Par conséquent, la fabrication des premiers prototypes, les essais en vol, les qualifications, etc., auront lieu en 2011 et 2012, souligne-t-il. C'est alors que Bombardier recrutera les milliers d'employés nécessaires pour la fabrication des avions de ligne. «C'est donc dire que l'assemblage des appareils de la CSeries créera véritablement des milliers de nouveaux emplois ici, dans la grande région de Montréal», de dire Marc Duchesne.

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Collaborateur du Devoir

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