15e Conférence de Montréal - La vraie menace, c'est l'économie estime Madeleine Albright

L’ancienne secrétaire d’État américaine Madeleine Albright a rappelé hier que les reculs économiques s’accompagnent souvent de troubles sociaux et politiques.
Photo: Jacques Nadeau L’ancienne secrétaire d’État américaine Madeleine Albright a rappelé hier que les reculs économiques s’accompagnent souvent de troubles sociaux et politiques.

Madeleine Albright peut difficilement cacher ses couleurs politiques. Elle a été ambassadrice des États-Unis à l'ONU, puis secrétaire d'État (la première femme à occuper ce poste) pendant la présidence de Bill Clinton. Elle ne fait aucun mystère de son admiration pour Barack Obama et pour l'actuelle secrétaire d'État Hillary Clinton. Dans une intervention empreinte d'humour et ponctuée de quelques phrases en (excellent) français, Mme Albright a passé en revue les grands enjeux internationaux.

Est-ce l'air du temps, l'omniprésence de la chose économique dans les médias ou le fait d'avoir servi comme ministre un président associé au slogan «It's the economy, stupid»? Toujours est-il que, pour l'ancienne secrétaire d'État américaine, Madeleine Albright, ce ne sont ni le conflit au Proche-Orient, ni les atomes iraniens ou nord-coréens, ni l'islam militant, mais bien «les difficultés économiques» qui «menacent le plus sérieusement la sécurité du monde».

Principale conférencière de la journée au Forum économique international des Amériques, Mme Albright a rappelé hier que les reculs économiques s'accompagnent souvent de troubles sociaux et politiques. Elle a ensuite mis son auditoire en garde contre le «piège du protectionnisme», qui risque selon elle de «mener à un Armageddon économique» plutôt qu'à une sortie de crise, avant de souligner la nécessité de réformer l'économie mondiale. «La réglementation n'est pas l'ennemie de la liberté mais le garant de la démocratie, a-t-elle affirmé. Au cours des dernières années, nous avons vu les dommages causés par un manque de discipline économique.»

Il faudra aussi investir dans le domaine social, a-t-elle ajouté, en favorisant notamment l'accès des plus démunis à la justice, comme l'a recommandé l'an dernier une commission des Nations unies où elle siégeait aux côtés des anciens présidents Ernesto Zedillo (Mexique) et Fernando Cardoso (Brésil), ainsi que de l'ancien ministre canadien Lloyd Axworthy.

Cette année, le Forum économique a choisi comme thème: «S'adapter au nouvel ordre mondial.» Madeleine Albright s'est demandé si un tel ordre existe vraiment. «Le système international actuel est fragile et mal défini», a-t-elle noté.

L'ancienne secrétaire d'État n'a pas caché son admiration pour le nouveau président américain, Barack Obama, qui tranche avec son prédécesseur, «tant par le style que par l'approche».

L'ancienne responsable de la diplomatie américaine a félicité M. Obama de s'être entouré d'une équipe expérimentée, d'avoir renoué le dialogue avec les alliés des États-Unis et restauré la réputation de son pays en matière d'environnement et de droit international.

Selon Mme Albright, Barack Obama a une vision claire de la réalité et, notamment, des «dangers certains» qui menacent plusieurs régions du monde. Elle a vanté son «approche équilibrée» dans des dossiers tels que l'Afghanistan, le Pakistan, l'Iran, Cuba, le Proche-Orient, la Russie ou la Corée du Nord.

À la question de savoir quel pays est le plus dangereux à l'heure actuelle, Madeleine Albright a répondu qu'elle place le Pakistan, avec son arsenal nucléaire, sa pauvreté et son gouvernement faible, très haut dans la liste. Cette lecture correspond en tous points à celles que font le président Obama et l'actuelle secrétaire d'État Hillary Clinton.

À propos de la Corée du Nord, Mme Albright a dit croire que le dictateur Kim Jong-Il (qu'elle avait rencontré en 2000) «n'est pas fou» mais sent son régime isolé et menacé. Quant au Proche-Orient, elle a admis qu'on trouve dans les deux camps des factions qui ne souhaitent pas la paix.

Et en ce qui concerne l'Afghanistan, elle a affirmé que ni les États-Unis ni l'OTAN ne s'y perçoivent comme des occupants. Les progrès viendront lentement et ils nécessiteront une aide économique, non seulement à l'Afghanistan mais aussi au Pakistan voisin, croit-elle.

«Nous nous trouvons dans un terrain géopolitique très dangereux, a déclaré Madeleine Albright en conclusion. Dans les années à venir, pour gérer le risque et maintenir le bon équilibre, il faudra prêter attention à l'économie mondiale, aux conflits régionaux, aux dangers posés par les armes nucléaires et à plusieurs autres défis spécifiques.»

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